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C’est un cocktail des plus bizarres que le marché tente d’avaler depuis lundi, composé de craintes diverses liées à la saisonnalité (l’affreux mois de septembre est de retour), au «suspense» autour de la légalité des droits de douane du grand blond. Ce point est plutôt cocasse, les fameux tarifs ont dans un premier temps fait peur au plus grand nombre, qui s’inquiète désormais de leur annulation éventuelle par la justice car, le cas échéant, il va falloir rembourser ce tsunami de cash déjà entré dans les coffres de Scott Bessent, sachant que la seule charge de la dette des Etats-Unis s’élève à 1200 milliards de dollars par an et qu’il faudrait que le rendement du 10 ans US chute à 3.25% (actuellement 4.30%) pour que cette charge cesse de croître, on peut donc aisément concevoir que l’on s’inquiète à ce sujet dans les salles de marchés. S’ils sont confirmés par la Cour Suprême des Etats-Unis, les tarifs provoqueront sans coup férir de l’inflation, qui sera in fine répercutée sur le consommateur américain, là encore un souci en vue car, si dame inflation reprend du poil de la bête, comment donc réduire les taux à court terme pour une Fed sous pression de plus en plus forte de qui vous savez, qui ne passe pas la meilleure semaine de son mandat.
Non seulement son ami Xi Jinping le provoque comme rarement, on sent bien que le président chinois est en forme et n’a absolument pas peur de son alter ego américain. Mais en parallèle la justice américaine, cette empêcheuse de « faire ce que je veux et c’est comme ça ! » en rond, lui met des bâtons dans les roues à tous les étages, si ce n’est pas malheureux, à son âge…La Cour d’appel rejette l’emploi de l’Alien Enemies Act pour expulser des migrants vénézuéliens, estimant qu’il n’y a pas d’« invasion » justifiant cette loi ; un juge fédéral de San Francisco, Charles Breyer, conclut que l’envoi de troupes et de la Garde nationale à Los Angeles pour des opérations de maintien de l’ordre violait le Posse Comitatus et en limite l’usage en attendant appel ; la juge Jia Cobb suspend l’extension nationale du dispositif d’expedited removal au motif d’un déficit de garanties de due process ; la Cour d’appel fédérale (Federal Circuit) juge que les importants tarifs imposés par décrets exécutifs ne sont pas autorisés par l’IEEPA ; et, enfin, une cour d’appel de New York annule la sanction civile d’environ un demi-milliard de dollars tout en maintenant la constatation de fraude, allégeant ainsi le fardeau financier de Trump sans effacer sa condamnation.
On revient à la dette des Etats-Unis qui inquiète, on l’aura compris, pour souligner qu’en Europe ce n’est pas Broadway non plus. Hier les rendements des emprunts à 10 ans britannique, allemand, néerlandais et français atteignent un plus haut niveau en dix ans, chacun pour des raisons spécifiques avec un point commun, des budgets qui coincent à tous les étages, on dirait que le monde vient d’ouvrir les enveloppes des factures de la crise de 2008, les gouvernements avaient alors mis la main au portefeuille comme rarement, accompagnés de banques centrales extrêmement réactives. Aujourd’hui les coffres sont vides et le percepteur systématiquement viré à coups de goudron et de plumes, l’exemple français est probablement le plus parlant. C’est une chose que le marché des actions recule, c’en est une toute autre lorsque son grand-frère obligataire se tend, les choses sérieuses commencent alors, dans ce contexte il faut surveiller les niveaux de spread, l’OAT français traite actuellement 80 points de base au-dessus du Bund allemand, le 10 ans britannique est à 203 bps au-dessus, aux Etats-Unis c’est le 30 ans qui concentre de plus en plus l’attention des intervenants, il évolue ce matin à 4.99%, le niveau symbolique de 5% va être testé sans aucun doute.
