Les marchés ignorent les risques économiques et géopolitiques

Axel Botte, Ostrum AM

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Malgré les tensions et le ralentissement, les marchés montent, portés par le dollar faible et l’espoir d’un assouplissement.

© Keystone

 

Les marchés financiers sont optimistes, les actions américaines atteignant des sommets historiques grâce au vote du budget aux États-Unis et un marché du travail résilient à première vue. Cependant, la guerre commerciale est loin d’être terminée. Alors que la saison estivale commence, tout semble radieux du point de vue du marché. Les actions s’échangent sur des niveaux records, soutenues par un dollar faible, en baisse de plus de 10% en 2025, soit le pire premier semestre depuis 1973. Comme souvent, un dollar faible engendre une dynamique haussière sur les marchés. Les entreprises avec un chiffre d’affaires à l’étranger significatif, dont les Mag7, ont propulsé les indices à la hausse. Les Treasuries réagissent à l’emploi, tandis que les Bunds semblent digérer l’augmentation du primaire au troisième trimestre. Tous les spreads souverains et de crédit se resserrent sur les marchés.

Des marchés portés par le dollar faible

La conjoncture américaine est préoccupante. La croissance du PIB au 2ème trimestre sera fonction des stocks alors que la demande intérieure faiblit. Les données du marché du travail semblent correctes à première vue, avec un taux de chômage en baisse à 4,1% et des créations d'emplois continue. Cela dit, la baisse du chômage est liée à la participation plus basse, les travailleurs étrangers manquant à l’appel. La hausse de l’emploi, de 147’000 en juin constitue une surprise positive, mais les emplois dans l’éducation publique représentent la moitié du total. Dans le privé, l’emploi augmente de 74’000, bien en dessous des attentes. De plus, l’essentiel de ces nouveaux emplois privés proviendraient des secteurs de la santé, de l'éducation, voire des loisirs, mais les données de l'ADP ne semblent pas le confirmer. Les créations d'emplois dans la santé sont douteuses compte tenu des coupes budgétaires significatives prévues pour Medicaid. Par ailleurs, la diminution des heures travaillées totales inquiète. La composante emploi de l’ISM des services a en effet chuté de 3,5 points à 47,2 en juin. Les salaires ralentissent, indiquant qu'un chômage plus bas ne devrait pas alimenter les craintes inflationnistes. Dans la zone euro, les enquêtes en provenance d'Allemagne s'améliorent. Les perspectives de dépenses d'infrastructure prévues au second semestre alimentent progressivement la confiance des entreprises. Les enquêtes françaises étaient moins bien orientées, mais la croissance se renforce en zone euro. Les indices des directeurs d’achat chinois et japonais sont encourageants malgré la guerre commerciale.

Les fondamentaux économiques à la traîne

Les marchés financiers ignorent les conséquences des hausses tarifaires et les risques géopolitiques tout en profitant de l’ajustement du dollar. Les données médiocres cimenteront un scénario d’assouplissement de la Fed dans la seconde partie de l'année, Jerome Powell ayant clairement indiqué à Sintra que les taux auraient déjà baissé sans les droits de douane. Néanmoins, la Fed devrait maintenir le statu quo en juillet, jugeant que le marché du travail est encore résilient. La tendance à la pentification s'est inversée en raison d’un réajustement des positions avant le weekend du 4 juillet. Le Gilt est sous pression à la suite du revirement sur la réforme sociale et aux rumeurs de limogeage de Rachel Reeves, le 30 ans s’envolant de 19pb en une séance. Keir Starmer est ensuite intervenu pour apaiser les craintes du marché. En Europe, les perspectives d’émissions de Bunds pèsent sur les maturités longues. Le 30 ans dépasse 3%. La Banque Centrale Européenne est prête à agir si nécessaire, mais l'inflation stable et la croissance lui donnent du temps. Les spreads périphériques se rapprochent des pays core, les BTP italiens s'échangeant à 84pb. Sur le crédit, les spreads Investment Grade et high yield se resserrent rapidement alors que les émissions diminuent. Le dollar faible soutient les actions américaines, y compris les petites capitalisations, qui surperforment l'Europe.

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