- Si l'économie suisse semble fragile à première vue, un examen plus approfondi révèle une économie plus résistante. Par conséquent, aucun ajustement des taux d'intérêt n'est prévu en décembre.
- La BNS préfère recourir à des interventions sur le marché des changes plutôt qu'à des baisses de taux pour lutter contre la faible inflation, principalement due à la faiblesse des prix à l'importation.
À première vue, l'économie suisse semble faible et potentiellement sous pression: le PIB du troisième trimestre s'est établi à -0,5% en glissement annuel, l'inflation a surpris à la baisse à 0,0% – en dessous des attentes du marché et de la BNS – et les PMI manufacturiers de novembre sont restés en territoire de contraction1. Par ailleurs, la morosité de la croissance dans l'UE n'offre guère de soutien extérieur. Dans ce contexte, la BNS devrait, selon nous, maintenir ses taux d'intérêt inchangés à 0% lors de sa réunion du 11 décembre. Les marchés partagent cet avis, n'anticipant qu'une probabilité de 6,5% de baisse des taux.
Toutefois, un examen plus approfondi révèle une économie plus résistante que ne le suggèrent les chiffres globaux. Le PIB négatif est largement imputable au secteur pharmaceutique, qui a anticipé sa production et ses exportations avant les changements tarifaires américains. Les indicateurs nationaux restent positifs: l'activité immobilière, la consommation privée et la croissance des salaires affichent toutes une bonne santé. L'indicateur avancé KOF est en territoire expansionniste et, avec un taux directeur à 0%, les conditions monétaires restent favorables. En outre, l'Europe devrait introduire des mesures budgétaires visant à stimuler la croissance, ce qui devrait donner un coup de pouce bienvenu aux exportateurs suisses.
En ce qui concerne l'inflation, le chiffre de 0% est faible, voire inconfortable, mais cette faiblesse est principalement due à l'inflation importée, qui peut être influencée par des interventions sur le marché des changes. La BNS n'est intervenue de manière significative qu'une seule fois cette année, le 2 avril («Liberation Day»), à la suite de l'annonce du programme tarifaire mondial américain, ce qui laisse à la Banque centrale une marge de manœuvre suffisante pour intervenir à nouveau sur le marché des changes si nécessaire. Un facteur souvent négligé est l'écart de rendement historiquement élevé de 2,6% entre les obligations allemandes à 10 ans et les obligations d'État suisses, qui crée un vent favorable naturel pour un taux de change EUR/CHF plus faible.
À l'horizon 2026, la BNS devrait, selon nous, maintenir son taux directeur à 0% pendant une période prolongée, en s'appuyant sur des opérations de change pour gérer l'inflation dans sa fourchette cible de 0% à 2%. Un rebond de la croissance du PIB et de l'Indice des Prix à la Consommation ne serait pas surprenant, soutenu par un contexte national solide, des conditions monétaires expansionnistes et un ralentissement de l'impact négatif des droits de douane américains.
1 Tous les chiffres proviennent de Bloomberg.