Perspectives pour l’or jusqu’au T2 2027: une remise à plat saine offre un contexte constructif

Nitesh Shah, WisdomTree

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La surcote exceptionnelle acquise durant le rallye de 2025-2026 s’est en grande partie résorbée, si bien que l’or évolue désormais à un niveau nettement plus conforme à notre évaluation de sa juste valeur.

L’or a connu un retournement remarquable au cours du premier semestre 2026. Après avoir inscrit un sommet historique en séance à 5595 dollars l’once le 29 janvier, les prix ont connu une nette correction et, début juillet au moment de la rédaction, ils s’échangent désormais sous leur niveau de début d’année.

Si la correction a pu désarçonner les investisseurs par son ampleur, nous y discernons avant tout un rééquilibrage sain, et non le terme du marché haussier de fond. La surcote exceptionnelle acquise durant le rallye de 2025-2026 s’est en grande partie résorbée, si bien que l’or évolue désormais à un niveau nettement plus conforme à notre évaluation de sa juste valeur. Nous pensons donc que la prochaine évolution du marché de l’or dépendra avant tout des fondamentaux macroéconomiques, et non d’un regain exceptionnel de la demande des investisseurs.

En appliquant à notre modèle d’évaluation les prévisions consensuelles de Bloomberg relatives à l’inflation, aux rendements des bons du Trésor et au dollar américain, le prix de l’or ressort à environ 4 563 USD/oz à l’horizon du deuxième trimestre 2027.

L’or a connu une correction saine

Au premier semestre 2026, l’or a enregistré l’un de ses retournements les plus spectaculaires de ces dernières années. Après avoir enchaîné des records historiques jusqu’en janvier, le marché s’est fortement replié durant les mois qui ont suivi. Même si le recul a été marqué, nous pensons qu’il traduit avant tout un retour à des niveaux de valorisation plus normaux, faisant suite à une envolée hors du commun.

Plusieurs facteurs ont contribué à la correction.

La désignation de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale (Fed) a d’emblée ravivé la confiance dans l’indépendance de la politique monétaire américaine. Les craintes précédentes, selon lesquelles la Maison Blanche pourrait choisir un président davantage en phase avec ses orientations politiques, avaient contribué à maintenir une prime de risque notable sur l’or. À mesure que ces inquiétudes se sont atténuées, une partie de cette prime s’est progressivement effacée.

Deuxièmement, le déclenchement du conflit avec l’Iran a d’abord provoqué des ventes d’or, le métal précieux ayant été utilisé comme source de liquidités rapidement mobilisables pour faire face à des besoins de financement urgents. Si l’incertitude géopolitique tend généralement à soutenir l’or sur le moyen terme, des épisodes soudains de tension sur la liquidité peuvent, à l’inverse, exercer une pression baissière temporaire.

Troisièmement, la demande émanant de plusieurs nouveaux acheteurs structurels, qui avait soutenu la hausse précédente, s’est nettement atténuée. Les achats réalisés par le biais des ETP chinois et indiens ont marqué le pas, et nos estimations montrent également un net ralentissement de l'accumulation d'or par Tether.

La prime de valorisation a en grande partie disparu

Dans nos analyses précédentes, nous avions mis en avant l'écart exceptionnellement marqué qui s’était installé entre la juste valeur de l’or calculée par notre modèle et le prix effectivement constaté sur le marché1. Nous avons suggéré que cette divergence traduisait l'arrivée d'une nouvelle catégorie d'acheteurs – notamment des véhicules d'investissement asiatiques ainsi que Tether – dont le volume d’achats suffisait à faire bouger les prix, au-delà de ce que justifiaient les variables macroéconomiques classiques.

Depuis l’ajustement survenu au premier semestre 2026, la prime de valorisation s’est en grande partie résorbée.

Graphique 1: Attribution du prix de l'or


Source: Bloomberg, WisdomTree Gold Price Model, données arrêtées à juin 2026. Le prix ajusté de l’or correspond à la valeur que le modèle aurait prévue. La constante n’a pas de signification économique, mais elle est utilisée en modélisation économétrique pour intégrer d’autres termes. On peut la considérer comme la variation du prix de l’or si toutes les autres variables étaient nulles (même si cela serait irréaliste). La performance passée ne constitue pas une indication des performances futures et tout investissement peut perdre de la valeur.

Le resserrement de cet écart vient conforter notre sentiment que l’or évolue désormais à un niveau qui se rapproche sensiblement de sa juste valeur. Bien que les prix puissent s’éloigner durablement des fondamentaux, la surévaluation qui a caractérisé l’essentiel du rebond observé en 2025-2026 s’est largement estompée.

