Royaume-Uni: éclaircie économique en plein «smog» du Brexit

AWP

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Le taux de chômage descend à son plus bas niveau depuis 44 ans et les salaires affichent leur plus forte hausse depuis 2008.

Le Royaume-Uni a enregistré mardi de bonnes nouvelles économiques, avec un recul du chômage et une hausse du pouvoir d’achat, qui tranchent avec les incertitudes autour du Brexit et de ralentissement de la croissance.

Tous les signaux semblent passer au vert sur le marché de l’emploi au Royaume-Uni, avec un taux de chômage en baisse à 4,0%, et au plus bas depuis 44 ans lors des trois mois achevés fin novembre, a annoncé l’Office des statistiques nationales (ONS).

Ce taux est inférieur aux attentes des économistes interrogés par Bloomberg, qui tablaient sur un maintien à 4,1% comme à fin octobre.

À 4,0%, le taux de chômage n’a plus été aussi bas depuis le début de l’année 1975. Le pays n’a jamais compté autant de personnes occupant un emploi, 32,53 millions, un chiffre en forte hausse sur un an.

Le taux d’emploi atteint 75,8%, un sommet depuis le début de la compilation de ces statistiques en 1971.

Le pays a enregistré 141.000 créations d’emplois nettes par rapport à fin août, soit bien plus que prévu par Bloomberg (87.000).

«Les entreprises souhaitent embaucher tant qu’elles le peuvent, compte tenu des craintes grandissantes sur la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée dans certains secteurs», notamment en raison d’une baisse de l’immigration en provenance de l’UE, suggère Howard Archer, économiste chez EY Item Club.

L’ONS a dévoilé dans la même publication des chiffres encourageants sur l’évolution des salaires, qui ont augmenté de 3,4% (primes comprises) sur un an, un rythme jamais connu depuis l’été 2008 et bien plus élevé que l’inflation qui avait ralenti à 2,3% en novembre.

Les salaires gagnent en vigueur au moment même où la hausse des prix faiblit en se rapprochant des 2%. Résultat, les ménages gagnent en pouvoir d’achat, si bien que le revenu réel (bonus compris) s’est élevé de 1,2% à fin novembre, selon l’ONS.

Prévisions économiques impossibles?

Pourtant, certains économistes rappellent que la croissance des salaires reste encore modeste, par rapport à ce qu’elle a pu être avant la crise de 2008.

Cette hausse «ne va pas vraiment aider les travailleurs qui sentent encore les effets de la plus longue période de pression sur les salaires depuis 200 ans», fruit d’années d’austérité, prévient la confédération syndicale TUC.

Ces chiffres sur le pouvoir d’achat peuvent toutefois susciter quelques espoirs sur la croissance économique dans les prochains mois, la consommation en étant un des principaux moteurs.

Reste que le flou politique total entourant les conditions de la sortie de l’UE pourrait limiter les velléités des ménages d’ouvrir en grand leur portefeuille, tout comme il contraint les entreprises à réfléchir à deux fois avant d’investir.

«Cette incertitude signifie que les ménages pourraient être davantage enclins à épargner le surplus de revenus disponibles», estime Marina Mensah-Afoakwah, économiste au CEBR.

Une enquête de la Banque d’Angleterre (BoE) a montré la semaine dernière que les crédits à la consommation devraient ralentir début 2019 à un rythme inédit depuis 2007, notamment du fait de conditions plus strictes de la part des banques.

Les économistes sont quant à eux prudents au moment d’affiner leurs prévisions pour 2019, qui pourraient devenir caduques du jour au lendemain en cas de Brexit sans accord, scénario redouté par les milieux d’affaires, ou de divorce en douceur, synonyme de coup de pouce pour l’activité.

Un panel de prévisionnistes indépendants sondés par le Trésor table pour l’heure sur une croissance de 1,5% pour l’année 2019, soit davantage qu’en 2018 pour laquelle 1,3% est attendu.

Dans ses nouvelles estimations publiées lundi à Davos, le Fonds monétaire international (FMI) prévoit lui aussi une hausse du PIB de 1,5% pour 2019, mais a appelé Londres et Bruxelles à mettre fin au plus vite à l’incertitude entourant le Brexit.

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