La croissance mondiale devrait atteindre environ 3% en 2025 et 2026, soit une légère hausse par rapport aux prévisions antérieures de l’équipe d’investissement. Cela s’explique principalement par l’impact relativement moindre des droits de douane sur la croissance aux Etats-Unis et dans le reste du monde, tandis que les grands chocs politiques sont désormais derrière nous.
Toutefois, la croissance s’avère aussi résiliente qu’inégale. Les Etats-Unis connaissent un ralentissement, la Chine une stabilisation, et l’Europe et le Royaume-Uni une modeste reprise.
Aviva Investors estime que la majorité des grands chocs politiques ont désormais eu lieu et que le dernier trimestre 2025 sera dominé par les réactions qu’ils engendrent. Si le nouveau régime de droits de douane américain a globalement été accepté par le reste du monde, l’ampleur des changements qu’il implique ne doit pas être minimisée.
L’équipe d’investissement d’Aviva Investors anticipe un taux effectif de quelque 15% pour les droits de douane américains, soit six fois plus qu’auparavant. Cela équivaut à une augmentation de la taxe d’environ 1,5% du PIB, qui devra être prise en charge à la fois par les entreprises (baisse des bénéfices) et par les ménages (hausse des prix et baisse des dépenses réelles). Cet impact ne s’est pas encore pleinement fait sentir. En effet, il a été retardé par un pic d’importations en amont de l’application des droits de douane et par la baisse temporaire de ces derniers en milieu d’année. Par conséquent, l’équipe estime que les dépenses reculeront aux Etats-Unis fin 2025 et début 2026.
Le scénario de base d’Aviva Investors table sur une croissance mondiale d’environ 3% pour le reste de l’année 2025 et pour 2026, soit une légère augmentation par rapport à ses prévisions antérieures, ce qui s’explique principalement par l’impact relativement moindre des droits de douane sur la croissance aux Etats-Unis et dans le reste du monde. Cela étant dit, la croissance américaine devrait être sensiblement inférieure à celle enregistrée en 2024, avec une hausse de 1,8% pour l’année calendaire et de 1,5% au quatrième trimestre par rapport à l’année précédente. Elle devrait ensuite repartir à la hausse pour renouer avec sa tendance.
Alors que les répercussions des politiques commerciales mondiales continuent de se faire sentir aux quatre coins du globe, les banques centrales surveilleront les risques baissiers liés à la croissance atone et à l’affaiblissement des marchés du travail, mais aussi l’inflation désagréablement tenace dans de nombreuses économies. Cette situation délicate devrait être particulièrement prononcée aux Etats-Unis, où la Réserve fédérale a repris son cycle de baisses de taux en septembre après l’avoir suspendu pendant neuf mois; les marchés financiers anticipent désormais des baisses supplémentaires pour un total de 100 à 150 pb sur les douze prochains mois. Alors que l’inflation devrait augmenter et le marché du travail s’affaiblir, c’est l’équilibre entre ces deux facteurs qui déterminera le nombre de réductions de taux réellement appliquées par rapport aux prévisions. L’équilibre des risques semble davantage orienté à la baisse.
Dans la zone euro, la croissance devrait se monter à 1,2% cette année, soit légèrement plus que les attentes du consensus, la demande intérieure devant redémarrer de concert avec les dépenses de consommation. L’impulsion budgétaire devrait croître en 2026 et alimenter une légère hausse de la croissance l’année prochaine. Au Royaume-Uni, la croissance a surpris à la hausse cette année, mais la demande des ménages et les investissements demeurent au plus bas. La croissance devrait pointer à 1,2% cette année, et s’avérer poussive l’année prochaine. Le budget de novembre devrait aboutir à de nouvelles hausses des impôts, entravant encore la croissance.
Du point de vue de l’allocation d’actifs, dès lors que les grands événements politiques sont probablement derrière nous, l’équipe d’investissement estime que le marché doit désormais en évaluer les conséquences. Pour les marchés actions mondiaux, le scénario de base, qui table sur un ralentissement de la croissance mais pas une récession, un assouplissement de la politique monétaire et divers moteurs thématiques, devrait selon l’équipe continuer d’alimenter les performances. Le thème de l’IA reste prédominant et constitue un moteur clé, en particulier pour les actions américaines. Cependant, à mesure qu’il se déploie, d’autres secteurs et régions pourront en bénéficier. Par conséquent, l’équipe privilégie une surpondération des actions, avec une allocation géographique relativement large. Cela étant dit, elle a bien conscience des facteurs de risque liés à la croissance et à l’inflation qui, s’ils étaient assez importants, viendraient mettre à mal les performances.
Dans l’obligataire, l’équipe estime que les prix des titres à échéance courte sont globalement justes pour le scénario de base, et que les primes de terme pourraient encore croître en raison de la hausse des émissions mondiales et d’une menace perçue à l’égard de l’indépendance de la Fed.
L’équipe est cependant d’avis que le risque d’une baisse de la croissance suffit à justifier une légère surpondération de la duration. Au sein du crédit, le scénario central est à nouveau celui de spreads déjà tendus peu susceptibles de se creuser dans une large mesure, même alors que les performances ex ante paraissent de plus en plus faibles. Toutefois, au vu du potentiel de hausse limité, l’équipe préfère adopter un positionnement neutre. Sur le front des devises enfin, le dollar américain devrait continuer de perdre du terrain, les flux de couverture jouant un rôle clé sur fond de contraction des différentiels de taux.
Michael Grady, responsable de la stratégie d’investissement et économiste en chef chez Aviva Investors: «Les politiques disruptives ont accaparé l’attention des marchés financiers tout au long de l’année 2025. Le deuxième mandat de Donald Trump au poste de président s’est accompagné de toute une série de changements politiques qui ont bouleversé le libre-échange, la libre circulation des capitaux et des personnes à l’échelle mondiale et la politique budgétaire favorable, tous en place depuis des décennies. Ces changements étaient si importants, les motivations réelles du président si floues et les répercussions si difficiles à évaluer que l’incertitude a grimpé en flèche, faisant trébucher les marchés financiers, pour un temps tout du moins.»
«Les grands chocs politiques semblent toutefois être aujourd’hui derrière nous, et l’attention des marchés financiers se concentrera désormais sur leurs conséquences à long terme. Les banques centrales devront surveiller les risques tout en composant avec un environnement de croissance poussive et d’inflation tenace dans de nombreuses grandes économies.»