Les anges déchus: une opportunité

David Norris, TwentyFour Asset Management

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Tomber dans la catégorie «haut rendement» n’est pas nécessairement un mal, pour autant que le retour vers la qualité se fasse rapidement.

«Les anges déchus», ces entreprises initialement notées «investment grade» qui se trouvent reléguées dans la catégorie du haut rendement et voient alors les cours de leurs obligations baisser sont bien connues des investisseurs taux fixes. En 2019, onze entreprises américaines, représentant un volume nominal de 16 milliards de dollars d’emprunts, se sont trouvées dans cette situation.

Newell Brands était l’une entre elles. Ce fabricant d’une vaste gamme de produits de consommation, allant des stylos Sharpie aux mijoteuses Crock Pots, a vu sa notation financière révisée à la baisse par Standard &Poor’s le 1er novembre dernier. L’agence Fitch avait déjà procédé à un tel ajustement en février dernier, lui attribuant la note BB+. En dépit du fait que Moody’s ait, pour sa part, maintenu sa notation Baa3, qui correspond au segment «investment grade», la décision de S&P d’attribuer un BB à Newell a contraint l’entreprise à sortir de l’indice «investissable» (BAML US IG) pour aller se replacer dans celui des obligations à haut rendement (BAML US High Yield). A la suite de cette annonce, la réaction du marché a été immédiate: les spreads des emprunts de Newell se sont écartés, de 50 points de base (pb) en moyenne. 

Il peut être intéressant de rechercher les entreprises susceptibles de bénéficier
d’un mouvement en sens inverse, du haut rendement vers le «investment grade».
Vers le redressement

Ce type de mouvement est typique lorsqu’un ange déchoit et c’est l’une des principales raisons pour lesquelles les investisseurs s’efforcent d’éviter les titres qui risquent de basculer dans la catégorie des obligations à haut rendement. Ils sont d’autant plus prudents en fin de cycle, car les valorisations sont généralement tendues et le niveau d’endettement des entreprises, élevé. Néanmoins, sur le plan des rendements, il peut être intéressant de rechercher les entreprises susceptibles de bénéficier d’un mouvement en sens inverse, du haut rendement vers le «investment grade». Et de ce point de vue, Newell offre un certain potentiel.

L’entreprise a en effet bien progressé dans son plan de redressement et elle a procédé à une série de désinvestissements ces derniers mois, le dernier en date étant celui de «The United States Playing Card Company» le 31 décembre 2019. 

Le potentiel du retour à la qualité

Le raisonnement de S&P pour la révision à la baisse de la notation de Newell en novembre dernier partait du fait que l’entreprise n'était pas parvenue à vendre certains de ses actifs. Or, selon l'agence de notation, cela signifiait que la probabilité qu’elle ne soit pas en mesure d’atteindre ses objectifs en matière d'endettement cette année se trouvait accrue.

Les occasions comme Newell, qui accède à un cercle d’investisseurs
totalement différent, pourraient bien se multiplier.

Or, Newell vise actuellement un ratio dettes financières nettes/excédent brut d’exploitation de 4,0x pour fin 2019 et de 3,5x d'ici la fin 2020. Nous estimons que l’entreprise pourrait être susceptible de retrouver son statut «investment grade»: grâce à l’écartement de 50 pb de leurs spreads, les obligations de Newell 4,2% échéance 2026 affichent actuellement un rendement à l’échéance de 3,62%, à comparer à celui de l’indice des obligations BBB qui est de 3,16% et à celui de l’indice des obligations BB qui s’élève à 3,79%. Leur valorisation paraît donc intéressante, d’autant plus que ces titres recèlent un potentiel de hausse si l’entreprise atteint ses objectifs en matière de désendettement.

Par ailleurs, en sortant de l’indice «investment grade» pour entrer dans celui des titres à haut rendement, Newell accède à un cercle d’investisseurs totalement différent. En 2020, il est probable que les occasions de ce type se multiplieront.