Même pas un mois! C’est le temps qu’il aura fallu pour que le protocole d’accord entre l’Iran et les États-Unis vole en éclats. Alors que le président américain avait donné le ton en marge du sommet de l’OTAN, le 8 juillet, c’est le 13 qu’a été annoncé le rétablissement du blocus des ports iraniens. Depuis, les deux belligérants s’autoproclament tour à tour gardiens du détroit d’Ormuz, à travers lequel le trafic est à nouveau largement perturbé. Ce second blocage intervient au moment où les stocks américains sont au plus bas depuis 45 ans1, ce qui pourrait conduire à des conséquences plus graves qu’au deuxième trimestre. Il convient donc d’évaluer la situation, alors que les marchés actions sont au plus haut et que la posture d’une majorité des membres de la Fed est devenue plus hawkish.
Le pétrole retrouve ses tensions
La reprise du trafic supérieure aux attentes après la signature du protocole et la baisse concomitante des prix du brut ont la même origine: la volonté des pays du Golfe de se défaire rapidement des barils accumulés pendant la première phase du conflit. Ces pays n’ont pas hésité à appliquer une décote par rapport aux prix de référence pour liquider leur production excédentaire qui était en passe de saturer leur capacité de stockage. Pour ce faire, ils ont bénéficié des tankers bloqués dans le détroit depuis le début du conflit. Résultat, les exportations de brut sont remontées rapidement à 80% du niveau préconflit, pour redescendre drastiquement ensuite2. Sans surprise, le prix du baril a rebondi tout en restant loin des plus hauts récents, au moment de la rédaction de ces lignes.
Même si le Qatar n’est pas le principal fournisseur des pays européens, la reconfiguration des flux de GNL depuis le début du conflit s’est faite au détriment de la zone, qui peine à remplir ses cuves en prévision de l’hiver.
Les marchés face au risque énergétique
L’image est tout autre pour les produits raffinés, qui, faut-il le rappeler, sont utilisés dans le calcul des indices de prix macroéconomiques. En effet, contrairement au brut, il n’existe pas de stocks stratégiques ni d’acteur excédentaire prêt à brader ses inventaires. C’est pourquoi les produits raffinés, notamment le diesel et l’essence, se négociaient déjà avant la reprise des hostilités à un équivalent pétrole compris entre 90$ et 100$/b. Si l’on ajoute à cela les dommages subis par l’outil de production russe, le chiffre est désormais proche de 130$, selon le patron de TotalEnergies. Les raffineurs sont donc les grands gagnants de la situation actuelle, avec des marges historiquement élevées.
Autre situation à surveiller: celle du gaz en Europe. Même si le Qatar n’est pas le principal fournisseur des pays européens, la reconfiguration des flux de GNL depuis le début du conflit s’est faite au détriment de la zone, qui peine à remplir ses cuves en prévision de l’hiver. Si l’on en croit la major norvégienne Statoil, celles-ci ne sont actuellement remplies qu’à 53%, contre 61% il y a un an et 66% en moyenne, ce qui incite son dirigeant à considérer la situation comme «vulnérable». Pour ne rien arranger, la récente vague de chaleur et l’utilisation associée de la climatisation ont sollicité en priorité les centrales à gaz, du fait de l’absence de vent et de la limitation de la production d’électricité par les centrales nucléaires. Cette situation explique la hausse du prix de référence européen cette année, le TTF: +120%, à 62€/MWh.
Plus au sud, les grandes manœuvres ont déjà commencé pour développer des voies de contournement du détroit. Le transit des produits pétroliers par oléoduc semble être la solution la plus adaptée, comme le montre le projet des Émirats arabes unis visant à doubler la capacité d’exportation via le port de Foujeyra, ou encore celui de l’Irak permettant de rejoindre la mer Méditerranée. Les analystes de la banque américaine Goldman Sachs se sont penchés sur le sujet: ils estiment que l’expansion ou la création d’oléoducs devrait permettre une augmentation de la capacité de transit de 3,8Mb/j à fin 2027 et de 7,3Mb/j à échéance 2028, pour une capacité totale de 14Mb/j.
Aussi encourageants soient-ils, ces projets ne seront pas en mesure d'empêcher un potentiel épisode de stress opérationnel à court terme. C'est pour cette raison que les investisseurs devraient suivre avec attention les prochains développements, alors que les marchés actions vont rentrer dans une saisonnalité historiquement moins favorable.
Coté obligataire, cette «reprise de feu» devrait confirmer le biais restrictif des politiques monétaires des grandes banques centrales, notamment américaine pour laquelle l'inflation liée à l'IA est la plus visible. Si l’on ajoute à cela la faible pente de la courbe, il semble peu opportun de prendre du risque de duration, en attendant que «le pétrole coule à flot» pour reprendre les mots du président américain.
1 43 jours de consommation
2 -52% entre le 10 et le 12 juillet selon le site Marine Traffic