L’économie suisse défie la crise

James Mazeau, UBS Global Wealth Management

2 minutes de lecture

L’économie suisse a relativement bien résisté à la crise au Moyen-Orient. Et plusieurs indicateurs suggèrent que la croissance pourrait se développer solidement au second semestre.

© Keystone

 

Actuellement, l'économie suisse semble plus favorable qu'au printemps. Elle a progressé de 0,7% en glissement trimestriel au premier trimestre. Il s'agit d'un résultat solide, notamment compte tenu des turbulences notables, par exemple dans les prix de l'énergie et des matières premières, et de l'incertitude persistante. Les secteurs des services et de l'industrie ont contribué à la croissance.

Mais ce n'est pas seulement le premier trimestre qui a été robuste. Les entreprises suisses évaluent également positivement la situation actuelle. L'indice des directeurs d'achat du secteur manufacturier s'est établi à 57,3 points en mai, son plus haut niveau depuis près de quatre ans.

Dans le passé, des lectures aussi élevées ont coïncidé avec une accélération de la production industrielle. La situation dans le secteur des services est également jugée robuste. En effet, le PMI correspondant s'établit à 56 points, un niveau tout aussi élevé.

Une normalisation du marché pétrolier qui prendra du temps

En outre, la situation au Moyen-Orient devrait se stabiliser. Une ouverture durable du détroit d'Ormuz pourrait soutenir non seulement les marchés, mais aussi l'économie helvétique. La signature d'un mémorandum d'entente entre les Etats-Unis et l'Iran a certainement été une évolution positive à cet égard, même si de nombreux détails restent non résolus, le cessez-le-feu reste fragile et d'autres revers sont probables.

Toutefois, une normalisation complète du marché pétrolier pourrait prendre plusieurs mois. En conséquence, on s’attend à ce que les prix du pétrole continuent d’évoluer au-dessus de leurs niveaux d’avant-guerre pour le reste de l’année. L’incertitude pourrait cependant se dissiper plus tôt, ce qui pourrait avoir un impact positif non seulement sur les marchés, mais aussi sur l’économie.

BNS: une politique monétaire toujours expansionniste

Le conflit au Moyen-Orient a également été un enjeu clé pour la Banque nationale suisse (BNS). Alors que la Banque centrale européenne a réagi à la hausse de l’inflation en augmentant son taux directeur de 25 points de base à 2,25% en juin, la BNS s’est abstenue de relever ses taux et a laissé son taux directeur inchangé à 0%.

Elle a justifié sa politique monétaire toujours expansionniste par une inflation faible et par une utilisation des capacités économiques inférieure à la moyenne. Avec la récente baisse des prix de l’énergie, les risques d’inflation devraient encore diminuer, c’est pourquoi on s’attend à ce que le taux directeur reste également inchangé dans les mois à venir.

La Recherche d’UBS prévoit donc la première hausse de taux au plus tôt en 2027. Si une nouvelle accélération économique se manifeste au second semestre ou au début de l’année prochaine, le marché devrait recommencer à anticiper des hausses de taux de la BNS, ce qui pourrait également avoir un impact sur les rendements des obligations d’Etat suisses. Et bien sûr, on ne peut pas exclure que des développements imprévus dans le conflit au Moyen-Orient continuent de provoquer une volatilité élevée sur les marchés obligataires suisses.

Des risques encore présents

Néanmoins, la Recherche d’UBS est d’avis qu’il est trop tôt pour écarter les risques économiques – d’une part, parce que les négociations entre les Etats-Unis, l’Iran et Israël se sont souvent révélées fragiles ces derniers mois, et d’autre part, en raison des effets retardés potentiellement importants de la guerre sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, sur la croissance et sur l’inflation.  

Un risque clé serait un scénario dans lequel le détroit d’Ormuz est ouvert, mais que cette ouverture est retardée ou temporairement inversée. Cela permettrait à l’incertitude de persister, et l’impact sur la croissance et l’inflation pourrait s’accentuer, car de nombreuses réserves stratégiques de pétrole, de gaz et de matières premières ont désormais été fortement entamées. Dans ce cas, les prix de l’énergie et des matières premières augmenteraient probablement rapidement à nouveau et resteraient à un niveau élevé – voire atteindraient des niveaux encore plus élevés.

La demande étrangère est également soumise à l’incertitude. La croissance américaine s’est révélée résiliente, mais les droits de douane américains, qui pourraient être relevés à nouveau, pourraient continuer de peser sur les exportations suisses. En Europe aussi, une inflation plus élevée pourrait encore peser sur la croissance et, par conséquent, sur la demande d’exportations helvétiques.

En conclusion, la diversification reste stratégique

Premièrement, l’économie suisse a jusqu’à présent relativement bien résisté à la crise au Moyen-Orient. Et plusieurs indicateurs suggèrent que la croissance pourrait également se développer solidement au second semestre. Deuxièmement, une telle reprise, malgré les risques existants, devrait avoir un effet positif sur les marchés. Les investisseurs sont donc invités à maintenir leur exposition aux actifs à risque au second semestre également.

Une bonne diversification, en particulier pour les positions concentrées dans les valeurs technologiques, et des stratégies de préservation du capital peuvent aider à se préparer à de nouvelles turbulences sur les marchés. De telles turbulences resteront presque certainement présentes au second semestre.

A lire aussi...