La hausse des rendements des obligations souveraines américaines s’est poursuivie avec une vigueur renouvelée en septembre, contribuant aux faibles performances de la plupart des segments obligataires. Les performances ont également été modestes sur les marchés actions, mais les investisseurs semblent relativement peu préoccupés par la hausse des taux. Cela tient au fait que celle-ci est principalement portée par une croissance soutenue.
C’est toutefois sur les marchés de taux que les fluctuations ont été les plus marquées en septembre. Les rendements des obligations du Trésor américain, à court comme à long terme, ont fortement augmenté durant la seconde moitié du mois. Nous estimons que la vigueur de la croissance et de la demande dans l’économie américaine constitue le principal moteur de la hausse des taux depuis le début de l’année. Cela explique pourquoi les marchés actions ont, dans l’ensemble, accueilli cette hausse avec sérénité.
Nous observons néanmoins des signes d’une réaction plus négative des marchés actions lorsque les hausses de taux sont brutales, c’est-à-dire lorsque des mouvements importants se produisent sur une courte période. Durant la dernière semaine de septembre, le rendement de référence des obligations du Trésor américain à dix ans a connu plusieurs journées de fluctuations relativement fortes, ce qui semble avoir accentué la nervosité sur les marchés actions et sur les autres actifs risqués. Les actions ont enregistré des baisses modérées lors de ces séances, tandis que les écarts de rendement des obligations américaines à haut rendement se sont creusés au cours de cette même semaine.
La hausse simultanée du pétrole et des taux pèse également sur les actifs risqués. D’une part, un pétrole plus cher pénalise en lui-même l’économie réelle. D’autre part, il crée une incertitude sur les causes de la hausse des taux. Une remontée des taux liée à l’augmentation des prix du pétrole est plus défavorable aux actions qu’une hausse portée par une demande soutenue. Comme indiqué précédemment, nous estimons que ce second facteur reste prépondérant. Toutefois, les inquiétudes concernant la situation en Iran et ses répercussions sur les prix des matières premières contribuent aussi à relever les anticipations de taux et, par conséquent, les taux de marché à long terme.
Selon nous, l’effet d’une nouvelle hausse des taux sur les marchés actions dépendra donc de deux conditions: que cette hausse reste avant tout portée par une amélioration des perspectives de croissance, plutôt que par des inquiétudes liées au prix du pétrole; et que les fluctuations des taux de marché demeurent relativement modérées, sans répétition fréquente de bonds de 10 à 15 points de base en une journée, comme ceux observés à plusieurs reprises durant la dernière semaine de septembre.
Nous jugeons ces deux conditions réalisables et ne sommes donc pas particulièrement inquiets pour les marchés actions, même si les taux de marché devaient encore progresser légèrement par rapport à leurs niveaux actuels. Une économie américaine robuste, peu sensible à la hausse des taux, et des actions soutenues par une forte croissance des bénéfices devraient pouvoir absorber des taux compris entre 5% et 6%.
Notre principale préoccupation reste la forte dépendance de la hausse des marchés actions à des prévisions de bénéfices extrêmement élevées, largement liées à un seul thème: l’intelligence artificielle. Selon une estimation approximative, les entreprises technologiques ont contribué à hauteur des deux tiers à la hausse des prévisions de bénéfices depuis le début de l’année. Les entreprises de l’industrie et des matières premières y ont également contribué de manière significative. Une grande partie de cette contribution s’explique probablement, elle aussi, par les bénéfices liés au développement des infrastructures d’IA, notamment des centres de données. Les sommes considérables investies dans ces infrastructures jouent donc un rôle déterminant dans la poursuite de la hausse des marchés actions. De fortes incertitudes subsistent toutefois quant à la rentabilité finale de ces investissements et à la durée pendant laquelle un tel rythme pourra être maintenu.
Dans l’ensemble, nous sommes actuellement à l’aise avec une allocation neutre entre actions et obligations dans nos fonds et portefeuilles. Ce positionnement tient à la fois aux nombreuses incertitudes qui entourent les marchés actions, qu’il s’agisse des taux, des prix de l’énergie ou des bénéfices liés à l’IA, et à l’amélioration des rendements courants des obligations à mesure que les taux de marché augmentent.
Notre appréciation des marchés reste inchangée pour octobre
Nous n’avons apporté, au cours du mois écoulé, aucune modification aux portefeuilles qui traduirait un changement de notre appréciation générale des marchés. Nous restons surpondérés sur le secteur technologique, malgré notre scepticisme à l’égard des prévisions de bénéfices élevées, et envisageons même de renforcer notre exposition. Deux facteurs expliquent le maintien de notre opinion favorable sur les valeurs technologiques.
Premièrement, nous ne sommes pas les seuls à nous interroger sur la croissance des bénéfices liée à l’IA. Les prévisions de bénéfices des entreprises du secteur des technologies de l’information continuent d’être révisées à la hausse à un rythme soutenu, mais leurs cours de Bourse n’ont pas suivi au cours des derniers mois. Cela explique la baisse, cette année, des valorisations des actions en général et des valeurs technologiques en particulier, mesurées par le rapport entre les cours et les bénéfices estimés. Les investisseurs doutent manifestement de la réalisation de ces prévisions et de la pérennité d’une croissance aussi forte. Même si les cours des fabricants de mémoires et de semi-conducteurs continuent de progresser, ces titres ne suscitent plus la même euphorie qu’au premier semestre.
Deuxièmement, tant que le rythme des investissements reste élevé et ne montre aucun signe de ralentissement, de nombreuses entreprises technologiques continueront d’en bénéficier. Cette dynamique pourrait se prolonger encore un à deux ans, auquel cas ces entreprises devraient continuer à surperformer l’ensemble du marché.