- Les chiffres de l'IPC (CPI) américain de juillet se sont révélés conformes aux attentes, ne donnant ainsi aucune raison au marché de revoir à la hausse ses anticipations quant à un relèvement des taux de la Fed.
- Le yen (JPY) s'est affaibli au cours de la semaine, malgré le fait que les marchés aient commencé à anticiper une hausse du taux de dépôt de la Banque du Japon (BoJ) en septembre.
- Les chiffres du CPI et du chômage au Royaume-Uni sont au centre de l'attention pour la livre sterling (GBP).
USD – Le compte rendu du FOMC fait l’objet de toutes les attentions
L'événement marquant de la semaine dernière a été la publication des données de l'IPC (CPI) américain pour le mois de juillet. Ces chiffres se sont révélés conformes aux attentes, affichant une baisse modeste par rapport à ceux de juin. Les données sous-jacentes ont mis en évidence un ralentissement des pressions sur les prix, et les marchés peuvent s'attendre à ce que les coûts du logement pèsent lourdement sur la croissance globale des prix dans les mois à venir. Les marchés s'orientent vers une révision à la baisse de leurs anticipations concernant les relèvements de taux de la Fed, avec seulement 27 points de base de hausses attendues d'ici à la fin de l'année.
Nous notons que les spreads sur les rendements américains à 2 ans par rapport à la moyenne de ceux de leurs homologues des pays du G10 se sont resserrés, ce qui signifie que l’avantage de l’USD en termes de «carry» (portage) s’est réduit ces dernières semaines. Il y a donc peu de chance de voir de nouveaux gains pour le billet vert, au-delà de ceux observés depuis le début de l’année (ytd). Sur les dernières semaines, le dollar américain s’est montré plus sensible aux déclarations de la Fed qu’aux publications de données, ce qui est intéressant compte tenu de la détérioration des indices américains de surprise économique et d’activité. Si la Fed adopte une position plus explicitement dépendante des données, cela devrait être favorable aux devises du G10 à bêta élevé, sans pour autant peser trop lourdement sur le dollar américain.
Peu de données économiques majeures sont attendues la semaine prochaine, ce qui limite les risques d'événements pour l’USD. La publication du compte rendu de la réunion de juillet du FOMC devrait faire l’objet de toutes les attentions, étant donné que le Président de la Fed, Kevin Warsh, n’a pas donné beaucoup de détails sur la position des trois membres dissidents du FOMC qui s’étaient prononcés en faveur d’une hausse de taux de 25 pb. Les marchés devraient donc plutôt se concentrer sur le prochain symposium économique de Jackson Hole. Les investisseurs peuvent en effet s’attendre à ce que le Président de la Fed donne, à cette occasion, des indications un peu plus précises sur ses perspectives concernant la conduite future de la politique monétaire de la Fed. Dans l’ensemble, du point de vue des publications de données, il y a peu de risques d'événements susceptibles de peser lourdement sur le billet vert durant la semaine à venir.
JPY – La parité USD/JPY revient à un niveau de 160
La semaine dernière, la parité USD/JPY est revenue à 160. Cette hausse reflétait une faiblesse spécifique du yen, les investisseurs cherchant à tester la détermination des autorités à défendre le niveau de 160. Bloomberg a rapporté que le gouvernement japonais soutiendrait un rythme accru de relèvements de taux de la Banque du Japon (BoJ), la prochaine hausse devant intervenir soit en septembre, soit en octobre. Le marché des OIS a intégré un relèvement des taux de 25 pb en septembre avec une probabilité de 73%, ce qui est plus tôt que ce que les marchés prévoyaient encore récemment. Les anticipations sur le taux terminal ont également légèrement augmenté, pour atteindre 1,75%, ce qui signifie que les spreads de taux à court terme sur la parité USD/JPY ont continué de se resserrer en faveur du yen. Le marché achète ce que les rumeurs vendent, sans effet évident d’appréciation du JPY.
Nous notons que les positions courtes sur le yen se sont considérablement réduites depuis l’intervention sur le marché des changes (FX) fin juillet, dans le cadre d’un mouvement de couverture de positions courtes («short covering»). Cela réduit l’impact potentiel d’une nouvelle intervention à court terme, car de nombreux investisseurs ont déjà liquidé leurs positions courtes sur le yen.
