La Banque nationale suisse (BNS) a opté pour le statu quo jeudi, lors de sa décision trimestrielle de politique monétaire, alors que le spectre de l’inflation ressurgit avec l’envolée du cours des hydrocarbures en raison de la guerre au Moyen-Orient.
Pour la troisième fois consécutive, l’institut d’émission a décidé de conserver son taux directeur à 0,00%, niveau où il avait été abaissé en juin 2025.
La majorité des économistes interrogés par l’agence AWP avaient anticipé cette décision, face à une très faible inflation de 0,1% sur un an en février, largement dans les clous de l’objectif de stabilité des prix de 0% à 2% défendu par la banque centrale suisse.
La cherté du franc protège pour l’heure la Suisse d’une inflation dite importée trop élevée, les effets de changes évitant aux importations de flamber.
«Compte tenu du conflit au Moyen-Orient, la Banque nationale est davantage disposée à intervenir sur le marché des changes pour contrer une appréciation rapide et excessive du franc, qui menacerait la stabilité des prix en Suisse», a-t-elle averti dans un communiqué.
La BNS doute d’un impact durable du conflit au Moyen-Orient sur l’inflation
La Banque nationale suisse (BNS) revoit ses anticipations d’inflation à la hausse à brève échéance, sur fond d’envol des prix des hydrocarbures en raison du conflit au Moyen-Orient. Dès 2027 toutefois, l’appréciation du franc devrait permettre de modérer le renchérissement.
Dans l’immédiat, le renchérissement n’a que marginalement accéléré depuis le dernier examen, passant d’une stabilité parfaite en novembre à 0,1% en février. «Avec la hausse des prix de l’énergie due à l’escalade au Moyen-Orient, l’inflation devrait augmenter de façon plus marquée au cours des prochains trimestres,» expliquent les banquiers fédéraux à l’occasion de la publication jeudi des conclusions de leur examen périodique de la situation économique et monétaire.
La prévision d’inflation pour 2026 passe ainsi de 0,3% jusqu’ici à 0,5%. Celle pour 2027 en revanche a été ramenée à 0,5%, contre 0,6%. La première estimation pour 2028 s’établit à 0,6%, indique l’institut d’émission, soulignant que ces estimations se basent sur un taux directeur inchangé de 0,0% sur l’ensemble de la période.
S’il n’a que peu d’influence sur les prévisions d’inflation en Suisse, le conflit au Moyen-Orient génère des risques importants sur les perspectives pour l’économie mondiale, susceptible de venir perturber le scénario de base du garant de la stabilité des prix en Suisse. «Les prix de l’énergie pourraient ainsi augmenter davantage que prévu dans le scénario de base, ce qui provoquerait une hausse marquée de l’inflation et freinerait sensiblement la croissance,» a souligné le vice-président Antoine Martin dans son discours.
Rappelant le rôle de valeur refuge du franc en période de troubles, le président Martin Schlegel a de son côté constaté une accélération de son appréciation avec l’escalade au Moyen-Orient. «La valeur du franc pondérée par le commerce extérieur s’est ainsi accrue d’environ 2,5% depuis la mi-décembre,» a indiqué le banquier central en chef.
«Pour contrer ce risque, nous sommes davantage disposés à intervenir sur le marché des changes,» a conclu M. Schlegel.
Observant un niveau d’incertitudes élevé pour les perspectives conjoncturelles helvétiques au cours des prochains mois, la BNS campe néanmoins sur une projection de croissance autour de 1% sur l’année en cours et formule une première estimation à 1,5% pour la suivante. L’établissement rappelle que l’économie du pays demeure fortement tributaire de celle du reste du monde, que pourrait freiner la situation au Moyen-Orient.