En effet, un groupe de travail étudie la taille que le bilan devrait avoir à l'avenir, sa composition et le moment où les programmes d'achat d'obligations devraient être utilisés.
Ce qui peut sembler être un travail de niche pour les spécialistes des banques centrales pourrait façonner les taux d'intérêt et les valorisations sur les marchés des actions et des obligations pendant des années, et est donc également pertinent pour les investisseurs.
Différents groupes de travail
Le président de la Fed, Kevin Warsh, a mis en place cinq groupes de travail («Task Forces for Advancing Monetary Policy»). Pour les marchés, les groupes axés sur la communication et sur la politique de bilan sont susceptibles d'être particulièrement importants. Les changements de communication pourraient principalement influencer la volatilité des taux d'intérêt à court terme.
Le groupe de travail sur le bilan, en revanche, examine la structure à long terme du marché obligataire. Le bilan de la Fed a considérablement augmenté ces dernières années: les avoirs en titres, principalement des bons du Trésor américain et des titres adossés à des hypothèques (MBS), s'élèvent à environ 6,5 billions de dollars, tandis que le total des actifs s'élève à un peu moins de 6,8 billions de dollars.
Les réserves des banques dans le viseur
Du côté des passifs, l'accent est principalement mis sur les réserves des banques. Celles-ci ont augmenté pour atteindre environ 3 billions de dollars depuis 2007. Un point important pour le groupe de travail sera de montrer comment les ajustements réglementaires et une réduction progressive du bilan peuvent être combinés sans déstabiliser les marchés monétaires ou déclencher une forte hausse des taux d'intérêt.
Si les exigences de détention de réserves étaient assouplies, les banques auraient plus de fonds disponibles pour investir dans les bons du Trésor américain. Cela pourrait en partie amortir la pression à la hausse sur les rendements.
Diverses implications pour les marchés
Un bilan de la Fed plus petit et composé d'actifs de duration plus courte pourrait entraîner des primes à terme plus élevées sur la partie longue de la courbe des taux. En d'autres termes, les investisseurs pourraient voir des rendements plus élevés sur les obligations d'Etat à long terme et une courbe plus raide.
Dans le même temps, les écarts sur les MBS et autres obligations à long terme augmenteraient probablement légèrement si la Fed se retirait de ces segments. La banque centrale devrait donc procéder avec prudence, en s'appuyant avant tout sur les avoirs arrivant à échéance et sur les ajustements des réinvestissements plutôt que sur la vente active de volumes plus importants d'obligations.
L'expérience du «Taper Tantrum» en 2013, lorsque la réduction des achats d'obligations a rapidement fait grimper le rendement des bons du Trésor américain à dix ans de plus de 135 points de base, reste fraîche dans l'esprit de nombreux investisseurs.
Qu'est-ce que cela signifie pour les investisseurs?
Des taux d'intérêt à long terme plus élevés peuvent exercer une pression sur les valorisations, en particulier dans les secteurs à forte croissance et sensibles aux taux d'intérêt. En même temps, les valeurs financières ont tendance à bénéficier d'une courbe des taux plus raide. Une autre considération clé est qu'un bilan plus réduit a un effet restrictif sur la politique monétaire, mais peut également créer une marge de manœuvre pour un assouplissement monétaire grâce à un taux directeur plus bas.
Encore plus important est la manière dont la Fed pourrait définir son rôle futur en tant que «filet de sécurité» pour les marchés. Les achats d'obligations pourraient à nouveau fonctionner principalement comme un instrument d'urgence en cas de récession ou de périodes de stress sur les marchés, plutôt que comme un soutien monétaire généralisé.
Cela indique un environnement dans lequel les fondamentaux et les bénéfices des entreprises deviennent encore plus importants. D'un point de vue macroéconomique, on accueillerait favorablement cette évolution, même si elle pourrait entraîner une volatilité accrue.
Du côté de la Suisse
Le sujet est également pertinent pour la Suisse. La Banque nationale suisse (BNS) dispose d'un bilan important, qui s'est considérablement accru ces dernières années en raison des achats de devises. Alors que le total du bilan de la Fed correspond à environ un cinquième du produit intérieur brut américain, le ratio équivalent en Suisse est supérieur à 100%. Si la Fed devait réduire durablement son bilan et fixer ainsi de nouvelles normes, la question se poserait de savoir si la BNS pourrait suivre le mouvement à moyen terme.
La BNS a toujours défendu avec succès sa politique de bilan par le passé; en raison de la pression structurelle à l'appréciation du franc, les achats de devises jouent un rôle plus important en Suisse qu'ailleurs. Il est difficile d'imaginer que la BNS veuille renoncer à cet instrument, même si cela ne signifie pas que les options possibles ne puissent pas être discutées.
Un sujet pas si marginal que cela
La politique de bilan de la Fed n'est pas un sujet marginal, mais pourrait devenir un élément central de l'environnement de marché futur — avec des effets d'entraînement possibles pour d'autres banques centrales.
Pour les investisseurs, il vaut la peine de suivre les discussions du groupe de travail et de positionner les portefeuilles afin de se préparer à d'éventuels changements structurels de la courbe des taux, même si ceux-ci devraient se faire progressivement.z