Crédibilité des données ESG des marchés émergents

Salima Barragan

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«Il faut comparer des éléments comparables», estime Gokce Bulut de LGM.

Manque de capitaux, lacunes dans les règles de protections des investisseurs et dans les pratiques comptables; les standards de gouvernance des entreprises des marchés émergents (EM) ont encore du chemin à parcourir avant d’atteindre ceux des entreprises européennes. La collecte de leurs données ESG par les agences de notation extra-financière est fastidieuse. Gokce Bulut, Porfolio Manager chez LGM* de la stratégie Responsible Global Emerging Markets et qui est sur le point de lancer la première stratégie d’actions responsables chinoises (A-shares), revient sur les principaux défis.

Manque de motivation du management et différence
de langage rendent la collecte des données fastidieuse.

Les grandes agences de notations extra-financière – MSCI ESG, FTSE Rousselles ESG Ratings, Sustainalytics (partiellement détenue par Morningstar) et RobecoSam (récemment acquise par S&P) -ainsi qu’une kyrielle de petits acteurs notent les entreprises sur la base de critères ESG internes et tentent, tant bien que mal, de classer des données hétérogènes dans des boîtes. Pour Gokce Bulut, il faut se garder de comparer ce qui n’est pas comparable: «Une banque va publier un niveau de consommation énergétique très bas, mais nous ne pouvons pas comparer ce chiffre avec une industrie dont les besoins énergétiques sont importants». Les standards de comptabilité récemment adoptés par BlackRock (Investment stewardship) pourraient faciliter les comparaisons entre les sociétés s’ils sont communément acceptés et suivis, «mais les marchés émergents n’en sont pas encore là», poursuit-il. 

Certaines données récoltées par les agences de notation sont erronées ou obsolètes et de ce fait font baisser les scores ESG des entreprises émergentes. Le reporting est en cause. Manque de motivation du management et différence de langage rendent la collecte des données fastidieuse. «Ces entreprises sont souvent dirigées par des entrepreneurs qui se concentrent davantage à bâtir des relations d'affaire qu'à d’aider les agences de notation ESG à récolter des données» explique Gokce Bulut. En conséquence, certaines petites entreprises ont tendance à sous-déclarer, ou à ne pas déclarer du tout, ce pour quoi elles sont souvent pénalisées lorsqu’elles sont comparées - sur la base de métriques similaires - à un grand groupe comme Nestlé.

Les investisseurs et les régulateurs vont être amenés à intervenir
pour améliorer la crédibilité des données EGS des entreprises émergentes.

Aussi, les données ESG les plus pertinentes ne se trouvent-elles pas forcément là où on les attend. «Les émissions directes de carbone d'une banque sont importantes mais il est encore plus crucial de savoir si cette banque finance l’industrie du charbon ou des projets qui ne respectent pas les normes environnementales», soulève Gokce Bulut. «Toutefois, la plupart des notes des agences avec lesquelles nous interagissons ne semblent pas avoir les moyens d'analyser en profondeur ou de factoriser ces mesures inhabituelles», poursuit-il.

Les investisseurs et les régulateurs vont être amenés à intervenir pour améliorer la crédibilité des données EGS des entreprises émergentes. «Dans les bons moments, personne ne pose de questions, mais quand la marée descend, c’est à ce moment-là que les gens commencent à s’en poser. Et il est généralement déjà trop tard», conclu Gokce Bulut.

 

* Gestionnaire affilié de BMO Global Asset Management spécialisé dans les actions des marchés émergents.