Il s'agit d'un changement important. Désormais, l’évolution des fondamentaux macroéconomiques jouera un rôle bien plus déterminant dans les rendements futurs, la progression des multiples de valorisation n’étant plus assurée.

L’or redevient une histoire macroéconomique

Les valorisations étant revenues à des niveaux habituels, notre attention se porte désormais sur les facteurs macroéconomiques, lesquels ont, par le passé, compté pour l’essentiel des fluctuations du prix de l’or.

À court terme, l’or pourrait faire face à des vents contraires ponctuels, alors que les marchés poursuivent leur réévaluation des perspectives de la politique monétaire américaine. Les plus récentes projections du Federal Open Market Committee (FOMC), ainsi que les messages qui les ont accompagnées, ont été perçus comme l’indication d’une Fed un peu plus restrictive. Résultat: les marchés à terme anticipent désormais des relèvements de taux dès le mois de septembre.

À notre avis, ce réajustement des prix semble quelque peu excessif.

À condition que le protocole d'accord entre les États-Unis et l'Iran reste en vigueur et que les tensions continuent de se dissiper, on peut s'attendre à une atténuation progressive des pressions sur le marché de l'énergie. Cela atténuerait les tensions inflationnistes et devrait empêcher l’inflation de trop s’écarter de la cible fixée par la Fed.

Si le marché du travail continue de soutenir l’économie, sa robustesse paraît moindre que ne le suggèrent les récentes prévisions du FOMC. Les dernières statistiques sur l’emploi hors secteur agricole font état d’une progression plus mesurée de la création d’emplois, tandis que les chiffres des mois antérieurs ont été revus à la baisse, signe que la dynamique économique demeure contenue et ne semble pas menacer de surchauffer.

Le sondage de Bloomberg réalisé auprès des économistes professionnels met en évidence cette modération anticipée. Selon les prévisions du consensus, l’inflation PCE2 américaine devrait reculer, passant d’environ 3,9% au deuxième trimestre 2026 à près de 2,2% au deuxième trimestre 2027. Si ce scénario venait à se réaliser, l’or profiterait d’un contexte bien plus porteur que ne le suggèrent aujourd’hui les valorisations de marché en matière de politique monétaire.

Le dollar américain demeure un moteur important

L’analyse d’attribution révèle que la vigueur du dollar américain a largement contribué à la faiblesse de l’or en 2026.

Le dollar s’est apprécié, atteignant un sommet inégalé depuis plus d’un an, porté par la sécurité énergétique comparativement solide des États-Unis durant la crise iranienne, et surpassant ainsi nombre d’autres devises habituellement considérées comme refuges.

Graphique 2: Panier or et dollar américain


Source: Bloomberg Finance LP. WisdomTree, octobre 2025 – juin 2026. La performance passée ne préjuge pas des performances futures et tout investissement peut perdre de la valeur.

Si les tensions géopolitiques continuent de diminuer et que les marchés de l’énergie retrouvent un certain équilibre, le soutien dont bénéficie actuellement le dollar pourrait en partie s’effriter. Sur le moyen terme, les facteurs structurels plaidant pour une baisse du dollar américain, notamment la persistance des déficits budgétaire et courant, restent pertinents et pourraient de nouveau gagner en influence.

Graphique 3: Dollar américain et double déficit des États-Unis


Source: Bloomberg Finance LP. WisdomTree, 1968-2026. La performance passée ne préjuge pas de la performance future et tout investissement peut perdre de la valeur.

La demande structurelle s'est normalisée plutôt qu'elle n'a disparu.

La cadence soutenue des achats issus de plusieurs nouvelles sources majeures a connu un net ralentissement.

L’appétit pour les ETP chinois s’est nettement intensifié suite à la décision permettant aux compagnies d’assurance d’investir dans l’or. Si les flux entrants ont ralenti durant le second semestre 2025, ils sont repartis à la hausse au début de 2026, pour finalement céder la place à des sorties nettes à compter du mois de mai.

De la même façon, la demande d’investissement en Inde a connu un net essor à la suite des changements réglementaires permettant aux fonds de pension d’investir une part dans l’or ; toutefois, elle s’est depuis stabilisée.

Graphique 4: Demande mensuelle d’ETP en Inde et en Chine


Source: World Gold Council, WisdomTree. Juillet 2013 à mai 2026. La performance passée ne préjuge pas des performances futures et tout investissement peut perdre de la valeur.

Cette période de flux entrants plus modestes a, dans l'ensemble, coïncidé avec la correction des cours de l’or — signe que l’effet marginal de ces nouveaux acheteurs s'est estompé.

Un schéma similaire peut être observé dans les achats par Tether.

Graphique 5: Achats d'or par Tether


Source: Estimations de WisdomTree établies à partir des rapports d’attestation trimestriels de Tether et du prix de l’or LBMA. La performance passée ne préjuge pas des performances futures et tout investissement peut perdre de la valeur.

