Repenser la diversification dans un monde en mutation

Ann-Katrin Petersen, BlackRock Investment Institute

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L’exemple de l’intelligence artificielle illustre bien les limites de la diversification traditionnelle.

 

Pendant des décennies, un principe s’était imposé: une combinaison stratégique d’actions et d’obligations permettait une base solide et bien diversifiée pour l’investissement à long terme. Aujourd’hui, cette vision montre toutefois ses limites et les investisseurs doivent repenser la construction de leurs portefeuilles.

Premièrement, la plupart des piliers macroéconomiques qui servaient d’ancrage aux portefeuilles se trouvent fragilisés: croissance stable, anticipations d’inflation bien ancrées et discipline budgétaire. La relative stabilité économique que nous avons connue entre la fin des années 1980 et la fin des années 2010, n’existe plus sous cette forme.

Parallèlement, l’économie mondiale traverse une transformation profonde, avec des trajectoires d’évolution très diverses. Quelques forces structurelles majeures façonnent simultanément la croissance, l’inflation, les politiques économiques et les marchés financiers: l’intelligence artificielle, la fragmentation géopolitique, les divergences démographiques et la transition vers une économie à faibles émissions de carbone.

Deuxièmement, l’univers d’investissement s’est considérablement élargi, tant grâce à de nouveaux outils qu’à des approches plus fines, comme les stratégies thématiques en actions. Cela permet de cibler plus précisément certaines opportunités. Des classes d’actifs longtemps considérées comme «alternatives», telles que les infrastructures, peuvent désormais, pour certains investisseurs, faire partie d’une allocation de base.

Par conséquence et dans un monde marqué par des trajectoires possibles très différentes, un «scénario moyen» ne suffit plus comme référence pour construire un portefeuille. Les approches traditionnelles, comme une répartition statique entre actions et obligations, reposent implicitement sur l’hypothèse d’un environnement stable et prévisible à long terme, une hypothèse qui ne correspond plus à une économie mondiale en mutation structurelle.

Les investisseurs doivent en tenir compte, ce qui implique de revoir plus fréquemment les allocations, d’intégrer explicitement différents scénarios et de se concentrer davantage de manière plus délibérée sur les véritables sources de rendement économique, plutôt que sur les classes d’actifs.

Les forces de transformation traversent toutes les classes d’actifs. L’exemple de l’intelligence artificielle illustre bien les limites de la diversification traditionnelle. L’IA n’est pas un simple pari technologique isolé. Son développement nécessite des investissements massifs, des centres de données à la production d’énergie, en passant par les infrastructures de réseau, et mobilise à la fois les marchés publics et privés. Ce qui semble diversifié sur le papier peut en réalité s’apparenter à un pari très concentré sur la dynamique de cette transformation.

Il n’existe plus de portefeuille «simple» à long terme dans un contexte de mutations profondes. Se replier sur des schémas traditionnels comporte le risque de passer à côté des opportunités liées à ces transformations. A nos yeux, le plus grand risque aujourd’hui est l’inaction.

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