Trois styles d’investissement passés à la loupe

Yves Hulmann

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Anthony Bailly, gérant chez Rothschild & Co, a débattu des spécificités des stratégies Value, Quality et Growth avec Gianluca Ricci et Yoann Ignatiew.

Réunis lors d’une table-ronde mercredi à Genève, Anthony Bailly, Gianluca Ricci et Yoann Ignatiew, tous trois gérants de fonds chez Rothschild & Co Asset Management, ont passé en revue les avantages et inconvénients de différents styles d’investissement, à savoir Value, Quality et Growth, à horizon de 2023. Avant d’évaluer quels sont les risques et opportunités spécifiques de ces différentes approches d’investissement pour l’année prochaine, les participants à la discussion ont échangé leurs vues à propos des perspectives macroéconomiques pour l’an prochain.

Un environnement très récessionniste en vue de 2023

Aux yeux de Didier Bouvignies, CIO et associé-gérant chez Rothschild & Co Asset Management, beaucoup d’éléments vont dans le sens d’un environnement très récessionniste l’an prochain. Le moral des chefs d’entreprises est au plus bas en Europe, le marché immobilier montre des signes de faiblesse aux Etats-Unis et la courbe inverse des taux d’intérêt n’est jamais un bon signe. L’écart entre les taux à deux ans et à dix ans reste un des meilleurs indicateurs pour anticiper une récession, estime-t-il. Côté positif, le moral des consommateurs semble bien résister aux Etats-Unis, tandis que les coûts des matières premières sont en repli. En ce qui concerne l’évolution des prix, le pic de l’inflation semble être déjà passé aux Etats-Unis. Les prix de nombreuses matières premières sont en baisse et, pour certaines d’entre elles comme le cuivre, le pic a même été atteint en 2021.

Pour Anthony Bailly, gérant d’un fonds en actions européennes de style Value chez Rothschild & Co Asset Management, la question n’est désormais plus tant de savoir s’il y aura une récession ou non en 2023 mais de connaître quelle sera son ampleur. Dans son scénario de base, l’établissement anticipe une récession modérée. Si ce scénario de récession modérée se vérifie, il pourrait être intéressant à l’intérieur du style Value de s’intéresser à nouveau aux valeurs cycliques, qui ont connu une sous-performance marquée par rapport aux titres défensifs en début d’année, juge-t-il.

Les banques centrales ne peuvent pas dévier de leur trajectoire

Si l’inflation est moins forte que prévue, faut-il pour autant s’attendre à ce que les banques centrales changent de cap? Ce n’est pas l’avis de Didier Bouvignies: «La Fed ne peut pas inverser son discours», relève le responsable des investissements. Du fait que la banque centrale a commencé à resserrer ses taux trop tardivement en 2021, elle ne peut pas dévier de sa trajectoire actuelle. Pour le chef des investissements, le pic des taux sera probablement atteint en mars de l’an prochain. Dans tous les cas, il faudra continuer avec un environnement de marché très volatil en 2023 et il est peu probable que les indices qui reflètent la volatilité des marchés redescendent à moins de 20, anticipe-t-il.

Value: être attentif au secteur bancaire européen et à celui de l’énergie

De manière générale, quels sont les aspects clés auxquels il faut être attentif lorsque l’on investit avec une approche Value dans le contexte actuel ? Pour Anthony Bailly, le marché tend à exagérer l’importance de certains risques. Il vaut dès lors la peine de regarder non seulement quels sont les niveaux de valorisation affichés par des entreprises mais aussi si une société a la capacité de retrouver des marges normales dans un secteur donné. Deux thèmes sont intéressants à suivre actuellement, juge le gérant. Premièrement, il y a le secteur bancaire européen. Jusqu’ici, l’hypothèse dominante a été que la baisse des volumes due au ralentissement de l’économie sera plus marquée que l’impact positif résultant de la hausse des taux. «C’est cette hypothèse que nous remettons en question à propos du secteur bancaire européen», souligne le gérant. Deuxièmement, le secteur de l’énergie mérite aussi d’être suivi attentivement: en cas de récession, la demande va peut-être baisser l’an prochain mais pas forcément autant qu’escompté. Et il se peut aussi que la demande rebondisse en Chine.

Qualité: technologie, santé et consommation de base

Du côté du style Qualité, Gianluca Ricci, gérant d’un fonds axé sur ce style d’investissement chez Rothschild & Co Asset Management, s’intéresse à des sociétés de qualité qui bénéficient de revenus récurrents. Il s’agit souvent de sociétés qui, en plus de disposer d’une bonne situation financière, sont moins sensibles aux cycles économiques et qui disposent de parts de marché élevées dans un secteur donné. S’y ajoute un alignement entre les intérêts du management et des actionnaires. Au sein de ce style d’investissement, Gianluca Ricci surpondère notamment les titres d’entreprises issues des secteurs de la technologie, de la santé et de la consommation de base.

Ukraine et Chine: deux situations à suivre de près

Compte tenu des nombreuses incertitudes qui caractérisent le contexte actuel, quels sont les facteurs de risques et les opportunités dont il faut tenir compte à l’approche de 2023 ? Pour Yoann Ignatiew, gérant chez Rothschild & Co Asset Management et spécialiste du style Blend, une approche qui combine les deux précédentes mais qui est davantage orientée du haut vers le bas («top down»), il ne faut pas négliger deux facteurs qui sont susceptibles de relancer les marchés l’an prochain. Le premier concerne l’évolution de la situation en Ukraine. Avec un président russe sous pression, il se peut que l’Ukraine et la Russie parviennent à trouver un accord plus tôt qu’attendu. Si cela se produisait, cela représenterait un «énorme bol d’air frais» en Europe, et aussi pour les actions.

Le deuxième facteur serait une sortie de pandémie de la Chine. Selon le gérant, il y a actuellement une forte pression de la société en faveur de mesures plus souples. Si un déconfinement avait lieu en Chine l’an prochain, la réaction des marchés serait également très forte, ce serait un autre «Pfizer Day» en référence à l’annonce d’un vaccin à l’automne 2020. Dans un tel cas, les valeurs liées à la consommation chinoise regagneraient en attrait.

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