Italie, de la commedia à la tragedia dell’arte?

Valérie Plagnol, Vision & Perspectives

2 minutes de lecture

Les relations se tendent entre l’Italie, la Commission et ses partenaires européens. Sortir de l’impasse budgétaire demandera de la diplomatie.

A chaque nouvelle bravade, ou annonce budgétaire ressentie comme telle, les rendements italiens se tendent et le coût de la dette du pays s’alourdit. Depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition M5S/Ligue au printemps 2018, cette «commedia dell’arte» s’est jouée déjà à plusieurs reprises. A chaque fois, le gouvernement italien avait finalement donné des gages et trouvé des arrangements avec la Commission européenne, propres à désamorcer la crise. Ainsi la tension était-elle peu à peu retombée. Depuis la fin de l’année dernière, l’écart de rendement entre le taux 10 ans italien et le taux de référence allemand est revenu – et resté – sous le seuil critique de 300 points de base. Mais il n’a pas pour autant retrouvé le seuil des 115 points d’avant les élections de 2018. La méfiance des marchés perdure donc. Elle se manifeste sur les marchés obligataires par l’inversion de la position de l’Italie par rapport à ses deux autres voisins du sud, le Portugal et l’Espagne, désormais bien mieux appréciés des investisseurs. Cette situation contraste avec la crise de 2011 – 2012 où, parmi les pays dits «périphériques» sous pression, l’Italie l’était un peu moins que ses voisins.

En 2018, l’Italie a frôlé la récession. Les promesses budgétaires de la coalition, même édulcorées, comme les stabilisateurs automatiques, ont pesé lourd sur l’équilibre des finances publiques. Nous l’avions déjà souligné1, l’Italie souffre du manque criant de marges de manœuvre budgétaire du fait de sa dette. Affligée d’un taux d’endettement de plus de 130% du PIB, et connaissant des taux d’intérêt supérieurs à sa croissance nominale, elle doit consentir à un effort budgétaire primaire qui va au-delà des 3% du PIB, entièrement absorbés quant à eux, par le remboursement de la dette.

Face à ceux qui promettent d’injecter ainsi de nouvelles liquidités
dans l’économie, la levée de boucliers a été immédiate.

L’Etat continue d’accumuler des retards de paiement, et met à son tour en danger ses fournisseurs. Alors voilà que ressurgissent les «mini BOTs». L’idée promue par l’économiste de la Ligue Claudio Borghi, figurait dans la plateforme initiale de gouvernement de la coalition. Elle avait été rapidement abandonnée sous les tollés. Mais face aux nouvelles difficultés, elle a refait surface ces dernières semaines et ferait même un peu de chemin au Parlement. Ces Bons du Trésor de petite valeur, sans taux d’intérêt ni date d’échéance, serviraient à payer en partie les fournisseurs de l’Etat, et auraient une certaine valeur libératoire, auprès de créanciers comme l’Etat (paiement des impôts) ou des entreprises publiques.

Face à ceux qui promettent d’injecter ainsi de nouvelles liquidités dans l’économie, la levée de boucliers a été immédiate, de la part de la BCE notamment. Le patronat italien n’y est pas favorable non plus et l’a fait savoir. Car telles qu’elles se présentent, ces obligations, si elles avaient effectivement cours légal, mettraient l’Italie de facto hors de l’euro. Sinon, elles reviendraient simplement à accroître encore sa dette. Le Président du Conseil, comme son ministre des finances, n’ont pas manqué de réfuter toute initiative de ce genre, ce qui a rassuré les marchés. Mais la méfiance s’est installée de part et d’autre et les tensions pourraient encore s’accroître.

Car la Commission européenne dans son rapport de printemps, a contesté les hypothèses de réduction de déficit structurel présentées par l’Italie, ouvrant la voie à une procédure pour déficit excessif à l’encontre du pays.  Du côté italien, les détracteurs de l’UE mettent en avant son abandon dans la crise migratoire, son manque de compréhension en général à l’égard de l’Italie, et l’insistance à imposer une politique pro-cyclique ne menant qu’à la déflation. Un sentiment d’injustice attisé par les déclarations et promesses à l’emporte-pièce, contre un agenda européen d’approfondissement de la politique commune, nécessitant de rassurer les membres les plus réticents de l’Union sur les engagements et la discipline budgétaire de tous: moins que sur les faits, on risque d’aborder l’autre partie et de la juger désormais sur ses intentions. Soupçons et récriminations mènent le plus souvent à la crispation et au conflit. L’Italie du Président du Conseil Conte n’a pas le même crédit que celle de Mario Monti. Elle paraît aussi un peu plus isolée.