Pétrole: retour dans la zone «six-seven»

Norbert Rücker, Julius Baer

2 minutes de lecture

Le marché pétrolier évolue rapidement vers sa «nouvelle-ancienne normalité», caractérisée par une offre abondante et une concurrence accrue entre producteurs.

 

Il semble qu'un véritable «aimant» attire les prix du Brent vers des niveaux inférieurs à 70 dollars le baril. Les hostilités survenues le week-end dernier n’ont eu que peu d’impact, et le pétrole continue d’affluer hors du Golfe. L’équilibre du marché est probablement passé d’un déficit à un excédent, du moins si l’on considère les volumes de pétrole actuellement transportés par voie maritime. Cela dit, le brusque revirement de sentiment de marché et le repositionnement massif des fonds spéculatifs, qui sont passés de positions longues à des positions courtes sur le marché à terme, ont exercé une pression supplémentaire sur les prix. Même si cet effet pourrait bientôt s’estomper, le marché pétrolier évolue rapidement vers son «ancienne nouvelle normalité», caractérisée par une offre abondante et une concurrence accrue entre producteurs.

Les cours du pétrole – et plus particulièrement le Brent, référence du marché – semblent être attirés comme par un aimant vers les niveaux inférieurs à 70. Si la situation de l’offre et de la demande a évolué rapidement avec la reprise en force des transits dans le détroit d’Ormuz, le brusque revirement du sentiment des investisseurs exerce très probablement lui aussi une forte pression baissière sur les cours du pétrole. Le sentiment s’est nettement refroidi au cours des dernières semaines, et hedge funds, en particulier, se sont précipités pour passer de positions longues à des positions courtes sur les contrats à terme.

L’afflux de pétroliers vides vers le Golfe devrait permettre de maintenir un niveau élevé d'exportations dans les mois à venir.

De tels changements de positionnement ont tendance à influencer les prix à court terme et illustrent en fin de compte une évolution de la perception des investisseurs quant à l’équilibre entre l’offre et de la demande. Avec la reprise des exportations de pétrole en provenance du Golfe, l’équilibre du marché pétrolier est en effet probablement passé d’un déficit à un excédent, du moins si l’on considère les volumes de pétrole disponibles en mer. Les pétroliers qui quittent en masse le Moyen-Orient arriveront à destination en Asie ou ailleurs d’ici quelques semaines, contribuant alors à transformer le déficit de stock mondial en excédent.

Selon les sources que nous consultons, il est important de noter que l’afflux de pétroliers vides vers le Golfe devrait permettre de maintenir un niveau élevé d'exportations dans les mois à venir. Nous continuons de penser que le déficit mondial des stocks causé par la guerre en Iran est bien inférieur aux estimations de l’Agence internationale de l’énergie.

La forte demande pour les produits pétroliers américains devrait également s’atténuer. Il reste à voir combien de temps il faudra pour que les exportations reviennent à leurs niveaux d’avant la crise, ce qui dépendra de la durée des contrats d’approvisionnement signés par les négociants.

Plusieurs éléments concordants viennent étayer cette surabondance de pétrole. Les producteurs du Moyen-Orient ont réduit les marges sur leur pétrole. Les volumes de pétrole iranien stockés sur des pétroliers au large d’Ormuz semblent s’accumuler, à la recherche d’acheteurs suite à l’allègement des sanctions américaines. A cela s’ajoute la reprise des exportations de brut russe, parallèlement à la reprise de la production kazakhe, tandis que les attaques ukrainiennes contre les raffineries freinent la demande intérieure.

Le marché pétrolier se normalise progressivement, même si des épisodes de volatilité restent probables. La manière dont le commerce via le détroit d’Ormuz sera géré à l’avenir reste incertaine. Nous pensons toutefois que le pragmatisme l’emportera, car l’Iran est conscient de ses limites, qui risquent d’éloigner les acheteurs asiatiques dont il dépend économiquement.

Dans le même temps, es Emirats arabes unis ont mis en service un oléoduc supplémentaire contournant le détroit d'Ormuz, tandis que l'Irak accélère ses projets de liaison vers la Méditerranée. A cela s'ajoute une offre de pétrole à des prix toujours plus compétitifs hors Moyen-Orient et la menace que représente Ormuz en tant que goulet d’étranglement s’estompe progressivement.

Même si le revirement de sentiment sur les marchés pourrait bientôt toucher à sa fin et que la pression sur les prix liée à ce facteur pourrait s’atténuer, nous restons convaincus que le marché pétrolier devrait revenir à un excédent potentiellement encore plus marqué l’année prochaine. C’est pourquoi nous conservons notre position prudente sur les perspectives du pétrole.

A lire aussi...