Perspectives pour l’argent au T2 2027: une marge de progression, sans envolée soudaine

Nitesh Shah, WisdomTree

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Le pic atteint en janvier avait peu de chances de se maintenir. Si les prix s’étaient maintenus à de tels niveaux, ils auraient presque certainement précipité le recul de la demande industrielle.

L’enthousiasme financier qui régnait en janvier 2026 n’est plus qu’un lointain souvenir. Après avoir franchi brièvement le seuil des 120 USD l’once en cours de séance, le métal s’est replié pour évoluer autour de 60 USD l’once à la date de rédaction (juillet 2026). Le pic atteint en janvier avait peu de chances de se maintenir. Si les prix s’étaient maintenus à de tels niveaux, ils auraient presque certainement précipité le recul de la demande industrielle. Même à 60 USD l’once – soit un niveau encore environ 70% plus élevé qu’il y a un an – une rationalisation industrielle demeure probable.

La question de la demande du secteur solaire

Un domaine important à surveiller concerne la demande de panneaux solaires. En Chine, les installations solaires ont été concentrées en début d’année 2025, les ménages cherchant à anticiper les modifications des tarifs d’électricité. Par conséquent, la demande d’argent du secteur solaire chinois devrait être plus faible cette année. Toutefois, cette baisse pourrait être partiellement compensée par une demande solaire plus soutenue ailleurs, à mesure que les politiques de diversification hors hydrocarbures s’intensifient dans le contexte de la guerre en Iran.

Lié à l'or

Comme souvent, nos perspectives concernant l’argent dépendent étroitement de celles que nous formulons pour l’or. Les deux métaux ont reculé, effaçant ainsi une part de la surchauffe accumulée en début d’année. Désormais, nous anticipons un contexte macroéconomique dans l’ensemble porteur pour les métaux précieux; l’argent devrait bénéficier des mêmes moteurs que l’or, tout en affichant une volatilité supérieure. Selon notre Perspective pour l’or pour deuxième trimestre 2027, une progression modérée au-delà de 4 560 $/oz reste envisageable.

Les distorsions des stocks pourraient s’atténuer

D’un point de vue physique, le fait qu’aucune nouvelle annonce tarifaire n’ait été faite devrait favoriser un écoulement progressif d’une partie des stocks restés bloqués aux États-Unis vers d’autres marchés, contribuant ainsi à détendre la pression constatée plus tôt dans l’année. Bien que l’argent demeure en situation de pénurie, le déficit tend à s’atténuer; nous ne prévoyons donc pas de resserrement notable au-delà des niveaux actuels.

La politique indienne vise à freiner la demande mais pourrait s’assouplir

L’Inde, premier marché mondial pour les pièces, lingots et bijoux en argent (voir les graphiques ci-dessous), a porté en mai 2026 les droits d’importation sur l’argent de 6% à 15%. Les importations de métaux précieux ont pesé sur la balance commerciale nationale, un effet renforcé par le coût élevé de l’énergie durant la guerre en Iran. Ensemble, ces facteurs ont incité le gouvernement à agir de manière décisive. Si les tensions en Iran venaient à s’atténuer et que les prix de l’énergie poursuivaient leur repli, une diminution des droits d’importation sur l’argent deviendrait envisageable à moyen terme. À ce stade, toutefois, aucune communication officielle n’a été publiée à ce sujet. Nous n'intégrons donc pas une telle évolution dans nos perspectives.

Graphique 1: Investissements en pièces et lingots d'argent


Source: WisdomTree. Metals Focus. La performance passée ne préjuge pas des performances futures et tout investissement peut perdre de la valeur.

Graphique 2: Fabrication de bijoux en argent


Source: WisdomTree. Metals Focus. La performance passée ne préjuge pas des performances futures et tout investissement peut perdre de la valeur.

Pas de hausse significative liée à la demande cyclique

Sur le plan cyclique, nous demeurons en phase avancée du cycle économique. L’activité manufacturière poursuit sa progression. Cependant, nous ne prévoyons pas d’augmentation notable des indices de l’activité manufacturière, lesquels se maintiennent déjà au-dessus du seuil des 50 points. Cela réduit la probabilité qu’une hausse marquée vienne de la demande industrielle.

Une augmentation modérée de l’offre minière

Sur le plan de l’offre, nous considérons que la production minière dépend des investissements réalisés, même si un délai s’observe entre les deux. Une hausse des dépenses d'investissement devrait, à terme, entraîner un accroissement des volumes extraits du sous-sol. Sur cette base, nous prévoyons une progression modérée de l’offre d’argent; celle-ci devrait aider à résorber le déficit d’offre, tout en freinant la hausse possible des prix.

Graphique 3: Dépenses d'investissement dans le secteur minier et prix des métaux industriels


Source: WisdomTree. Bloomberg Finance LP. 1997 2026. Les dépenses d'investissement sont décalées de 12 mois. La performance passée ne préjuge pas des performances futures et tout investissement peut perdre de la valeur.

Prévisions pour l’argent

Dans l’ensemble, nous prévoyons que le cours de l’argent s’orientera vers 70 USD l’once, une progression largement tirée par notre anticipation d’une hausse des prix de l’or. Toutefois, une progression de la production, conjuguée à un rythme de croissance industrielle plus mesuré, devrait vraisemblablement freiner le potentiel d’augmentation.

Le marché de l’argent est plus étroit que celui de l’or, et la demande d’investissement y provient en grande partie des investisseurs individuels. En conséquence, il demeure plus vulnérable à des épisodes spéculatifs – à l’image de celui survenu en janvier 2026. Notre prévision ne cherche pas à anticiper les pics ponctuels du métal, mais s’attache davantage aux évolutions de prix durables, appuyées par des fondamentaux macroéconomiques, industriels et d’offre.

Graphique 4: Attribution des prévisions


Source: WisdomTree. Juin 2026. Les prévisions ne constituent pas un indicateur de performance future et tout investissement comporte des risques et des incertitudes.

Conclusion

En somme, la baisse de l’argent depuis les sommets spéculatifs de janvier a permis au marché de retrouver des niveaux plus viables. Même si le métal reste soutenu par un contexte favorable aux métaux précieux et que nous prévoyons une progression des cours de l’or, la hausse attendue devrait s’avérer plus mesurée que celle constatée en début d’année. La reprise industrielle, le ralentissement de la demande du secteur solaire en Chine, l’apaisement des tensions sur les stocks, ainsi qu’une légère amélioration de l’offre minière, devraient tous jouer un rôle modérateur. Nous prévoyons ainsi que l’argent atteindra 70 USD l’once, tout en estimant qu’il s’agit d’une hausse fondée sur des facteurs fondamentaux, et non d’un simple retour du pic spéculatif constaté en janvier.

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