Ce que veut Christine Lagarde

Valérie Plagnol, Vision & Perspectives

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Lagarde a esquissé les grandes lignes de sa future présidence devant le Parlement européen. Critiques et conseilleurs l’attendent de pied ferme.

En prenant ses fonctions le 1er novembre prochain, Christine Lagarde sera la quatrième présidente de la jeune Banque Centrale Européenne, et elle portera déjà le poids d’un héritage bien lourd, marqué par une crise quasi existentielle pour sa monnaie, un soupçon permanent d’illégitimité, quelques faux pas aussi et un environnement de taux d’intérêt négatifs, totalement inédit.

Son prédécesseur, Mario Draghi, pourrait bien entrer dans l’histoire comme le sauveur de l’euro, grâce à son action énergique et l’impulsion qu’il a donné à la politique monétaire de la BCE, tout entière continue dans le fameux «Whatever it takes1» lancé aux marchés à l’été 2012.

Cela ne fera pas taire les critiques ni les sceptiques pour autant. L’euro reste pour beaucoup une construction incomplète, bancale et de ce fait vouée à l’échec. De plus, et comme nous l’avons souligné dans un précédent article2, Christine Lagarde n’a probablement pas fini de s’entendre reprocher de ne pas être issue du «sérail» monétaire. Qu’importe, car ce n’est pas forcement sur ce terrain-là qu’il faut l’attendre alors qu’elle dispose de bien d’autres atouts pour embrasser ces nouveaux défis. Nombreux sont ceux qui chercheront à l’influencer également, alors que le tournant conjoncturel et monétaire s’annonce particulièrement délicat.

La politique monétaire ne peut pas tout.
Ce n’est pas «the only game in town».

Pour ce qui est de la politique monétaire proprement dite, la future Présidente de la BCE s’est placée dans la continuité de l’action de son prédécesseur. Mario Draghi a d’ailleurs devant lui encore deux réunions de politique monétaire le 12 septembre et le 24 octobre prochains, de quoi «régler» le pas pour les mois à venir. La détérioration de l’activité globale et en zone euro, un nouveau ralentissement de l’inflation qui s’entête à stagner sous l’objectif de 2%, appellent une réponse immédiate mais aussi une réflexion à plus long terme et une action de plus grande envergure, l’une et l’autre plus structurantes.

Avec les taux directeur de la BCE à -0,4%, certains gouverneurs s’alarment du manque de marges de manœuvre et craignent de fragiliser par trop le système bancaire et financier de la zone. Aux Etats-Unis même – où la Réserve Fédérale dispose pourtant d’un peu plus de moyens d’action – certains appellent à l’attentisme, et à la préservation des «munitions» restantes; et de souligner que la politique monétaire ne peut pas tout, n’est pas «the only game in town». Madame Lagarde n’a pas manqué de le rappeler lors de son audition devant le Parlement Européen. Son propos renvoie autant à l’adaptation des outils non conventionnels de politique monétaire, qu’à un appel à certains Etats à prendre le relais budgétaire du soutien à l’activité. Et ce dialogue, qui mieux que la nouvelle Présidente pourrait le mener? Alors que les rangs des avocats de «l’helicopter money» grossissent, la patronne du FMI connaît assez bien les travaux de ses propres équipes, comme les termes d’un débat particulièrement tranché sur ce point. Dans tous les cas, il implique des échanges plus soutenus avec les chefs d’Etats et de gouvernements.

Aussi, je suis de ceux qui pensent qu’avec Christine Lagarde à sa tête, la BCE peut devenir «more than the only game in town». Les enjeux de la conduite de la politique monétaire doivent être compris dans un contexte plus large et englober, pour l’Institution de Francfort, la capacité d’assumer pleinement son rôle tant du point de vue de la politique monétaire qu’en tant que superviseur bancaire et financier. La nouvelle Présidente a d’ailleurs mentionné quelques aspects de ses missions lors de son audition.  

Le projet d’union bancaire et des marchés de capitaux
est au milieu du gué depuis 2012.

Il s’agit en premier lieu de compléter et renforcer l’union bancaire et des marchés de capitaux de la zone euro. Depuis la crise de 2012, le projet est au milieu du gué. Son achèvement passe par la mobilisation des Etats membres, le rapprochement des politiques budgétaires et économiques nationales, une plus grande coordination et transparence, gages de la confiance entre toutes les parties prenantes. Madame Lagarde, par sa position et son influence, peut œuvrer et promouvoir les réflexions et l’action en ce sens.

Ces points qui semblent disparates et sans liens les uns avec les autres, sont en fait tous reliés par la nécessaire convergence des politiques économiques des Etats membres. Aujourd’hui, la BCE ne pourra pas tout à fait être tenue à l’écart des questions  de politiques économiques et budgétaires des Etats-membres, comme elle agira dans le cadre d’une coordination des politiques monétaires mondiales. Un sujet que Christine Lagarde connaît bien et pour lequel elle pourrait aider au rapprochement des points de vue.

 

1 Faire «tout ce qui est nécessaire», discours de Mario Draghi 26 juillet 2012.