COP 30: retour à la réalité?

Matt Christensen, Allianz Global Investors

2 minutes de lecture

La conférence cherchera à éviter les disputes sur les objectifs de réduction des énergies fossiles, en mettant l’accent sur la croissance des renouvelables, l’efficacité énergétique et la transformation des secteurs.

Le sommet COP 30, prévu en novembre à Belém, au Brésil, s’annonce comme un tournant crucial pour la diplomatie climatique mondiale. Après les déceptions des précédentes conférences, notamment COP 29, critiquée pour son engagement financier insuffisant et ses discussions bloquées sur la sortie des énergies fossiles, la pertinence de ces rassemblements annuels est remise en question. L’équipe brésilienne, qui préside COP 30, souhaite redonner de l’élan à l’événement en le rendant plus efficace et en évitant les distractions liées à de nouveaux sujets controversés. Mais la question demeure: les délégués sauront-ils dépasser leurs priorités nationales pour obtenir des avancées concrètes?

Un contexte de recul des engagements

La conférence se tient dans un climat de recul des engagements climatiques et environnementaux. Peu de pays signataires de l’Accord de Paris ont soumis leurs Contributions Déterminées au niveau National (CDN) pour 2035, qui fixent leurs objectifs de réduction des émissions. Aux États-Unis, le financement climatique est au point mort sous la nouvelle administration. Au Brésil, l’autorité pétrolière a récemment attribué de nouveaux droits de forage près de l’embouchure de l’Amazone, illustrant les arbitrages entre croissance économique et protection du climat.

Pour le dixième anniversaire de l’Accord de Paris, la présidence de la COP souhaite recentrer les débats sur la résilience, la transformation systémique et l’équité climatique, sans laisser un seul thème dominer l’agenda comme ce fut le cas avec la finance lors de COP 29. L’objectif est de relier la politique climatique à l’économie réelle et à la vie quotidienne, en rapprochant l’ambition climatique des réalités concrètes.

Thèmes majeurs attendus à COP 30

Transition énergétique

La conférence cherchera à éviter les disputes sur les objectifs de réduction des énergies fossiles, en mettant l’accent sur la croissance des renouvelables, l’efficacité énergétique et la transformation des secteurs. Cependant, la crédibilité du changement systémique est mise à mal par le recul du financement climatique aux États-Unis, la pression populiste sur les politiques vertes en Europe, et la Chine, leader mondial des renouvelables, qui continue d’approuver des centrales à charbon à un rythme record. Ce décalage entre ambition affichée et dynamique réelle illustre l’influence majeure de la Chine et le manque de crédibilité des engagements internationaux.

Transition juste

Le Brésil souhaite mettre en avant l’équité et la justice climatique, avec le concept de “transition juste”, qui vise une mutation équitable vers une économie bas carbone. Malgré le retrait des États-Unis du Partenariat pour une Transition Énergétique Juste, COP 30 pourrait s’appuyer sur les avancées du programme de transition juste discuté à Bonn en juin, notamment l’engagement des jeunes. Mais des progrès concrets sont nécessaires en matière de financement, d’éducation climatique, de reconversion vers les compétences vertes et de protection sociale.

Biodiversité

Ce thème restera probablement secondaire. Le Brésil doit gérer des enjeux internes complexes, comme la suspension du Moratoire sur le soja amazonien, destiné à limiter la déforestation. Néanmoins, le pays devrait lancer un fonds de 125 milliards de dollars pour récompenser les pays qui protègent leurs forêts, mais le soutien des nations riches reste incertain.

Agriculture et systèmes alimentaires

COP 30 devrait aborder la transformation des systèmes alimentaires comme levier de résilience et de réduction des émissions. La technologie jouera un rôle clé dans cette évolution.

Adaptation aux risques physiques

L’adaptation au changement climatique sera un sujet majeur, avec la poursuite du programme de soutien aux Plans Nationaux d’Adaptation (PNA) pour les économies les plus vulnérables. Le fossé entre les besoins et les financements pour l’adaptation a été reconnu, et la présidence insiste pour que l’adaptation devienne un pilier des politiques et des infrastructures mondiales. Même si une hausse des financements est peu probable, l’objectif global d’adaptation, visant à définir des indicateurs clairs de progrès, pourrait constituer une avancée intermédiaire.

Développement humain et social

L’impact du changement climatique sur la santé et la nécessité de systèmes de santé résilients seront au cœur des débats. Le Brésil prépare un plan d’action pour l’adaptation du secteur de la santé.

Finance climatique

L’année a été difficile pour la finance climatique: plusieurs grandes banques ont quitté l’Alliance bancaire Net Zéro, la Fed s’est retirée du Réseau pour la transition écologique du système financier, et le financement des énergies fossiles progresse. Cependant, hors influence américaine, des avancées sont notées, notamment en Chine, sur la transparence réglementaire.

Technologies climatiques

La technologie sera essentielle pour motiver la finance climatique et garantir une diffusion équitable des innovations. Après la mise en avant du numérique à COP 29, COP 30 devrait présenter les dernières avancées technologiques.

Conclusion

La tenue de COP 30 à Belém, aux portes de l’Amazonie, symbolise l’urgence et la complexité des défis climatiques. Si un consensus sur tous les sujets semble hors de portée, des engagements sur l’adaptation, la santé et la technologie pourraient redonner à la COP le sens et la pertinence dont elle a besoin. 

A lire aussi...