L’introduction en Bourse de SpaceX devait être celle de tous les records. Elle n’a pas déçu: l’opération a permis de lever 86 milliards de dollars, avec une demande quatre fois supérieure à l’offre, tandis que le titre affiche une performance proche de 15% depuis ses débuts de cotation. Ce succès boursier permet aussi à Elon Musk, principal actionnaire de SpaceX, d’être désormais à la tête d’une fortune dépassant les 1’000 milliards de dollars, une première dans l’histoire.
Au-delà du symbole, cette opération ouvre surtout la voie à d’autres transactions capitalistiques d’ampleur dans un secteur technologique toujours plus consommateur de liquidités pour financer la puissance de calcul.
OpenAI et Anthropic se préparent pour la Bourse
La course est désormais lancée pour la prochaine grande introduction en Bourse entre OpenAI et Anthropic. Cette dernière, nouvelle coqueluche des investisseurs, a récemment levé 65 milliards de dollars lors d’un tour de table valorisant la société de Dario Amodei à 965 milliards de dollars. Pour rappel, Anthropic était valorisée à 380 milliards de dollars lors de sa levée précédente, avant le lancement de Claude Cowork et Claude Code.
Ce succès a d’ailleurs incité OpenAI à recentrer son offre sur l’activité lucrative du codage avec sa solution Codex, alors que la société est actuellement valorisée à 860 milliards de dollars. Les deux entreprises ont déposé coup sur coup leurs dossiers auprès de la Securities and Exchange Commission, le régulateur boursier américain. Reste donc à savoir laquelle arrivera la première en Bourse, avec des montants de levée de l’ordre de 50 milliards de dollars selon la presse.
Les acteurs cotés cherchent aussi de l’argent frais
Les acteurs de l’IA déjà cotés ont eux aussi besoin d’argent frais pour financer leur expansion. C’est le cas de Google, qui a annoncé pour la première fois en vingt ans une augmentation de capital. Le groupe de Mountain View voit grand, avec un objectif indicatif de 80 milliards de dollars, dont 10 milliards réservés à Berkshire Hathaway, désormais sous la houlette de Greg Abel, appelé à succéder à Warren Buffett.
Les marchés de la dette restent l’autre canal de financement de cette industrie. Nvidia, qui n’avait plus sollicité ses créanciers depuis 2021, a relevé la taille de sa récente émission obligataire de 20 à 25 milliards de dollars en raison d’une forte demande.
Les hyperscalers continuent de dépenser sans compter
Grâce à leur accès aux marchés financiers, les hyperscalers, c’est-à-dire Amazon, Google, Meta, Microsoft et Oracle, continuent de dépenser sans compter. Le consensus s’attend désormais à 757 milliards de dollars d’investissements cette année, soit une hausse de 85% par rapport à 2025, puis à 920 milliards en 2027, en progression de 22%.
Oracle est le dernier acteur en date à avoir relevé ses perspectives de capex. Le groupe, historiquement présent dans les logiciels, a ajusté une nouvelle fois son objectif de dépenses, désormais attendu dans une fourchette de 90 à 95 milliards de dollars en 2027, contre un consensus de 85 milliards. Résultat: le titre a reculé de 10% le jour de l’annonce et a perdu la moitié de sa valeur depuis son plus haut de septembre 2025. Cela ne semble toutefois pas remettre en question la stratégie du groupe.
La «chipflation» gagne du terrain
En attendant une hypothétique stabilisation des dépenses d’investissement, les commandes continuent d’affluer sur toute la chaîne de valeur, semi-conducteurs en tête. L’accélération fulgurante de la demande des géants technologiques provoque un déséquilibre flagrant entre l’offre et la demande de puces. Cette situation oblige les producteurs à instaurer des systèmes d’allocation et leur permet d’augmenter significativement leurs tarifs, au point que les commentateurs parlent désormais de «chipflation».
Cette dynamique se retrouve dans les performances opérationnelles de Micron, dont le résultat trimestriel a été multiplié par quinze sur un an. Elle n’a pas non plus échappé aux salariés des grands groupes asiatiques comme Samsung Electronics. Au terme d’un bras de fer entre syndicats et direction, cette dernière a accepté de modifier la formule de bonus des salariés de la division semi-conducteurs, leur permettant d’obtenir des actions pour l’équivalent de 600 millions de wons, soit environ 340’000 euros, par salarié.
Les semi-conducteurs changent d’échelle
Cet ajustement du partage de la valeur ajoutée n’a pas empêché les investisseurs de prendre acte du nouveau paradigme touchant l’industrie. Le décalage entre le rythme d’expansion des capacités de production de mémoires et l’accélération de la demande émanant des centres de données donne à ce secteur une visibilité inédite.
La revalorisation associée a permis à plusieurs acteurs d’entrer dans le club très fermé des sociétés dont la capitalisation boursière dépasse les 1’000 milliards de dollars, parmi lesquelles Samsung, Micron et SK Hynix. En cumulé, le secteur des semi-conducteurs représente désormais environ 12% de la capitalisation boursière mondiale, contre 2,7% en 2022.
La concentration devient un risque de marché
Ce constat appelle plusieurs remarques. Le renforcement inédit du poids des semi-conducteurs dans les indices s’accompagne d’un positionnement très consensuel des investisseurs, selon le dernier sondage de Bank of America auprès des gérants de fonds. Il s’accompagne aussi d’un engouement marqué des investisseurs particuliers. Lors de la deuxième semaine de juin, les deux plus grands ETF spécialisés dans les semi-conducteurs ont collecté 4,5 milliards de dollars en cumulé, un niveau jamais atteint par le passé.
Plus généralement, la trajectoire récente de l’écosystème coté de l’IA, la concentration croissante des indices et le positionnement des investisseurs augmentent mécaniquement le risque de hausse de la volatilité et de retournement du momentum.
Dans ces conditions, la diversification devrait redevenir une boussole essentielle pour les investisseurs souhaitant passer un été sans heurts.