La saison des résultats du deuxième trimestre a débuté la semaine dernière et semble avoir répondu aux attentes des marchés: un point d'ancrage fondé sur les fondamentaux propres aux entreprises, dans un contexte marqué par les incertitudes géopolitiques. Les résultats des grandes banques américaines ont donné un ton encourageant, avec des performances meilleures que prévu, soulignant la résilience tant des ménages américains que des emprunteurs corporate. Le prochain élément à surveiller sera les résultats des entreprises liées à l'intelligence artificielle, ainsi que leurs prévisions de bénéfices et leurs intentions en matière de dépenses d'investissement (CAPEX).
Cette résilience a été renforcée par des données sur l’inflation américaine plus faibles que prévu (voir le graphique de la semaine). L’indice des prix à la consommation (IPC) et l’indice des prix à la production (IPP) de juin se sont tous deux révélés inférieurs au consensus, apportant un certain soulagement aux marchés des taux et écartant très probablement la perspective d’une hausse des taux par le Comité fédéral de l’open market (FOMC) le 29 juillet. La baisse des rendements a été une évolution bienvenue pour un marché qui a passé une grande partie de ce début d’été à évaluer le risque d’une erreur de politique monétaire plutôt qu’à débattre de la direction à prendre. Elle contraste également quelque peu avec la situation dans la zone euro, où la Banque centrale européenne (BCE) continue de mettre en balance une pression inflationniste toujours élevée et les premiers signes timides indiquant que le soutien budgétaire allemand pourrait commencer à se répercuter sur la demande finale. Pour les investisseurs européens, cette divergence pourrait soulever la question de savoir quelle banque centrale – la Fed ou la BCE – est la plus susceptible de se retrouver en position de hors-jeu.
Toutefois, la semaine dernière a également été marquée par l'audition du nouveau président Kevin Warsh devant le Congrès américain, au cours de laquelle il a adopté un ton plus restrictif «hawkish» que ne le laissaient présager les chiffres d'inflation plus modérés. Ce contraste entre des données économiques rassurantes et un discours plus ferme pourrait maintenir une forte volatilité sur les marchés de taux et influencer la courbe des rendements des bons du Trésor américain. Alors que la courbe américaine s'est pentifiée dans un contexte de baisse des rendements «bull steepening», soutenue par les chiffres d'inflation de juin, la courbe allemande s'est aplatie dans un contexte de hausse des rendements «bear flattening». En conséquence, l'écart entre les obligations souveraines américaines et européennes s'est resserré, mettant fin à plusieurs mois de surperformance des obligations européennes par rapport aux Treasuries américains.
Parallèlement, une prime de risque politique pourrait réapparaître sur les obligations européennes. En Italie, la réforme électorale controversée portée par Giorgia Meloni a franchi de justesse l'étape de la Chambre des députés après un revers initial, mais doit encore être soumise à un vote plus délicat au Sénat. En France, l'attention se tourne déjà vers l'élection présidentielle d'avril 2027, après que Marine Le Pen (Rassemblement National) a officiellement annoncé sa candidature, ayant été déclarée éligible par la cour d'appel. Il est encore trop tôt pour désigner un vainqueur, mais les sondages actuels la placent dans une position favorable dans la plupart des scénarios envisageables.
Sur les marchés actions, une rotation sectorielle s'est opérée, des valeurs logicielles vers les infrastructures dédiées à l'intelligence artificielle. Le principal catalyseur a sans doute été IBM, dont les résultats ont fortement déçu les investisseurs, entraînant une chute de 25% du titre en une seule séance. Cette réaction s'est propagée à l'ensemble du secteur des logiciels, les investisseurs craignant de plus en plus que les entreprises réorientent leurs dépenses des services logiciels traditionnels vers les infrastructures d'IA. Jusqu'à la semaine dernière, ce scénario était surtout considéré comme un risque futur; il semble désormais devenir une réalité. Les valeurs technologiques et logicielles européennes n'ont pas été épargnées, la baisse de leurs homologues américaines pesant sur le sentiment des investisseurs à l'égard des valeurs de croissance les plus fortement valorisées.
En dehors de la saison des résultats, les statistiques d'activité publiées la semaine dernière ont confirmé la résilience globale de l'économie américaine, avec les premiers signes que la baisse des prix du pétrole commence à soutenir l'activité des ménages et des entreprises. La question est désormais de savoir si cet effet favorable sera durable ou simplement temporaire. La réponse dépendra largement de la durée pendant laquelle les prix de l'énergie resteront contenus, dans un contexte où l'apaisement des tensions au Moyen-Orient demeure fragile.
Enfin, une évolution qui pourrait s’avérer plus déterminante à moyen terme que ne le laissent entendre les gros titres de la semaine dernière: le Japon explore des moyens d’encourager ses propres citoyens à détenir une part plus importante d’obligations d’État japonaises (JGB). Les implications s’étendent bien au-delà de Tokyo. Une évolution structurelle vers une détention plus importante des JGB par les investisseurs nationaux pourrait, à la marge, se traduire par une baisse de la demande japonaise pour les obligations d’État d’autres marchés développés – un facteur non négligeable compte tenu de la position du Japon en tant que premier détenteur étranger de bons du Trésor américain, avec plus de 1100 milliards de dollars, et d’acheteur régulier, bien que moins important, d’obligations d’État européennes, notamment les Gilts et les Bunds.
Dans l’ensemble, le centre de gravité du marché a basculé à plusieurs reprises la semaine dernière: de la géopolitique aux résultats d’entreprise, des hausses de taux aux baisses de taux, et des logiciels aux infrastructures d’intelligence artificielle, jusqu’à ce que l’avenir nous réserve.
Graphique de la semaine: des données sur l’inflation américaine meilleures que prévu

Source: U.S. Bureau of Labor Statistics, as of July 14, 2026. Muzinich views and opinions are subject to change. For illustrative purposes only.