Dans ce contexte peu joyeux, n’oublions pas que l'été boursier a été solide, l'indice S&P500 (SPX) est revenu à des niveaux inexplorés malgré les nombreuses préoccupations qui occupent les investisseurs. Le mois de septembre peut faire un peu peur car il est historiquement le moins bon de l'année (-0.7% en moyenne depuis 75 ans contre +0.6% pour les autres mois en moyenne). Cela étant précisé, le SPX traite au-dessus de sa moyenne mobile à 200 jours depuis plus de 3 mois, cela nous indique que l'indice se trouve dans une phase de marché haussier plutôt solide. Le risque de correction ne disparait pas pour autant, mais l'histoire boursière montre par ailleurs que lorsque le SPX entame son mois de septembre au-dessus de sa 200 jours, sa performance moyenne durant ce mois est de +1.3%. Quoi qu'il en soit, une performance boursière ne se fait pas en un mois.
On sait que ce sont principalement les géants de la tech US qui ont porté les indices depuis début avril. Les dix plus importantes capitalisations boursières du SPX pèsent désormais 40% de l'indice. Si on regarde le S&P500 équipondéré (SPW), on constate que lui aussi traite tout près de son record de tous les temps, cela veut dire que les acheteurs ne se sont pas cantonnés qu'aux 7 magnifiques, un signe plutôt sain. Cela a été permis par notamment les résultats de sociétés au deuxième trimestre qui sont ressortis supérieurs aux attentes, mais aussi par les attentes de baisses de taux par la Fed.
Cette dernière annoncera sa décision à ce sujet le 17 septembre, les Fed Funds prédisent désormais 89% de probabilités qu'elle les baissera de 0.25%, sachant que ces derniers évoluent actuellement dans une fourchette de 4.25% - 4.50%. La BCE est à 2%, elle a clairement indiqué qu'elle n'entend pas assouplir sa politique monétaire dans un futur proche, notamment parce que l'inflation évolue proche de 2% sur le vieux continent. En Suisse les taux sont de retour à zéro, le marché n'anticipe pas de mouvement de la BNS ces prochains trimestres mais un retour à des taux négatifs n'est pas exclu, par l'institution elle-même. Au Japon la banque centrale est confrontée à un contexte tout autre, elle devrait plutôt augmenter ses taux. Donc la Fed est la seule banque centrale d'importance qui devrait couper ses taux dans un futur proche, ce d'autant qu'elle a de la marge vers le bas.
On se penche sur la séance boursière de ce mardi avec Wall Street qui recule pour la deuxième journée consécutive, principalement pénalisée par les géants de la tech. On notera que les indices terminent au plus haut de la session et que la volatilité retrouve un chouia de poil de la bête, le VIX progresse de 6.8% à 17.17, un niveau historiquement faible ceci dit, il n’y a vraiment pas le feu au lac boursier en l’état. La volatilité du marché obligataire se réveille aussi, le MOVE prend 7.4% à 85.28, là aussi un niveau plutôt raisonnable. Le Nasdaq100 (NDX) défend sa moyenne mobile à 50 jours avec succès, il la traverse en séance pour terminer sa journée à 23231 pts contre la 50 dma à 23112 pts. Le 10 ans US remonte à 4.30%, sa 50 jours évolue un tick au-dessus, c’est à suivre. Le dollar retrouve de jolies couleurs, jouerait-il à nouveau son rôle de valeur refuge ? étrange, quoi qu’il en soit la paire eur/usd revient à 1.1627, elle a cassé sa 50 jours qui se situe à 1.1665 et regarde désormais sa 100 jours à 1.1521. Côté métaux précieux l’or est un peu plus près des étoiles ce matin, l’once traite à 3536$, assumant pleinement son statu d’actif refuge et profitant aussi des attentes de baisse de taux par la Fed, tout en faisant fi du rebond du billet vert.
En Europe, la séance de trading est marquée par un fort repli du DAX Allemand hier, pénalisé par ses secteurs technologique, industriel et de l’immobilier. À Paris, même si les tribulations d’un premier ministre en Bayroute inquiètent, on limite les pertes, merci au secteur du luxe qui bénéficie d’une note positive d’HSBC sur LVMH et Kering, la banque britannique s’attend à un retour du consommateur chinois.
Au chapitre de la macro de ce mardi, l’ISM manufacturier d’août aux Etats-Unis ressort à 48,7, sous le consensus, mais les nouvelles commandes repassent en croissance. Les prix payés et l’emploi s’améliorent légèrement, sans effacer leur faiblesse. Les dépenses de construction de juillet reculent de façon inattendue. Le PMI manufacturier S&P Global est révisé à 53. Cette semaine : JOLTS, commandes d’usines, