Certains commentateurs n’ont pas hésité à qualifier d’exigeante la saison de résultats qui s’achève. Et pour cause: avec des anticipations de croissance des bénéfices par action (BPA) de respectivement 12% en Europe et 22% aux Etats-Unis, les attentes étaient particulièrement élevées. Les entreprises ont néanmoins répondu présent, avec des taux de surprises positives supérieurs aux moyennes historiques.
Cette forte croissance bénéficiaire s’est pourtant accompagnée de réactions boursières plus mitigées. Un décalage qui peut notamment s’expliquer par les mouvements de stratégies systématiques, comme les CTA (Commodity Trading Advisors), par les difficultés rencontrées par certains fonds – notamment Situational Awareness – ainsi que par l’activité des ETF à effet de levier. Entre profits et positionnement, les marchés actions hésitent: un point de rentrée s’impose.
Avec l’énergie, la technologie constitue l’autre grand contributeur à la progression des bénéfices.
Malgré le niveau élevé des attentes, près de 90% des entreprises américaines ont publié des résultats supérieurs au consensus au cours du trimestre. Le S&P 500 affiche ainsi une croissance moyenne des BPA de 33% par rapport au deuxième trimestre 2025, ramenée à 28% hors secteur pétrolier.
Avec l’énergie, la technologie constitue l’autre grand contributeur à la progression des bénéfices. Mais le fait marquant réside surtout dans l’élargissement de la croissance bénéficiaire: sept des dix grands secteurs enregistrent une progression à deux chiffres de leurs BPA.
L’Europe tient son rang
Pour une fois, l’Europe n’est pas en reste. Les BPA y progressent de 22%, ou de 12% hors énergie, tandis que 65% des entreprises ont dépassé les attentes. Comme aux Etats-Unis, la croissance se diffuse également davantage: sept secteurs affichent une hausse à deux chiffres de leurs bénéfices sur le trimestre.
Autre signe de la bonne santé des entreprises européennes: les taux de croissance médians convergent désormais des deux côtés de l’Atlantique, à 13% aux Etats-Unis contre 12% en Europe.
Au-delà des groupes pétroliers, le secteur bancaire reste l’un des principaux moteurs des bénéfices européens. Plus de 80% des banques ont publié des résultats supérieurs aux attentes. La progression soutenue des crédits, la hausse des revenus nets d’intérêts et la maîtrise des coûts expliquent cette dynamique.
Ce secteur, qui surperforme régulièrement, affiche d’ailleurs depuis 2022 un parcours boursier nettement supérieur à celui des «Magnificent Seven». Les tensions récemment observées sur les maturités longues des courbes de taux continuent par ailleurs de soutenir les valeurs bancaires.
Les hyperscalers face au défi du cash-flow
Le secteur technologique reste lui aussi un important pourvoyeur de surprises positives dans les deux régions, notamment aux Etats-Unis, où plus de 90% des entreprises ont dépassé le consensus. Ces chiffres ont toutefois été en partie soutenus par la revalorisation de participations dans des sociétés non cotées.
Mais l’enjeu principal se situe ailleurs. Les hyperscalers – Alphabet (Google), Amazon, Meta et Microsoft – ont une nouvelle fois relevé leurs dépenses d’investissement, qui devraient atteindre 790 milliards de dollars cette année.
En bourse, seuls les groupes capables d’apporter des preuves tangibles d’une accélération des revenus de leur activité cloud, notamment Microsoft et Amazon, ont véritablement été récompensés.
Cette envolée des investissements a notamment fait basculer le free cash-flow de Google dans le rouge au cours du trimestre, pour la première fois depuis son introduction en bourse, à -5,9 milliards de dollars.
Plus généralement, le consensus anticipe désormais un point bas de la génération de trésorerie disponible de ce petit groupe d’entreprises en 2027. L’alourdissement de leurs bilans commence également à se traduire par un élargissement des spreads de crédit.
Les investisseurs semblent avoir pris la mesure de cette évolution: en bourse, seuls les groupes capables d’apporter des preuves tangibles d’une accélération des revenus de leur activité cloud, notamment Microsoft et Amazon, ont véritablement été récompensés.
Beaucoup parlent d’IA, peu en mesurent encore l’impact
Compte tenu des enjeux liés à l’intelligence artificielle, il n’est guère surprenant que 65% des entreprises du S&P 500 aient évoqué l’IA lors de la présentation de leurs résultats.
Plus révélateur toutefois: seules 2% d’entre elles ont quantifié son impact sur leurs bénéfices, principalement à travers des gains de productivité.
En Europe, les principaux thèmes abordés lors des conférences de résultats ont davantage porté sur la robustesse de la demande et l’amélioration des marges. Ces facteurs ont conduit de nombreuses entreprises à relever leurs perspectives de croissance, à un rythme inédit depuis 2022 en Europe et depuis 2021 aux Etats-Unis.
Ces perspectives microéconomiques plus favorables incitent naturellement les analystes financiers à revoir également leurs prévisions de bénéfices à la hausse. La croissance attendue des BPA atteint désormais 19% en Europe et 33% aux Etats-Unis.
Comme depuis plusieurs années, la technologie au sens large – technologies de l’information et services de communication – représente une part prépondérante de la croissance bénéficiaire américaine, soit environ deux tiers de la progression des BPA. Cette concentration explique en grande partie l’écart avec l’Europe, dont la croissance bénéficiaire repose sur une base sectorielle plus diversifiée.
Quand de bons résultats ne suffisent plus
Malgré un taux de surprises positives rarement atteint aux Etats-Unis, la réaction boursière des entreprises ayant dépassé les attentes s’est révélée nettement moins favorable que la médiane historique lors de la séance suivant la publication.
Ce phénomène doit être rapproché de la sous-performance du style Momentum à l’échelle mondiale cet été. Le débouclement des positions les plus spéculatives constitue une explication plausible à ces réactions de type «buy the rumour, sell the news».
Cette normalisation contribue également à expliquer pourquoi le S&P 500 Equal Weight, dans lequel chaque entreprise possède le même poids, devance cette année d’environ 350 points de base le S&P 500 traditionnel, pondéré en fonction des capitalisations boursières.
Ce début de normalisation devrait permettre aux investisseurs de progressivement délaisser les facteurs purement techniques pour revenir aux fondamentaux: trajectoires bénéficiaires et capacité à générer du cash-flow.
Ces deux éléments devraient redevenir déterminants pour compenser l’effet négatif de la remontée des taux réels sur les multiples de valorisation des marchés actions.