Pari perdant pour la planète

Jan Amrit Poser, J. Safra Sarasin

1 minutes de lecture

D’après les météorologues, l’été 2018 aurait été tout à fait exceptionnel, et ils y voient un lien avec le changement climatique induit par l’homme.


Pompiers et volontaires tentent d'éteindre un feu de forêt près de Loutraki, dans le sud de la Grèce, le 24 juillet 2018. © Keystone

Cet été, une vague de chaleur sans précédent a déferlé sur l’hémisphère nord. Les feux de forêt ont sévi de la Suède à la Grèce, coûtant la vie à de nombreuses personnes. Le Royaume-Uni et l’Europe centrale ont été frappés par plusieurs mois de sécheresse, qui ont causé des pertes agricoles considérables. La canicule a également fait sombrer la productivité dans l’industrie et dans les services. Les centrales électriques ont dû réduire leur production. De violentes chutes de pluie ont rapidement engendré inondations et blocages de la circulation. D’après les météorologues, l’été 2018 aurait été tout à fait exceptionnel, et ils y voient un lien avec le changement climatique induit par l’homme.

Malgré la pénurie de produits alimentaires qui se profile, les prix des matières premières telles que le sucre, le maïs ou le soja ont vu leurs prix baisser, en raison de la guerre commerciale, qui s’est encore envenimée pendant l’été. La décision unilatérale des États-Unis d’imposer d’abord des droits de douane sur l’acier et l’aluminium, puis sur toute une série d’autres importations, a déclenché sans tarder des mesures de rétorsion de la part des pays concernés.

L’humanité se perd dans des luttes politiques
nées de la défense des intérêts nationaux.

L’effet attendu, et même souhaité par le gouvernement américain, est une relance de l’industrie des matières premières aux États-Unis. Ces derniers temps, la production des centrales à charbon américaines, en particulier les plus anciennes et les moins efficientes, est repartie à la hausse. Au lieu de réduire ensemble les émissions de dioxyde de carbone et d’encourager des sources d’énergie plus rationnelles, l’humanité se perd dans des luttes politiques nées de la défense des intérêts nationaux. Ce sont le climat, ainsi que la qualité et la quantité de la croissance économique mondiale, qui sont en jeu. Les politiques se comportent comme si nous avions une deuxième planète en réserve.

En octobre 2018, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publiera un rapport spécial en prévision de la conférence internationale sur le climat (COP24) qui aura lieu au mois de décembre à Katowice, en Pologne. On peut s’attendre à ce que le GIEC avertisse pour la première fois les dirigeants politiques que l’objectif d’une hausse des températures de 1,5°C maximum par rapport à l’ère pré-industrielle n’a plus grand-chose de réaliste.

De fait, pour l’atteindre, de nombreuses études scientifiques montrent qu’il faudrait un prélèvement net de dioxyde de carbone à partir de 2070. Or, plus les politiques tarderont à agir, plus l’humanité devra extraire de CO2 de l’atmosphère à l’avenir. Au lieu de nous faire miroiter que l’objectif est atteignable, le groupe d’experts doit publier des conclusions qui feront réagir. Les organes politiques doivent se réveiller pour de bon afin que l’humanité puisse s’accorder sur un comportement responsable et ne pas risquer un pari perdant sur notre unique planète.