Si ces acheteurs restent un soutien structurel de l’or à long terme, la cadence exceptionnelle d’accumulation à l’origine de la prime de valorisation précédente s’est nettement ralentie.

Positionnement

Le positionnement des investisseurs semble également nettement moins tendu qu’au début de l’année.

Le positionnement net spéculatif sur les contrats à terme sur l’or du COMEX demeure modéré, surtout si l’on considère les sommets atteints récemment. Sur le plan technique, toutefois, le cours de l’or paraît former un plancher après avoir reculé au-delà du seuil de retracement de Fibonacci de 38,2%. Si les conditions macroéconomiques venaient à s'améliorer, un regain de confiance des investisseurs pourrait dès lors offrir un appui supplémentaire.

Graphique 6: Cours de l'or avec lignes de retracement de Fibonacci


Source: WisdomTree. Bloomberg Finance LP. Juillet 2025 - juillet 2026. Les retracements de Fibonacci permettent d’évaluer l'ampleur d'une correction de prix par rapport à un mouvement précédent. Parmi les niveaux de retracement fréquemment utilisés figurent 23,6%, 38,2%, 50%, 61,8% et 78,6%. De nombreux acteurs du marché s’en servent pour repérer d’éventuelles zones de support ou de résistance. La performance passée ne préjuge pas des performances futures et tout investissement peut perdre de la valeur.

Perspectives

La prime de valorisation ayant pour l’essentiel disparu, notre prévision s’appuie désormais avant tout sur les facteurs macroéconomiques qui, par le passé, ont déterminé les cours de l’or.

À partir des prévisions consensuelles de Bloomberg sur l’inflation, les rendements des bons du Trésor et le dollar américain, et en partant du principe que le positionnement spéculatif net se maintient aux environs de 150'000 contrats, le modèle aboutit à une estimation du prix de l’or de 4 563 USD/oz à l’horizon du deuxième trimestre 2027.

Cela correspond à une reprise de plus de 500 USD l’once par rapport aux niveaux de fin du deuxième trimestre 2026, bien que cela reste nettement inférieur au record historique en séance atteint en janvier 2026.


Source: WisdomTree. Bloomberg Survey of Professional Economists. Juin 2026. Les prévisions ne constituent pas un indicateur de la performance future et tout investissement comporte des risques et des incertitudes.

Analyse de sensibilité

Plutôt que de présenter des scénarios haussiers et baissiers classiques, nous proposons une série d’analyses de sensibilité autour de notre prévision centrale.

Compte tenu de l’environnement macroéconomique exceptionnellement incertain, nous estimons que cette approche est plus instructive, car elle permet aux lecteurs d’appliquer leurs propres hypothèses concernant l’inflation, les taux d’intérêt, le dollar américain et le positionnement des investisseurs, tout en maintenant constantes toutes les autres variables.

Par exemple, si le dollar américain s'appréciait à 104 et que les rendements nominaux des bons du Trésor à 10 ans augmentaient à 5,24%, tandis que l'inflation restait à 2,2% et que le positionnement spéculatif atteignait 150'000 contrats, notre modèle indiquerait un prix de l'or d'environ 4209 USD l'once.

Les tableaux ci-dessous illustrent comment les variations de combinaisons de variables macroéconomiques influent sur notre prévision, permettant aux investisseurs de transposer directement leurs propres anticipations macroéconomiques dans un prix implicite de l’or.


Source: WisdomTree. Les prévisions ne constituent pas un indicateur de performance future et tout investissement comporte des risques et des incertitudes.

Conclusion

La forte correction enregistrée au premier semestre 2026 a fondamentalement modifié l’argument d’investissement pour l’or. La prime de valorisation qui avait caractérisé une grande partie de la hausse de 2025-2026 a en grande partie disparu, ramenant les prix en ligne avec notre estimation de la juste valeur. Si cela peut réduire le potentiel de nouvelles hausses portées uniquement par l’enthousiasme des investisseurs, cela offre une base plus saine pour la performance future. À partir de maintenant, les perspectives pour l’or devraient être principalement déterminées par les fondamentaux macroéconomiques, en particulier l’évolution de l’inflation, des taux d’intérêt et du dollar américain. Sur la base des attentes consensuelles actuelles, notre modèle anticipe un rebond vers 4 563 USD l’once d’ici le deuxième trimestre 2027, même si l’analyse de sensibilité montre que différents scénarios macroéconomiques pourraient modifier sensiblement cette trajectoire.

 

1 Pour en savoir plus sur notre modèle, reportez-vous à l’article The investment case for gold.

2 Personal Consumption Expenditures index.

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