Pétrole et gaz: tensions et résilience mondiales

Malik Zetchi, Pictet Wealth Management

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La fermeture du détroit d’Ormuz bouleverse durablement les marchés mondiaux des hydrocarbures.

 

Le conflit en cours au Moyen-Orient a eu un impact immédiat sur les marchés mondiaux du pétrole et du gaz, entraînant à la fois des perturbations aiguës et des défis structurels pour l’industrie. En mai 2026, la fermeture du détroit d’Ormuz, passage clé pour le transport mondial d’énergie, a déclenché une forte volatilité et des contraintes structurelles dans les chaînes d’approvisionnement en pétrole et en gaz, influençant les prix, les réserves et les décisions stratégiques dans l’ensemble du secteur.

A court terme, le conflit a entraîné une réduction de plus de 500 millions de barils dans la production mondiale, provoquant une hausse des prix du pétrole, désormais situés entre 100 et 115 dollars le baril, et générant des épisodes de volatilité inédits sur les marchés depuis vingt-cinq ans. Cette hausse est alimentée non seulement par la baisse directe de l’approvisionnement, mais aussi par l’utilisation rapide des réserves commerciales et stratégiques pour amortir le choc initial. A mesure que les réserves approchent de seuils critiques, une pression additionnelle sur les prix est à prévoir, surtout si le détroit reste fermé ou si les hostilités se poursuivent. Une fois le conflit résolu, il faudra compter un à deux mois pour que le transport maritime et la production reviennent à la normale. Ce délai sera nécessaire pour résorber les retards accumulés et réparer les infrastructures endommagées. Le rythme de la reprise variera selon les pays, en fonction de l’ampleur des dégâts et de la complexité du redémarrage des opérations.

La prime de risque sur le pétrole du Moyen-Orient devrait se maintenir, la fermeture du détroit d’Ormuz étant désormais considérée comme une menace réelle par les marchés.

A plus long terme, le conflit devrait redéfinir le paysage mondial du pétrole et du gaz. La sécurité énergétique est devenue une priorité absolue, poussant les pays à diversifier leurs sources d’approvisionnement, à investir dans la production nationale et à reconstituer leurs réserves stratégiques. Ce contexte devrait stimuler les investissements en amont, au bénéfice des projets à court et à long terme, notamment dans des régions comme l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine, alors que les entreprises cherchent des alternatives à l’approvisionnement en provenance du Moyen-Orient.

Dans ce contexte, la prime de risque sur le pétrole du Moyen-Orient devrait se maintenir, la fermeture du détroit d’Ormuz étant désormais considérée comme une menace réelle par les marchés. Cette dynamique devrait durablement façonner les comportements de marché et les mécanismes de prix, accélérant le développement de routes d’exportation alternatives et favorisant des chaînes d’approvisionnement plus régionalisées.

La crise pourrait également entraîner une réorientation plus large des politiques énergétiques, certains pays intensifiant leurs efforts pour développer les énergies renouvelables, le nucléaire et les carburants alternatifs afin de réduire leur dépendance aux hydrocarbures. La fiabilité et la compétitivité du gaz naturel liquéfié (GNL) sont réévaluées, avec un regain d’intérêt pour les contrats à long terme et la diversification des portefeuilles d’approvisionnement. Si les perspectives à court et moyen terme pour les prix du pétrole et du gaz restent orientées à la hausse, à plus long terme, on pourrait assister à une intensification de la concurrence des énergies alternatives et à une attention renforcée portée à la capacité des systèmes énergétiques à résister aux chocs et à s’adapter aux crises.

En résumé, le conflit au Moyen-Orient a mis en lumière la vulnérabilité du système énergétique mondial, provoquant une hausse des prix et de la volatilité à court terme tout en catalysant des changements structurels qui façonneront les marchés du pétrole et du gaz pour les années à venir. Le secteur s’engage désormais dans une phase marquée par une intensification des investissements, un réalignement stratégique et une incertitude persistante, alors qu’il doit s’adapter à une nouvelle ère de risques géopolitiques et à l’évolution de la demande énergétique.

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