Quel impact des tarifs douaniers US sur les émetteurs High Yield?

Gilles Frisch, Mandarine Gestion

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Face aux tarifs américains, les émetteurs à haut rendement naviguent entre stocks, inflation et incertitude.

 

Plus de trois mois après le fameux «Liberation Day», le monde financier attend une série d’accords sur les droits de douane qui devraient nettement réduire les incertitudes macroéconomiques.

Les incertitudes «micro», elles, restent importantes: l’impact sur la santé financière des sociétés à haut rendement, en particulier sur le marché High Yield américain, n’est pas évident et dépend de nombreux facteurs: décision de passer ou non les droits de douane aux clients sous forme de hausses de prix, effets induits sur les volumes, complexité des chaînes d’approvisionnement… Par conséquent, il est important d’analyser l’impact de la mise en place de ces droits de douane sur chaque secteur et chaque société, au moins pour estimer les acteurs potentiellement les plus impactés et ceux qui sont bien positionnés.

Pourquoi n’y a-t’il pas eu encore d’augmentations de prix significatives alors que les premiers droits de douane ont été mis en place en février?

Ces droits de douane étaient «télégraphiés» aux marchés et aux sociétés privées depuis la campagne de Donald Trump. Les sociétés ont anticipé cette période plus difficile en important et en stockant des volumes exceptionnels:

  • Hausse exceptionnelle des importations de biens aux Etats-Unis en janvier 2025: 401 milliards soit 40% des importations du premier trimestre alors que janvier est traditionnellement moins actif (source: US Department of Commerce).
  • Hausse exceptionnelle de 161 milliards des stocks des entreprises au premier trimestre 2025, contre une moyenne historique de 34 milliards (source: TradingEconomics).
  • On retrouve ces deux effets dans l’accélération exceptionnelle du déficit américain en janvier:
     


Source: US Department of Commerce

 


Les entreprises ont donc stocké des volumes importants aux prix avant les droits de douane, ce qui leur a permis de limiter les hausses de prix en 2025. Par conséquent, il n’y a pas eu non plus de baisse des volumes.

Ces stocks sont-ils épuisés et les hausses de prix arrivent-elles?

Oui, selon le rapport des prix à la consommation américain de juin (CPI): les prix montent de +2,7% en rythme annuel ce qui est comme attendu; les prix sur l’électroménager montent le plus sur 5 ans; les prix des jouets montent le plus depuis 2021; les prix des équipements de sport depuis 2022... Sans la baisse du prix des voitures, le CPI reflèterait déjà l’effet des tarifs douaniers.

Quel peut être l’impact sur la santé des entreprises à haut rendement?

Les résultats du deuxième trimestre et la perspective des managements pour le reste de l’année vont être cruciaux, avec en particulier trois points. Les tarifs douaniers sont toujours en négociation pour les principaux partenaires et on ne connait toujours pas les tarifs finaux. Dans le même secteur, des différences géographiques de chaînes d’approvisionnement risquent d’avoir un impact important sur les coûts. Et surtout, le risque de perdre des parts de marché si on est le premier acteur à monter les prix: la stratégie adoptée par le management peut avoir des conséquences très importantes sur le profil financier de l’émetteur.

Enfin, il est important de garder à l’esprit que l’administration américaine utilise ces tarifs non seulement comme une arme économique mais aussi géopolitique (on pense à la «punition» du Brésil ou de l’Afrique du Sud pour des raisons idéologiques). La volatilité liée à ce risque devrait perdurer dans les trimestres, voire les années à venir, ce qui renforce l’idée de gérer les portefeuilles avec prudence, avec comme première ligne de défense, selon nous, la diversification.

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