Les revenus générés par les cryptomonnaies doubleront en 2021

Yves Hulmann

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Marc Bürki, le directeur de Swissquote, anticipe une forte hausse des volumes dans les cryptodevises et affiche ses ambitions dans le leasing.


©Keystone

Swissquote a publié jeudi de nouveaux chiffres record au titre de l’exercice 2020 – et se montre tout aussi optimiste pour 2021. Le chiffre d’affaires net s’est établi à 317,3 millions de francs, en hausse de 37,6% par rapport à l’exercice précédent, tandis que le bénéfice avant impôts a plus que doublé sur la même période pour atteindre 105,6 millions de francs. Le bénéfice net a également doublé en un an, pour s’établir à 91 millions de francs (44,7 millions). Portés par la bonne performance des marchés, les avoirs des clients ont progressé à 39,8 milliards de francs (+23,4%), alimentés par un afflux net de nouveaux capitaux de 5,3 milliards de francs (+15,7%). Du côté de ses clients, la banque en ligne basée à Gland a franchi pour la première fois le seuil des 400'000 comptes clients.

La présentation des chiffres de l’exercice 2020 de Swissquote a aussi été l’occasion faire le point sur les développements en cours dans plusieurs domaines, en particulier s’agissant des cryptomonnaies, de l’évolution des services de robot-conseiller mais aussi de sa nouvelle offre de leasing de voitures électriques en collaboration avec Tesla annoncée en décembre.

Les mois de janvier et février 2021 ont battu le record
mensuel de demandes d’ouverture de compte.

S’agissant de l’évolution du nombre de clients, l’exercice 2020 marqué par la crise du COVID-19 a été celui de tous les records. L’an dernier, le nombre total de comptes clients a augmenté de 50’636 unités, en hausse de 14%, pour s’établir à un niveau record de 410’248 comptes. Le nouvel exercice 2021 a aussi débuté sur les chapeaux de roues: Swissquote a reçu 23’208 demandes d’ouverture de compte en janvier dernier, puis 22’512 demandes en février. C’est plus que le record de demandes d’ouverture de compte mensuel qui s’était établi à 19’507 pour le seul mois de mars 2020.

Toutes ces demandes d’ouverture de comptes se transformeront-elles en nouveaux comptes clients? Marc Bürki estime qu’environ les deux tiers des demandes se traduisent ensuite par des ouvertures effectives de comptes. «Toutes les demandes n’aboutissent pas. Tout d’abord, car il y a parfois des demandes assez fantaisistes ou remplies de manière incomplète. Ensuite, car certains clients ne satisfont pas aux exigences réglementaires. Enfin, il faut aussi tenir compte des fermetures de compte en cours d’exercice», a détaillé Marc Bürki lors d’un entretien téléphonique jeudi. Sur les quelque 100'000 demandes d’ouverture de comptes reçues l’an dernier, celles-ci se sont traduites au final par 50’636 nouveaux comptes ouverts en plus», compare-t-il. Malgré tout, il juge «assez incroyable» le nombre de nouvelles demandes d’ouverture de compte reçues en janvier et février de cette année. De plus, la banque en ligne a aussi vu affluer 1,4 milliard de francs d’argent frais durant les deux premiers mois de 2021. «En moyenne, les nouveaux clients apportent aujourd’hui aussi davantage d’argent que ce n’était le cas il y a quelques années encore. Ce ne sont plus seulement des boursicoteurs qui ouvrent des comptes chez Swissquote. Il y a aussi des gens qui apportent une large part de leur patrimoine chez nous. Cela explique pourquoi les dépôts moyens ont pris l’ascenseur au cours des dernières années », ajoute-t-il. Situé à 61’291 francs en 2016, le montant moyen des dépôts par compte a grimpé à 96’948 francs en 2020.

Les revenus des cryptomonnaies devraient doubler cette année.

