Depuis le début de l’année, les investisseurs misent davantage sur les actions liées à l’intelligence artificielle. Les titres du matériel informatique et des semi-conducteurs ont été particulièrement recherchés. La dynamique est bien réelle: la demande en puissance de calcul augmente, les entreprises investissent massivement et les bénéfices des principaux fournisseurs ont convaincu. Mais, comme pour la Coupe du monde de football cette année en Amérique du Nord, un excellent premier tour ne suffit pas pour remporter le titre. Ce qui compte, c’est de savoir si les favoris confirment aussi sous pression. Cela vaut également pour les actions liées à l’IA.
Le déploiement de l’IA se fait à une échelle colossale. Les grands acteurs du cloud et des plateformes — les «hyperscalers» — investissent cette année environ 700 milliards de dollars dans les infrastructures: puces, mémoire, serveurs, alimentation électrique, refroidissement et centres de données. Pour eux, il ne s’agit pas seulement de croissance, mais de positionnement stratégique. Quiconque prend du retard dans la course à l’IA risque de perdre des parts de marché à long terme. Aussi, même des groupes technologiques très rentables augmentent considérablement leurs dépenses d’investissement.
En 2026 et 2027, les investissements de nombreuses entreprises devraient progresser plus rapidement que les revenus directement attribuables à l’IA.
C’est là que réside le risque. En 2026 et 2027, les investissements de nombreuses entreprises devraient progresser plus rapidement que les revenus directement attribuables à l’IA. Cela peut peser sur le flux de trésorerie disponible. Parallèlement, le marché actions valorise déjà nombre de gagnants de l’IA comme si des taux de croissance élevés allaient perdurer durant des années. Les services cloud, les logiciels d’entreprise, les abonnements IA et les nouvelles applications pourront-ils générer suffisamment de revenus supplémentaires pour justifier ces investissements élevés? Si les revenus augmentent, que les coûts par unité de calcul baissent et que les flux de trésorerie s’améliorent, l’argument en faveur de l’investissement reste solide. Si la monétisation s’avère plus lente, les entreprises pourraient réduire leurs investissements. Cela aurait des conséquences sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’IA.
A cela s’ajoute, pour les investisseurs, un risque de concentration croissant. Dans le S&P 500, la technologie représente déjà 39% de l’indice — un niveau supérieur au pic atteint lors de la bulle Internet en 2000 — et une grande part de la performance repose sur quelques méga-capitalisations. Les indices boursiers mondiaux sont également fortement dominés par les actions américaines. Cela aide lors des phases haussières, mais accroît la vulnérabilité si les leaders du marché déçoivent.
La voie la plus connue pour investir dans l’IA passe par les hyperscalers américains et les principaux fournisseurs de puces. Toutefois, ce segment du marché est déjà très prisé et, dans certains cas, surévalué. Les investisseurs devraient donc aussi s’intéresser à l’ensemble de la chaîne de valeur. Comme au football, il est rare qu’une unique star gagne un tournoi à elle seule. Le milieu de terrain, la défense et l’esprit d’équipe comptent aussi. Transposé à l’IA, cela signifie qu’au-delà des modèles et des puces, il faut considérer les surfaces de centres de données, les réseaux électriques, la production d’énergie, le refroidissement, les composants électriques, les services de construction et d’ingénierie, ainsi que les équipements.
L’essentiel est d’identifier où apparaissent réellement les revenus, les gains de productivité et l’amélioration des flux de trésorerie. Une exposition plus large sur le marché actions peut donc réduire les risques de concentration. La diversification par modèles économiques, secteurs et régions est indispensable. L’Asie, par exemple, n’est pas un marché homogène de l’IA. Taïwan et la Corée du Sud sont étroitement liés aux semi-conducteurs de pointe et aux technologies de mémoire. Le Japon se distingue sur les équipements, les matériaux et la robotique. La Chine développe un écosystème d’IA davantage centré sur son marché domestique, avec ses propres opportunités et des risques politiques. Pour les investisseurs, élargir les investissements technologiques au-delà des États-Unis permet ainsi d’accéder plus largement à ce moteur de croissance.
Après la forte hausse des cours, l’enthousiasme ne suffit plus à lui seul. Le ratio cours/bénéfices du secteur technologique mondial dépasse désormais 40. Les investisseurs devraient vérifier où les attentes, les valorisations et les bénéfices sont cohérents — et dans quelle mesure leur portefeuille dépend de quelques valeurs technologiques. Le boom est bien réel, mais, comme lors d’une Coupe du monde, une défense solide est indispensable en plus de l’attaque, et ce sont souvent les matchs à élimination directe qui déterminent qui résiste aux attentes et à la pression. Des obligations de haute qualité peuvent jouer ici un rôle important dans un portefeuille. Car si le boom d’investissement dans l’IA venait à prendre fin de manière inattendue et brutale, les risques de récession pour l’économie mondiale augmenteraient. Cela serait critique pour les marchés boursiers. Des obligations de qualité à longue maturité pourraient, dans ce cas, constituer un coussin important pour l’ensemble du portefeuille.