Les fusions-acquisitions mondiales poursuivent leur envol en 2026

Communiqué, Bain & Company

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Les acquéreurs sont confrontés à un nouveau «paradoxe du gagnant» lié à l'IA, selon Bain & Company.

Les grandes opérations redessinent les secteurs d'activité dans un monde en mutation rapide. Les entreprises doivent désormais mener de front des intégrations complexes et leur transformation par l'intelligence artificielle.

  • Au cours des cinq premiers mois de 2026, le volume mondial des fusions-acquisitions (M&A) a progressé de 41% sur un an, atteignant 2400 milliards de dollars, plaçant le marché sur la trajectoire de sa deuxième meilleure année historique, après le spectaculaire rebond de 2025.
  • Au rythme actuel, la valeur mondiale des transactions devrait dépasser 5300 milliards de dollars en 2026, juste en dessous du record de 5600 milliards établi en 2020.
  • Les transformations stratégiques des entreprises et la multiplication des méga-opérations alimentent cette reprise. Les transactions de plus de 10 milliards de dollars ont progressé de 52% en nombre et de 53% en valeur par rapport à l'an dernier.
  • Les acquéreurs sont confrontés à un nouveau «paradoxe du gagnant»: mener simultanément une stratégie ambitieuse de croissance externe et une transformation profonde par l'intelligence artificielle, alors que l'impact de l'IA sur les opérations de M&A dépasse désormais largement le seul secteur technologique.

Le spectaculaire redémarrage du marché mondial des fusions-acquisitions amorcé l'an dernier se confirme. Après une hausse de 40% en 2025, portant la valeur des transactions à 4900 milliards de dollars, soit le deuxième meilleur résultat jamais enregistré, le marché poursuit sur sa lancée.

Entre janvier et mai 2026, la valeur des opérations a encore progressé de 41% pour atteindre 2400 milliards de dollars, selon le rapport semestriel 2026 de Bain & Company consacré aux fusions-acquisitions.

Selon Bain, cette reprise est généralisée à l'ensemble des marchés et des secteurs. Elle répond avant tout aux profondes transformations stratégiques que les entreprises doivent engager pour rester compétitives dans un environnement économique en pleine mutation.

Les dirigeants privilégient désormais des acquisitions destinées à renforcer durablement l'efficacité, la résilience, l'agilité et la croissance de leur entreprise. Ils doivent composer avec plusieurs bouleversements majeurs: l'accélération de la transition vers une économie portée par l'intelligence artificielle, le ralentissement de la croissance mondiale, le retour de l'inflation ainsi que les tensions géopolitiques, illustrées notamment par la fermeture du détroit d'Ormuz. Dans ce contexte, seules les opérations capables d'avoir un impact significatif sur les performances de l'entreprise continuent de figurer parmi les priorités stratégiques, alors même que les arbitrages en matière d'allocation du capital deviennent plus complexes.

Bain souligne toutefois qu'un nouveau défi apparaît pour les acquéreurs, en particulier dans le cadre des méga-opérations qui dominent aujourd'hui le marché. Les entreprises doivent réussir à intégrer deux organisations de grande taille tout en conduisant simultanément leur propre transformation liée à l'intelligence artificielle.

En cherchant à gagner en taille critique et en résilience, nombre d'entre elles lancent en parallèle les premières étapes de leur transformation IA. Cette double exigence conduit les dirigeants à s'interroger: comment mener de front une intégration de grande ampleur et une transformation technologique majeure? Mais aussi, peuvent-ils réellement se permettre de ne pas le faire?

«Le rebond exceptionnel des fusions-acquisitions en 2025 n'était pas un phénomène passager. Les facteurs stratégiques qui l'ont alimenté se sont encore renforcés», explique Suzanne Kumar, vice-présidente exécutive et responsable mondiale de la pratique M&A chez Bain & Company. «Les entreprises réalisent des opérations ambitieuses afin d'acquérir la taille et les capacités indispensables dans un environnement en mutation rapide. Mais l'essor de l'intelligence artificielle, qui alimente une grande partie de ces opérations bien au-delà du secteur technologique, crée également un paradoxe: il n'a jamais été aussi difficile de réussir de grandes transactions complexes, alors qu'elles représentent aussi les plus importantes opportunités de création de valeur.»

Une reprise généralisée dans tous les secteurs

Depuis le début de l'année, la valeur des opérations stratégiques progresse de 36%, alors que les multiples de valorisation restent stables, avec une médiane de 11,6 fois l'EBITDA, et que le nombre total de transactions n'augmente que de 2%.

Tous les grands secteurs enregistrent une hausse de leur activité. Les plus fortes progressions en valeur concernent l'énergie et les ressources naturelles, l'industrie ainsi que la santé et les sciences de la vie. Les fonds d'investissement affichent en revanche un début d'année plus modéré, avec une baisse de 9% de la valeur des opérations jusqu'à fin mai.