L’événement majeur de la semaine à venir est la publication des données en termes d’IPC (CPI) et de PMI pour juillet. L’IPC global («headline») et l’IPC «cœur» (hors énergie et biens alimentaires) devraient s’établir respectivement à 1,9% en glissement annuel (y/y) et à 1,8% y/y. Il s’agit d’une modeste hausse par rapport aux données de juin, et ceci correspond au discours de la Banque du Japon (BoJ) faisant état de pressions inflationnistes légèrement plus élevées au cours de l’année à venir. Les données de l’indice PMI devraient montrer une expansion continue des commandes, accompagnée toutefois d’une hausse de la composante «prix payés» du côté des producteurs. Dans l’ensemble, nous voyons peu de raisons de penser à une baisse significative de la parité USD/JPY à court terme, en l’absence d’une nouvelle intervention du ministère des Finances.
NOK – La Norges Bank maintient ses taux inchangés
Lors de sa réunion du 13 août dernier, le Comité de politique monétaire (MPC) de la Norges Bank a maintenu son taux directeur à 4,25%, comme le laissaient largement présager les anticipations avant la réunion. Le communiqué de la Norges Bank indiquait ceci:
«L’inflation a ralenti et s’est révélée inférieure aux prévisions cet été. Ce ralentissement de l’inflation est une bonne nouvelle, mais celle-ci reste trop élevée, et il est trop tôt pour conclure que les perspectives d’inflation ont nettement changé. Il pourrait donc s’avérer nécessaire de relever le taux directeur.»
La parité EUR/NOK s’est légèrement raffermie, à 10,97, à la suite de cette décision, ce qui reste largement dans les fourchettes de trading récentes. Le marché des swaps indexés au jour le jour (OIS; «overnight index swaps») anticipe une hausse des taux de 25 pb lors de la réunion de septembre avec une probabilité de 57% – laquelle passe à près de 95% d’ici à décembre. Cela porterait le taux de dépôt à 4,50% – soit bien au-dessus de la plupart des autres devises du G10 – et cela confère à la NOK un avantage de carry persistant par rapport à la majorité des devises du G10. Pour les investisseurs, l’élément clé réside dans la durabilité du cycle de hausse des taux de la Norges Bank. Le marché des OIS a intégré un taux terminal compris entre environ 4,50% et 4,85%, et le niveau toujours élevé de l’inflation sous-jacente ainsi que la forte croissance des salaires laissent penser que la Norges Bank ne devrait pas s’orienter vers un cycle de baisse des taux à moyen terme. Il en résulte que de nouvelles fluctuations à court terme du prix du pétrole ne devraient pas avoir d’impact significatif sur les taux de change de la NOK, et nous maintenons notre prévision d’une baisse progressive de la parité EUR/NOK vers des niveaux avoisinant 10,60 d’ici à la fin de l’année.
SEK – La Riksbank devrait laisser ses taux inchangés
La Riksbank se réunira la semaine prochaine pour fixer ses taux d’intérêt, et l’on s’attend généralement à ce qu’elle les maintienne inchangés, à 1,75%. Nous notons que les indicateurs de la dynamique inflationniste laissent entrevoir une tendance naissante à la hausse des prix sous-jacents en Suède. Toutefois, le chômage reste élevé et, à ces niveaux, la Riksbank ne subit pas de pression significative pour relever ses taux à court terme. Lors de sa dernière réunion, le Comité de politique monétaire (MPC) a surpris les marchés en relevant ses prévisions concernant le taux directeur, laissant entrevoir une légère tendance au resserrement (approche «hawkish»); les marchés ont jugé ceci exagéré étant donné que les projections d’inflation et de croissance avaient également été révisées à la baisse. Les taux de swap sur la couronne suédoise (SEK) ont récemment augmenté et continuent de laisser envisager une hausse d’ici au premier trimestre 2027. Nous notons que les taux de swap sur la SEK ont conservé une forte corrélation avec les cours du pétrole. De plus, des risques haussiers sur la paire EUR/SEK pourraient apparaître à court terme en raison d’ajustements des spreads si les marchés des swaps devaient intégrer une révision à la baisse des anticipations de relèvement de taux de la Riksbank. Dans l’ensemble, nous maintenons une perspective prudente concernant les taux de change de la couronne suédoise.
CAD – Focus sur les chiffres de l’inflation
La semaine dernière, la paire USD/CAD a évolué dans une fourchette étroite, comprise entre 1,3890 et 1,3960. Ces fluctuations reflétaient la vigueur du dollar canadien, portée par la dynamique engagée la semaine précédente après la publication de chiffres de l'emploi plus solides, et par la hausse des cours du pétrole durant la semaine. Les niveaux plus bas de la paire USD/CAD s'inscrivent dans la lignée des récents ajustements sur les spreads de taux à 2 ans, et reflètent principalement une baisse des taux du côté du dollar américain. Les anticipations de taux canadiens ont peu évolué récemment, en dépit de données économiques plus robustes, l’inflation restant inférieure à l’objectif et n’ayant pas augmenté de manière significative sous l’effet de la hausse des cours du pétrole.
