Doit-on encore s’intéresser au luxe?

Salima Barragan

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Selon Bain & Co, le marché mondial du luxe devrait se contracter cette année de 20 à 35%.


© Keystone

Avant le confinement, le secteur du luxe affichait des résultats spectaculaires et caracolait depuis quelques années en tête des meilleures performances du CAC 40. Depuis, le président de Richemont prévoit 12 à 36 mois très difficiles pour toute la branche. Les résultats nets du groupe ont plongé de 67%, le pire recul jamais enregistré. Le luxe est-il mort? Les perspectives divisent les experts. Tour d’horizon.

Récupérer le manque à gagner?

On s’en doutait, les clients chinois avides des prestigieuses marques génèrent un bon tiers des ventes mondiales (38% des ventes chez Richemont, 32% chez Kering 36% chez Hermès et 30% chez LVMH). Ces enseignes pourront-t-elles rattraper les pertes sur les ventes des deux premiers trimestres? «S’il n’y a pas de forte deuxième vague d’infection, qui obligerait à reconfiner la population, on pourrait s’attendre à une reprise et le très haut-de-gamme devrait particulièrement bien se comporter», estime Saïd Tazi, portfolio manager à la Banque SYZ. En revanche, les clients des marques moins sélectives seront plus sensibles à l’évolution conjoncturelle. «L’emploi a été malmené et une réouverture ne sera pas suffisante pour donner confiance aux consommateurs moyens», poursuit-il.

Si la maroquinerie et la parfumerie ont souffert, l’horlogerie,
plus cyclique que la maroquinerie, subit encore plus la crise.

Alors que Vontobel évite totalement le secteur, d’autres gérants reviennent sur certaines valeurs telles que Hermès et LVMH, dont les valorisations semblent attractives dans une perspective de reprise de l’économie d’ici deux ans. «Les marques de Hermès et LVMH sont uniques et ces valeurs sont à maintenir en portefeuille sans se risquer à trop de timing. En revanche, Kering qui a un potentiel de croissance plus élevé est également plus cyclique et le timing s’avère dans ce cas plus important», explique Saïd Tazi.

Privilégier LVMH à long terme

David Mellul, Directeur général chez Varenne Capital partage cet avis favorable sur LVMH qu’il considère meilleur que ses concurrents Kering et Chanel. «Cependant, nous nous attendons à un impact majeur sur les articles de luxe et pensons que les aéroports resteront fermés jusqu’en été. Nous avons donc allégé notre exposition à cause des incertitudes qui planent à court terme sur la reprise de la consommation mais conservons notre thèse d’investissement favorable sur le long terme», explique-t-il. De même, Saïd Tazi, recommande: «LVMH est l’entreprise à avoir en position si l’on ne doit détenir qu’une unique entreprise dans le secteur du luxe car le conglomérat est très diversifié et bien géré».

L’horlogerie moins résiliente

Si la maroquinerie et la parfumerie ont souffert, l’horlogerie, plus cyclique que la maroquinerie, subit encore davantage la crise. «Les cours de bourse de groupes d’horlogerie comme Swatch Group ou Richemont reflètent bien cette cyclicité et sont très en retard vis-à-vis des spécialistes de la maroquinerie comme Hermès ou LVMH, même si ce dernier est très diversifié», commente Saïd Tazi. Dans une statistique publiée récemment, Euromonitor s’attend à un repli de plus de 26% dans l’horlogerie en Suisse où près d’un tiers des dépenses sont le fait de touristes.

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