Le nouveau discours de Jerome Powell

François-Xavier Chauchat, Dorval Asset Management

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Le président de la Fed concède que des signes convaincants de désinflation sont à l’œuvre.


© Keystone

Plusieurs éléments encourageants – dont un discours plus conciliant que prévu de Jerome Powell – soutiennent le retour de l’appétit des investisseurs pour le risque. La remontée récente de l’inflation salariale américaine souligne cependant que le débat sur les conditions d’une normalisation de l’inflation US reste ouvert.

La crainte d’une récession trop sévère

À la baisse du risque européen s’ajoute désormais des nouvelles prometteuses en provenance de Chine. Devant le mécontentement populaire, la politique zéro Covid est en train d’être progressivement enterrée, ce qui n’était pas prévu avant le printemps. Même s’il ne faut pas s’attendre à des étincelles, il est donc désormais quasi certain que l’économie chinoise va nettement rebondir dès le premier semestre 2023, ce qui soutiendra la croissance mondiale au moment où elle en aura sans doute le plus besoin.

La BCE pourrait augmenter nettement plus ses taux que la Fed en 2023. Il faut donc maintenir un fort investissement dans les actifs monétaires de la zone euro.

Quant à Jerome Powell, qui avait depuis plusieurs mois adopté une posture très combattive contre l’inflation, il a clairement modifié sa communication. Sans doute aiguillé par de vifs débats internes entre les membres de la Fed – dont certains craignent de provoquer une récession trop sévère – il a annoncé un ralentissement de la hausse des taux dès le mois de décembre. Alors qu’il les minimisait jusque-là, le président de la Fed concède que des signes convaincants de désinflation sont à l’œuvre avec la normalisation des conditions de l’offre, la stabilisation des prix des matières premières et la baisse des nouveaux loyers. Il souligne par ailleurs que les taux ont déjà beaucoup monté, ce qui pèsera sur la croissance, et donc sur les pressions inflationnistes. Cette attitude plus prudente et attentiste de la Fed est venue valider le retour de l’appétit pour le risque sur les marchés financiers.

Cependant Jerome Powell soulignait que l’inflation sous-jacente restait très dépendante des salaires, et que ceux-ci risquaient de demeurer trop élevés devant les tensions persistantes sur le marché du travail. Les données du mois de novembre (+0,6% sur les salaires horaires) – et les révisions du mois d’octobre (+0,5%) – sont venues confirmer la méfiance de Jerome Powell.

Malgré ces tensions salariales, les anticipations de taux par les marchés financiers ne devraient pas beaucoup évoluer au cours des prochaines semaines. Les investisseurs anticipent en effet déjà les +50 points de base pré-annoncés par Jerome Powell pour le 14 décembre, puis deux hausses de +25 points de base en février et mars.

Ces anticipations bien alignées avec le nouveau discours de la Fed protègent pour l’instant les marchés obligataires d’une trop grande volatilité. Au-delà des prochaines semaines, le scénario reste cependant ouvert, l’incertitude principale se focalisant sur l’ampleur et la vitesse du ralentissement économique attendues aux Etats-Unis, et sur ce qui sera nécessaire pour ralentir l’inflation salariale.

Dans les fonds flexibles internationaux il faut ajuster sa position obligataire à la suite du discours de Jerome Powell et à l’évolution des marchés. Aussi, la BCE pourrait augmenter nettement plus ses taux que la Fed en 2023. Il faut donc maintenir un fort investissement dans les actifs monétaires de la zone euro, actifs qui bénéficient de la hausse des taux de la BCE, alliée à une exposition très diversifiée aux actions internationales.

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