La liberté individuelle n’a guère plus voix au chapitre. C’est le gouvernement qui gère, incite, contrôle, interdit, taxe et arrose sa clientèle électorale. Le coût de cette pratique est très élevé, comme le montre l’état des finances publiques.
La situation budgétaire est particulièrement tendue aux Etats-Unis. Le service de la dette explose depuis 2012. Les intérêts de la dette correspondaient déjà à 3,8% du PIB en 2023, soit près du double de l’Italie, selon une étude de l’Institut Mises.
Leur poids s’est encore accru pour passer à 21% des recettes fiscales du gouvernement en 2024. Et la «Big Beautiful Bill» n’arrange rien. Comme l’écrit le Financial Times, nous entrons dans «l’ère de la démesure budgétaire», tandis que le Wall Street Journal critique les «Big Beautiful Distorsions».
Malgré cet exercice de dopage budgétaire, l’effet positif sur la croissance économique pourrait être quasi nul en 2025, si l’on en croit différents instituts économiques (à l’exception des conseillers de la Maison Blanche). Surtout si les droits de douane sont effectivement relevés. La crise est plus probable que jamais, même si les Etats-Unis sont plus résilients qu’on ne le dit.
«L’intervention de l’Etat a créé une «culture de soutien» qui a accru les inégalités et réduit la croissance».
Un capitalisme d’Etat
Donald Trump prolonge les déficits cruesés par Joe Biden, quitte à modifier la longue liste des bénéficiaires des subventions et soutiens. A son départ, Trump aura accru la dette publique fédérale de 5000 milliards de dollars pour la porter à 40'000 milliards, selon l’Institut Mises. Non seulement, cette nouvelle ère de l’argent facile réduit l’efficacité économique, mais elle modifie les mentalités et la nature du système. «Le capitalisme est le meilleur espoir de progrès économique et social de l’humanité, mais à la seule condition qu’il soit libre de fonctionner», rappelle Ruchir Sharma dans son bestseller «What went wrong with capitalism» (Penguin Books, 2024).
L’intervention de l’Etat a créé une «culture de soutien» qui a accru les inégalités et réduit la croissance, analyse-t-il dans son ouvrage. Cet économiste qui a fait carrière chez Morgan Stanley montre que les Etats les plus interventionnistes ont subi la plus forte chute de la croissance de la productivité: De 9% dans l’après-guerre à maintenant 0% au Japon et un demi pour-cent dans les grandes économiques d’Europe, note Ruchir Sharma.
Cette stratégie s’est accélérée durant la crise de 2008 lorsqu’il est agi de sauver le système bancaire, puis durant le covid pour que l’ensemble des acteurs économiques gardent la tête hors de l’eau. Les gouvernements occidentaux ont mis en œuvre le très macronien principe du «quoiqu’il en coûte» pour aider leurs différentes clientèles. Mais la dette publique a explosé. La facture se lira tôt ou tard sur les marchés financiers, le régulateur ultime. La dette française, elle-même en hausse constante, ne coûte-t-elle pas davantage que l’italienne? La volonté politique d’ignorer les lois du capitalisme ont un coût financier, économique, social et politique.
Perte d’efficacité
Le manque d’efficacité de cette politique interventionniste se lit dans tous les domaines d’activité. Prenons l’exemple de l’immobilier américain des aides étatiques destinées à favoriser l’accès à la propriété. Aux Etats-Unis, il consiste essentiellement, depuis un demi-siècle à garantir le paiement des intérêts hypothécaires par les agences gouvernementales (Fannie Mae, Freddie Mac, Ginnie Mae). Une étude de l’Institut Mises calcule que les actifs totaux de ces agences para-étatiques ont atteint 10'400 milliards de dollars.
L’Etat garantit donc 10'000 milliards sur un marché de l’hypothèque résidentielle de 14'000 milliards. Un montant auquel il faut ajouter 1000 milliards à travers la Federal Loan Home Bank et 1500 milliards par la Federal Housing Administration, pour les hypothèques subprimes. Même la Réserve fédéral est lourdement active sur ce marché. Elle investit en hypothèques résidentielles pour un total de 2200 milliards (avril 2025) placés à son bilan (soit 15% du marché). Le résultat de ces soutiens à l’accès à la propriété est quasi nul. Le taux de propriétaire est passé de 64 à 65% en 55 ans!
«Il est nécessaire, suggère Ruchir Sharma, d’avoir des leaders qui reconnaissent les excès de cette politique d’argent facile».
Le «Big and Beautiful Bill» de Donald Trump prolonge cette tendance à l’étatisme. Le problème est culturel et politique. En mettant l’Etat au coeur de l’activité économique, les Etats-Unis se détournent des principes de la Déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776, note Jacob Hornberger, chercheur auprès de la Future of Freedom Foundation: «tout au long de l'histoire, les gens ont cru que leurs droits venaient du gouvernement (…) La Déclaration d'indépendance a bouleversé cette notion séculaire des droits. Tous les hommes - et pas seulement les Américains - ont été dotés par Dieu et la nature, et non par le gouvernement, de droits fondamentaux et inaliénables. Les gouvernements sont créés par le peuple - et existent selon son bon vouloir - dans un seul but : protéger l'exercice de ces droits inhérents.»
Le budget américain accélère donc la dérive dépensière et la création de nouveaux droits-créances. Le Big and Beautiful Bill introduit un « Trump Account» qui, note la Tax Foundation, subventionne des comptes d’épargne pour les enfants et qui s’ajoute à 11 autres comptes d’épargne fiscalement privilégiés. Après les folies de l’Inflation Reduction Act de Joe Biden, qui ressemblait plutôt à une politique climatique qu’à un programme de lutte contre l’inflation, les Etats-Unis de Donald Trump s’éloignent davantage de ce qui a fait leurs forces.
Le problème tient aussi bien aux politiques budgétaires qu’à l’appétit des banques centrales. En une décennie, ces dernières ont accumulé davantage de titres que durant tout le reste de leur histoire.
Changement de leadership?
Pour revenir à un vrai capitalisme de marché, il est nécessaire, suggère Ruchir Sharma, d’avoir des leaders qui reconnaissent les excès de cette politique d’argent facile et restaurent le sens de l’équilibre. Ils «redécouvriraient l’humilité et tourneraient le dos à l’idée selon laquelle «nous», c’est-à-dire les autorités, ont appris comment contrôler le flux et le reflux des cycles». Le retour à la raison budgétaire ne viendra pas de nouvelles recettes destinées à partiellement combler les déficits. Comme l’écrit le blogger Noah Smith, les problèmes économiques ne seront pas résolus «par la volonté politique de signer des chèques encore plus importants».
Cet interventionnisme s’est accompagné d’une hausse des impôts qui atteint aussi ses limites et qui ne sera pas financé par un virage protectionniste. D’ailleurs «une forme de révolte fiscale silencieuse se met en place», avance Sharma. En France par exemple, le mouvement «Nicolas qui paie» y fait référence. Jacques-Olivier Martin, dans l’édito du Figaro, insiste: «Alors, oui, il faut tailler, élaguer, et même tronçonner quand les arbres de la dépense montent au ciel».
L’argent du contribuable doit être considéré avec davantage de respect. Il appartient à ce dernier. Si nous prenons le chemin inverse, nous prenons ce que Friedrich Hayek nomme la route de la servitude.