L’exposition directe des banques européennes aux principaux pays impliqués dans les tensions au Moyen-Orient demeure très limitée. En raison des sanctions internationales de longue date, les établissements européens n’ont pratiquement plus d’engagements en Iran. Le principal risque lié à ce pays reste historique, plusieurs banques ayant déjà payé des amendes importantes par le passé pour des violations de sanctions.
L’exposition aux Émirats arabes unis existe, mais elle reste relativement concentrée. Les banques internationales telles que HSBC et Standard Chartered y affichent les engagements les plus significatifs, en cohérence avec leur positionnement historique en Asie et au Moyen-Orient. Pour les banques continentales européennes, comme BNP Paribas, Deutsche Bank ou ING, ces expositions représentent généralement entre 0,2% et 0,7% du total des actifs, ce qui limite l’impact potentiel sur leurs bilans.
Concernant Israël, l’exposition est trop faible pour être publiée séparément par les grandes banques européennes, ce qui réduit encore le risque d’impact direct même en cas d’extension du conflit.
Détroit d’Ormuz et exposition au transport maritime
Les banques d’investissement peuvent toutefois être exposées indirectement via leurs activités de financement du commerce international, de matières premières ou de projets. Il n’existe pas de publication spécifique sur l’exposition bancaire au transport maritime transitant par le détroit d’Ormuz. Néanmoins, environ 80% du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié transitant par ce passage stratégique est destiné à l’Asie.
Dans ce contexte, HSBC et Standard Chartered apparaissent comme les établissements les plus susceptibles d’être exposés à travers leurs activités de trade finance, de financement maritime ou de couverture des entreprises régionales.
De manière générale, les banques publient rarement leurs encours de prêts au secteur maritime de façon isolée. Ceux-ci sont généralement intégrés dans la catégorie réglementaire plus large «transport et stockage». Certaines banques spécialisées affichent ainsi des expositions importantes au secteur maritime rapportées à leurs fonds propres, mais cela reflète surtout leur expertise historique dans ce segment plutôt qu’un risque spécifique lié au détroit d’Ormuz.
Exposition à la chaîne de valeur pétrole et énergie
Les grandes banques universelles européennes conservent une exposition significative à la chaîne de valeur du pétrole, du gaz et du GNL. Cette exposition reste toutefois difficile à isoler, car les activités concernées sont réparties dans plusieurs classifications réglementaires.
L’épisode de stress sur le marché pétrolier en 2016 constitue un précédent instructif. Malgré des expositions parfois importantes, les pertes de crédit effectives avaient été limitées, notamment grâce à la qualité des contreparties – souvent de grands groupes énergétiques internationaux – et à la présence de garanties solides.
Parmi les banques actives dans le financement du secteur énergétique figurent notamment Barclays, BNP Paribas, Deutsche Bank, HSBC, ING, UniCredit et Crédit Agricole.
Le canal de transmission macroéconomique
Compte tenu de la faiblesse des expositions directes, le principal mécanisme de transmission du risque reste macroéconomique. Une perturbation durable dans le détroit d’Ormuz ou une escalade régionale plus large pourrait avoir plusieurs effets.
Une interruption de l’offre énergétique ferait probablement monter les prix du pétrole et du gaz, ravivant les pressions inflationnistes alors même que la BCE a entamé un cycle d’assouplissement monétaire. Cela pourrait retarder, voire inverser, les baisses de taux. Des taux plus élevés pourraient soutenir les net interest margins (NIM) des banques.
En parallèle, la hausse des coûts pour les entreprises européennes – en particulier dans les secteurs énergivores – pourrait dégrader la qualité des actifs bancaires. Les modèles de provisionnement forward-looking d’IFRS 9 entraîneraient alors probablement une migration anticipée des crédits vers le Stage 2.
Enfin, des perturbations du commerce maritime mondial, similaires à celles observées récemment en mer Rouge, pourraient augmenter les besoins en fonds de roulement et les coûts d’assurance, avec des effets indirects sur les portefeuilles de trade finance. Dans ce contexte, le conflit expose surtout les banques européennes à des risques macroéconomiques liés à l’énergie, à l’inflation, aux taux d’intérêt et au commerce mondial, plutôt qu’à des expositions directes.