L’Amérique oublie, à ses risques et périls, l’importance de la coordination des politiques macroéconomiques

François Savary, Genvil SA

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Il y a une certaine logique à assister à un retour des «bonds vigilantes» sur les marchés. L’improvisation macroéconomique actuelle n’est pas de nature à les rassurer.

 

S’il y a un avantage (supposé) à ne pas être un «perdreau de la nouvelle année» c’est que l’on dispose d’une certaine expérience voire, pour les meilleurs, d’une forme de sagesse.

A cet égard, l’observation des déclarations et/actions de politique macroéconomique aux USA a de quoi dérouter ou, pour le moins, à s’interroger sur l’absence de coordination de celles-ci, dans une perspective historique récente.

Ainsi, S. Bessent, longtemps crédité d’être «l’homme sérieux et raisonnable» de l’administration Trump, fait désormais l’objet de doutes après ses interventions récentes sur le marché obligataire et ses déclarations sur sa capacité à «contrôler la maison», selon ses dires répétés. Même l’un de ses mentors, S. Druckenmiller, affiche une attitude circonspecte sur le track record du chef du Trésor US au cours des dernières semaines.

Au source d’incrédulité, les déclarations à l’emporte-pièce du président américain sur l’envoi d’un chèque de 5000 dollars à chaque citoyen, en cas de victoire républicaine aux élections de mi-mandat. Cette annonce a dû faire froid dans le dos d’un S. Bessent, qui avait clairement fixé l’objectif de ramener le déficit budgétaire de l’Oncle Sam à 3%, au moment de sa prise de fonction; un ajout potentiel de 1,2 trillion de dollars au budget américain, grâce aux largesses de D. Trump, ne rapprocherait certainement pas les finances américaines de l’équilibre (c’est un euphémisme!) Allez comprendre la logique fiscale de cette administration!

De la même manière, entendre D. Trump menacer le monde de nouveaux tarifs en cas de hausse des taux par la Réserve fédérale est au mieux surprenant voire une nouvelle preuve que la macroéconomie n’est pas le point fort du locataire de la maison blanche. Comme si la hausse des tarifs pouvait «contrer» une relèvement du loyer de l’argent?! On peut se demander si les ménages américains, bloqués dans leurs décisions immobilières par le haut niveau des taux hypothécaires, ont vraiment de quoi se réjouir d’une telle perspective?

Mais les choses ne s’arrêtent pas là, si l’on se penche sur la relation entre S. Bessent et K. Warsch. Si ce dernier s’est évertué, depuis son intronisation, à marteler que les taux d’intérêt doivent être librement déterminés pas des opérateurs de marché, sans le soutien de la «forward guidance» ou des politiques monétaires non conventionnelle, le chef du Trésor a immédiatement pris le contre-pied et opté pour l’interventionnisme. Non seulement en contradiction avec ses propres déclarations d’il y a quelques mois mais aussi comme un moyen de s’inscrire en faux contre le président de la Fed et ce qu’il considère comme un « cadre plus sain» pour le fonctionnement des marchés financiers.

Décidément on a du mal à échapper à un sentiment d’une improvisation croissante sur le front de la politique économique américaine.

Certes, le facteur électoral à court terme, la prise de conscience que la situation dans le Golfe ne sera pas simple à résoudre ou encore la menace de voir les investisseurs japonais rapatrier leurs actifs au pays du soleil levant forment une conjonction d’éléments qui alimente le sentiment de décisions erratiques sans réelle logique d’ensemble.

En fin de compte, tout cela n’est il pas le fruit d’une prise de conscience, peut-être tardive, et beaucoup plus simple? La consolidation des finances publiques américaine, promise lors des élections de 2024 est un échec retentissant; pire encore, la célèbre «big beautiful bill» a contribué à éloigner encore davantage l’économie américaine de sa réalisation, le célèbre DOGE s’est révélé un leurre électoraliste de bien mauvaise facture et le renflouement des caisses publiques par les tarifs un vœu pieux.

La «gabegie» des dernières semaines n’est peut-être que l’expression d’une réalité: les USA ont désormais 40’000 milliards de dettes, 10’000 de plus qu’il y a 5 ans; le déficit budgétaire avoisine toujours les 6% et la dépendance aux fonds étrangers pour financer des déficits jumeaux insoutenables se fait de moins en moins soutenable.

Dans ce contexte, il y a une certaine logique à assister, depuis quelques semaines, à un retour des «bonds vigilantes» sur les marchés. L’improvisation macroéconomique actuelle des n’est pas de nature à les rassurer.

Il est temps que les actions des principaux décideurs de la politique économique US retrouvent un sens de la coordination, au risque de voir les marchés sanctionner brutalement une poursuite de l’improvisation. Pas seulement pour que je puisse, dans la mesure de mes moyens, tenter de voir une logique se mettre en place pour relever les défis macroéconomiques auxquels les USA sont confrontés, mais surtout pour éviter qu’un choc obligataire d’ampleur ne finisse par avoir raison de la croissance économique américaine. Une perspective qui ne peut réjouir personne, si elle devait se matérialiser.

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