Les taux grimpent mardi sur le marché de la dette souveraine, au cours d’une séance animée par des émissions de dette italienne et britannique conséquentes, avec en toile de fond, des inquiétudes sur les budgets, en France et au Royaume-Uni.
Sur le marché obligataire, le rendement de l’emprunt français à dix ans évoluait à 3,58% vers 16h00 GMT, contre 3,53% à la clôture la veille. Son équivalent allemand était à 2,78%, après 2,74% lundi, l’italien à 3,67%, contre 3,60% et le britannique à 4,79%, contre 4,75%.
A échéance 30 ans, le taux français a même dépassé les 4,50%, une première depuis 2011 et le taux d’emprunt britannique à 30 ans évoluait autour de ses plus hauts depuis 1998, à 5,69%.
«Aujourd’hui il y a une remontée des taux globale, mais c’est aussi très saisonnier parce qu’en septembre, traditionnellement, les émissions de dettes souveraines reprennent», explique Marine Mazet, stratégiste taux chez Nomura.
Selon des données compilées par l’agence Bloomberg, le marché de la dette européenne s’achemine vers une séance comptant 49,6 milliards d’euros de dette émise, un record sur une journée.
Sur cette somme, du côté de la dette souveraine, donc émise par des Etats, «il y a 18 milliards d’euros de dette italienne et le Royaume-Uni a émis pour 14 milliards de livres sterling», détaille Marine Mazet.
Plusieurs thèmes s’inscrivent en toile de fond de cette séance animée sur le marché obligataire, dont les budgets en France et au Royaume-Uni et les inquiétudes quant à l’indépendance de la Réserve fédérale (Fed) aux Etats-Unis, explique l’analyste.
En France, le Premier ministre se soumettra lundi à un vote de confiance devant les députés, qui semble toutefois perdu d’avance. L’instabilité politique du pays le laisse dépourvu de budget, alors que la dette publique française représente près de 114% du PIB, la troisième plus importante de la zone euro derrière la Grèce et l’Italie.
Au Royaume-Uni, à l’approche du budget d’automne, le gouvernement travailliste peine toujours à relancer l’activité économique, après avoir annoncé l’an passé d’importantes hausses d’impôts et des coupes drastiques dans les finances publiques.
«Ce sont des facteurs digérés par le marché mais qui restent des thèmes structurels», précise Marine Mazet.
Indépendance de la Fed
Outre-Atlantique, les taux d’emprunt sont aussi en hausse, en raison «des inquiétudes sur l’indépendance de la Fed», précise Marine Mazet. Le rendement de l’emprunt américain à dix ans s’établissait à 4,28%, contre 4,23% à la clôture lundi.
La plus puissante banque centrale du monde, chargée de combattre l’inflation aux Etats-Unis et d’y favoriser le plein-emploi, est prise à partie par le président Donald Trump qui accuse l’une de ses gouverneure, Lisa Cook, d’avoir menti pour obtenir des emprunts immobiliers à des taux plus favorables en 2021.
Les avocats de Mme Cook ont demandé à une juge de la capitale américaine, saisie en urgence, d’empêcher M. Trump et le conseil des gouverneurs de prendre des mesures de nature à écarter la gouverneure de son poste.
Si elle doit partir, M. Trump pourra nommer son remplaçant, qui devra être confirmé par le Sénat à majorité républicaine. Or, si elle est renversée, «cela menacerait l’indépendance de la Réserve fédérale et, au bout du compte, la stabilité du système financier de notre pays», ont fait valoir l’équipe d’avocats au service de Lisa Cook dans leur saisine, consultée par l’AFP.
Dans ce contexte d’incertitudes, l’or, valeur refuge par excellence, a été propulsé à un nouveau record à plus de 3'508 dollars l’once.
Sur le marché des changes, le dollar prenait 0,49% face à l’euro, à 1,1654 dollar pour un euro vers 16h00 GMT.
A l’inverse, les investisseurs tournaient le dos aux actifs jugés risqués, comme les actions.
A Wall Street, le S&P 500 reculait nettement de 1,17%, le Nasdaq de 1,82% et le Dow Jones de 1,17%.
En Europe, la Bourse de Paris a cédé 0,70%, Londres 0,87% et Milan 1,61%. Francfort a chuté de 2,29%, plombée par son secteur immobilier (Vonovia -6,06% et TEG Immobilien -5,73%) et par la chute de 5,82% de Siemens Energy, poids lourd de l’indice. A Zurich, le SMI a cédé 0,72%.