Le principal risque d’événement pour le CAD sur la semaine à venir sera la publication des données d’inflation de l’indice des prix à la consommation (IPC; CPI) pour le mois de juillet. Un résultat inférieur aux attentes pourrait constituer un risque baissier pour les taux du CAD, les marchés des swaps anticipant toujours un certain resserrement monétaire début 2027. Les données du marché des options montrent que les volatilités implicites de la paire USD/CAD ont atteint leurs plus bas depuis le début de l’année et, en l’absence d’évolutions majeures au Moyen-Orient, nous nous attendons à ce que les fluctuations de cours importantes restent limitées à court terme.
GBP – Zoom sur les données du chômage
La semaine dernière, la paire EUR/GBP a reculé à environ 0,8540, tandis que la paire GBP/USD est restée bien soutenue, autour de 1,35. Le PIB britannique a progressé de 1,1% en glissement annuel (y/y) en juin (consensus: 0,8%), grâce à une excellente météo et à la Coupe du monde, qui ont stimulé la demande, tandis que les investissements des entreprises au deuxième trimestre se sont également révélés bien supérieurs aux attentes. Ces perspectives favorables se reflétaient dans les données du marché des options, où les «risk reversals» à 1 mois pour la paire GBP/USD ont atteint leurs plus hauts depuis le début de la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran. Les anticipations du marché concernant les taux de la Banque d’Angleterre (BoE) n’ont pas augmenté de manière significative: le marché table sur un peu moins de 50 points de base de hausses des taux de la BoE d’ici au deuxième trimestre 2027.
Parmi les risques d’événements susceptibles d’influencer la livre sterling (GBP) durant la semaine à venir figurent les données de juillet sur le chômage et l’inflation. Le taux de chômage au Royaume-Uni a grimpé à 5,0%, tandis que la croissance des salaires dans le secteur privé a ralenti, pour atteindre son niveau le plus bas depuis environ six ans, ce qui témoigne d’une faiblesse importante du marché du travail. Si le taux de chômage augmente ou se maintient, les marchés des swaps pourraient commencer à exclure de leurs anticipations les 27 pb de resserrement attendus d’ici à la fin de l’année, ce qui exercerait une pression à la baisse sur la GBP. Ce scénario doit être envisagé par rapport à l’euro, pour lequel nous constatons que les spreads de swap ont évolué en faveur d’une hausse de la paire EUR/GBP. Les données de l’IPC (CPI) pour juillet devraient s’établir à 2,9% en glissement annuel (inflation globale) et à 2,5% en glissement annuel (inflation sous-jacente), soit une hausse par rapport aux chiffres de juin. Cette augmentation devrait refléter des effets de base. Dans l’ensemble, nous ne prévoyons pas de fluctuations importantes pour la livre sterling au cours de la semaine à venir.
AUD – La Banque centrale d’Australie garde ses taux inchangés
La semaine dernière, la paire AUD/USD a évolué dans une fourchette étroite, comprise entre 0,7040 et 0,7080. Ces fluctuations reflétaient une vigueur modeste du dollar australien. La Banque centrale d’Australie (RBA - Reserve Bank of Australia) a maintenu ses taux directeurs à 4,35% et son message s’est révélé légèrement plus accommodant («dovish») que prévu. Comme prévu, la gouverneure de la RBA, Michele Bullock, a laissé la porte ouverte à de nouvelles hausses à court terme, tout en soulignant que les conditions financières semblaient plus restrictives, conformément au resserrement de 75 pb opéré par la RBA plus tôt cette année. Elle a également attiré l’attention sur un certain apaisement des pressions sur les prix sur le marché immobilier. Les marchés des swaps ont encore revu à la baisse leurs anticipations concernant les relèvements de taux de la RBA à court terme et tablent désormais sur un statu quo jusqu’en 2027. Cela n’a exercé que peu de pression directe, à la hausse comme à la baisse, sur le dollar australien.
Le principal risque d'événement lié à l’AUD au cours de la semaine à venir sera la publication des chiffres du chômage en Australie pour le mois de juillet. Les données récentes indiquent que le marché du travail australien s’est détendu plus rapidement que prévu, mais sans évolution brusque. Le taux de chômage devrait rester inchangé, à 4,4%, et un résultat conforme, ou supérieur, aux prévisions pourrait exercer une pression à la baisse sur les anticipations de taux de la RBA, les marchés des swaps réduisant alors leurs anticipations résiduelles de resserrement monétaire.