Un autre développement important de ces dernières années est celui des cryptomonnaies. Certes, les cryptomonnaies ne représentent encore que 5% de l’ensemble du chiffre d’affaires net du groupe en 2020. Les revenus générés par les cryptodevises – une offre qui inclut désormais 12 cryptomonnaies en tout – ont atteint 16 millions en 2020. «Ce montant va doubler en 2021», anticipe Marc Bürki. A la fin de cette année, les revenus issus des cryptomonnaies devraient s’élever à quelque 32 millions de francs par rapport à un chiffre d’affaires attendu aux environ de 365 millions. 

Selon Marc Bürki, il y a aujourd’hui toutes sortes de types de clients qui veulent investir dans les cryptomonnaies: «Beaucoup d’investisseurs souhaitent placer 1, 2 ou 3% de leur portefeuille dans des cryptomonnaies dans un but de diversification». Pour un établissement comme Swissquote, cette clientèle peut s’avérer intéressante même lorsque ces clients n’ont pas eux-mêmes ouvert de comptes auprès du courtier en ligne. «Ces clients ne vont pas forcément venir ouvrir un compte chez nous. Toutefois, s’ils demandent à leur gérant d’acheter des Bitcoins, celui-ci peut être intéressé de le faire via un établissement comme Swissquote, ce qui accroîtra la demande pour notre offre dans les cryptomonnaies», illustre-t-il.

Repositionné, le domaine du «Robo-Advisory» décolle.

Swissquote propose depuis le milieu de la dernière décennie une offre de services de «Robo-Advisory». Pendant plusieurs années, les volumes investis dans les services de robot-conseiller sont restés en-deçà des attentes du groupe, l’incitant à repositionner son offre dans ce domaine. «Au départ, nous proposions un cockpit relativement complexe à piloter à nos clients. Nous nous sommes rendus compte que notre offre était trop compliquée et nous l’avons simplifiée. Désormais, nous proposons différents thèmes d’investissement à choix à nos clients. A l’intérieur de chacun de ces thèmes, la gestion est ensuite réalisée par le robot. Le client n’a plus qu’à choisir le thème», explique Marc Bürki. Partant d’actifs sous gestion de 115,9 millions en 2016, le domaine du «Themes trading» a grimpé à 334,1 millions de francs en 2021. «Nous ne sommes pas encore au milliard de francs que nous visions au départ mais nous avons toujours bon espoir d’y arriver un jour», met-il en perspective.

Un volume de 100 millions de francs dans le leasing visé en 2021.

Autre nouveauté proposée: le service de leasing de voitures électriques qui a été lancé en décembre dernier par Swissquote en partenariat avec Tesla. «Pour nous, qui disposons de grandes quantités de liquidités, proposer un tel service est doublement intéressant. D’un côté, cela nous évite de devoir verser les 0,75% que prélève la BNS sur les liquidités déposées chez nous. De l’autre, cela nous rapporte des intérêts», explique Marc Bürki. «L’offre lancée avec Tesla est la preuve que la numérisation peut s’attaquer à tous les modèles d’affaires. Jusqu’ici, le domaine du leasing a toujours été super-encadré en Suisse. Si vous vous rendez dans un garage, vous devez remplir toutes sortes de documents à la main. C’est fastidieux», observe-t-il. C’est aussi pourquoi Tesla a été intéressé de collaborer avec Swissquote dans ce domaine: «Tesla vend la plupart de ses voitures directement sur Internet. Chez nous aussi, tout le processus de notre service de leasing se déroule en ligne. Je pense que ça va devenir la norme dans quelques années». Outre Tesla, d’autres constructeurs automobiles ont déjà pris contact avec Swisquote, indique-t-il. L’occasion pour Marc Bürki d’afficher ses ambitions dans ce nouveau segment d’affaires: «Dans le leasing, nous visons un volume de 100 millions de francs en 2021, un montant qui devrait ensuite grimper à 500 millions de francs en 2024».

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