Si l’Italie a un problème, personne ne pourra la sauver

Yves Hulmann

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Nouriel Roubini, professeur d’économie à la Stern School of Business, avertit des conséquences d’une aggravation de la situation dans la Péninsule.

S’approche-t-on de la fin du cycle de hausse des marchés qui dure maintenant depuis bientôt près d’une décennie? La question a été posée à de multiples reprises aux économistes les plus en vue du moment réunis lors de l’édition 2018 du congrès Amundi World Investment Forum. Pour Kenneth Rogoff, professeur d’économie à Harvard et ancien chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), il n’y a pas de doute que l’on se trouve maintenant déjà à un «stade bien avancé» du cycle économique en cours qui a suivi la crise financière. 

Pour Nouriel Roubini, professeur d’économie à la Stern School of Business de l’Université de New York, les récessions ne surviennent toutefois pas simplement parce qu’un cycle dure depuis tant ou tant d’années. Non, il faut qu’il y ait un élément déclencheur. Celui-ci peut être un événement externe – à l’exemple du déclenchement de la première Guerre du Golfe – ou un développement inhérent aux marchés. Dans le second cas, ce peut être le cas lorsque la Réserve fédérale se situe en retard dans le mouvement d’adaptation de ses taux ou lors de l’éclatement d’une bulle spéculative dans une catégorie d’actifs donnée. «Il y aura une nouvelle récession mais quant à savoir quel en sera l’élément déclencheur, je ne le sais pas», a modestement déclaré le professeur connu pour ses vues généralement pessimistes sur l’évolution des marchés.

«A moyen terme, l’Italie représente un risque systémique pour la zone euro.»

S’il est un domaine qui ne manque pas d’inquiéter actuellement le professeur, c’est la situation économique en Italie. «A moyen terme, l’Italie représente un risque systémique pour la zone euro. Le gouvernement est très orienté de manière eurosceptique, la politique fiscale va dans la mauvaise direction. L’Italie est trop grande pour être sauvée», a-t-il souligné, en établissant une comparaison avec la crise en Grèce qui, elle, était moins cruciale pour la pérennité de la zone euro. 

Risque d’escalade de la guerre commerciale

Autre sujet qui n’a évidemment pas échappé aux participants à la conférence qui se déroule sur deux jours à Paris jeudi et vendredi: la guerre commerciale. Pour Nouriel Roubini, c’est l’autre grand risque du moment: «Le risque majeur avec Donald Trump est qu’il finisse par généraliser la guerre commerciale. Il y a une escalade de la situation avec la Chine, avec les pays de l’ALENA. Cela pourrait entraîner une sérieuse correction sur les marchés», craint-il, rappelant que la bourse chinoise est déjà en repli cette année.

Enfin, si une récession devait survenir, reste à savoir quelle serait encore la marge de manœuvre des banques centrales pour relancer l’économie. «A la fin des cycles précédents, les taux se situaient souvent entre 5 et 6%. Maintenant, ils atteindront peut-être entre 2,75 et 3% à la fin du cycle actuel de resserrement des taux de la Fed. Lorsque vous abaissez les taux à partir de ce niveau-là, que pouvez encore faire?», s’interroge Nouriel Roubini. Dans ce cas, les banques centrales devront réfléchir à d’autres types de mesures qui présentent chacune certains inconvénients.

Janet Yellen est confiante sur la capacité de résistance du système financier.

Lors d’une présentation séparée qui a eu lieu en ouverture du forum, Janet Yellen, l’ancienne présidente de la Réserve fédérale américaine, s’est, elle, montrée confiante à propos de la capacité du système financier à surmonter une nouvelle crise. «Je pense que nous sommes mieux armés aujourd’hui si une nouvelle crise survenait. Notre système bancaire est plus sûr, les capitaux plus importants et nous avons davantage de liquidités», a affirmé l’ancienne présidente de la Fed qui a fait place en début d’année à Jerome Powell.

Quant à savoir si les taux d’intérêt se situaient à un niveau adapté par rapport au cycle économique actuel, Janet Yellen a répondu d’une manière plutôt théorique, fidèle à son discours de professeure d’économie. «Différentes réflexions sur le taux neutre peuvent mener à différentes conclusions. C’est un concept utile, mais les acteurs du marché doivent comprendre les incertitudes qui y sont associées», a-t-elle expliqué. Selon elle, après sept hausses de taux effectuées depuis 2015, on se trouve proche de ce que l’on peut considérer comme un taux neutre. Elle souligne toutefois que le niveau approprié des taux d’intérêt ne doit pas nécessairement être le même que par le passé. «Il existe un consensus parmi les analystes, économistes et les recherches également, qui suggère que le nouvel équilibre pour les taux d’intérêt de court terme sera autour de 1%, plutôt que 2 ou 2,5%», a-t-elle relativisé.