À l'inverse, le capital-risque connaît une forte accélération: la valeur des investissements bondit de 206%, portée notamment par le nouveau tour de financement de 122 milliards de dollars d'OpenAI, tandis que le nombre de transactions progresse de 36%.

Les méga-opérations demeurent le principal moteur du marché stratégique. Les transactions supérieures à 10 milliards de dollars enregistrent une hausse de 52% en nombre et de 53% en valeur sur un an.

Leur financement évolue également: les montages associant actions et liquidités atteignent un niveau record de 35%, tandis que les opérations entièrement financées en numéraire tombent à 55%, leur plus bas niveau depuis plusieurs années.

L'Europe devient l'un des principaux moteurs du marché

Au premier semestre, l'Europe s'est imposée comme l'une des régions les plus dynamiques au monde pour les fusions-acquisitions.

Les méga-opérations ont entraîné une hausse de 77% de la valeur des transactions en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique (EMEA) jusqu'au 31 mai.

Les entreprises européennes multiplient les acquisitions afin de consolider leurs marchés nationaux, renforcer leur présence régionale ou accroître leur envergure internationale.

Parmi les principales opérations figurent:

  • l'offre de 24 milliards de dollars d'Orange, Bouygues et Iliad sur Altice France;
  • la relance par UniCredit de son projet d'acquisition de Commerzbank afin de renforcer sa présence européenne;
  • l'offre de 34,4 milliards de dollars de Kone sur TK Elevator, destinée à créer un acteur mondial majeur en combinant la forte implantation de TK aux États-Unis et celle de Kone en Asie-Pacifique.

L'intelligence artificielle crée un nouveau «paradoxe du gagnant»

L'influence de l'IA sur les opérations de M&A dépasse désormais largement le secteur technologique. Le projet de fusion de 119 milliards de dollars entre les énergéticiens américains NextEra Energy et Dominion Energy illustre cette évolution.

L'explosion des besoins énergétiques des centres de données dédiés à l'IA constitue l'un des principaux moteurs de l'opération, les deux groupes estimant que leur taille combinée leur permettra de financer plus efficacement les capacités de production nécessaires.

Pour les directeurs financiers et les dirigeants chargés de créer de la valeur grâce aux acquisitions, le défi est considérable: réussir simultanément une transformation IA et une intégration d'entreprise de grande ampleur.

Bain estime que les entreprises les plus performantes devront définir un plan d'investissement pluriannuel reliant clairement leur stratégie de croissance externe aux investissements nécessaires pour moderniser leurs processus, leurs méthodes de travail et leurs effectifs grâce à l'intelligence artificielle.

Selon le cabinet, attendre n'est plus une option. Ni une acquisition stratégique ni une transformation IA ne peuvent être différées dans un environnement qui évolue aussi rapidement.

Les données de Bain montrent qu'une grande opération de fusion-acquisition nécessite fréquemment plus de 36 mois entre son annonce et son intégration complète. Les programmes d'intégration doivent donc devenir un levier permettant d'accélérer simultanément la transformation par l'IA.

L'analyse révèle également que les opérations supérieures à 10 milliards de dollars mettent en moyenne sept mois entre leur annonce et leur finalisation, puis encore 24 à 36 mois pour réaliser l'essentiel des synergies attendues.

L'intelligence artificielle offre toutefois une contrepartie positive: les meilleurs programmes d'intégration utilisent déjà l'IA pour identifier et valider les synergies de coûts deux à trois fois plus rapidement que les méthodes traditionnelles.

«Une intégration a toujours comporté des risques mais aussi des opportunités. Avec l'intelligence artificielle, les enjeux deviennent encore plus importants dans les deux cas», conclut Suzanne Kumar. «Les entreprises qui réussiront seront celles qui utiliseront une acquisition comme accélérateur de leur transformation IA.»

Six questions clés pour réussir une opération

Bain estime que les dirigeants doivent désormais répondre à six questions essentielles:

  1. Notre thèse d'acquisition tient-elle pleinement compte de l'impact de l'intelligence artificielle?
  2. Dans quels domaines l'IA peut-elle accélérer la création de valeur liée à l'opération?
  3. Quels choix effectuer aujourd'hui pour préserver le maximum d'options à long terme?
  4. Comment utiliser cette acquisition comme catalyseur d'une transformation plus large de l'entreprise?
  5. Nos dirigeants sont-ils prêts à accompagner les collaborateurs face à ces bouleversements?
  6. Comment faire évoluer les méthodes de pilotage des programmes d'intégration grâce à l'IA?

Selon Bain, les entreprises capables de répondre efficacement à ces questions seront les mieux placées pour réussir simultanément leur intégration et leur transformation par l'intelligence artificielle, tandis que les autres risquent de continuer à appliquer des recettes devenues obsolètes.

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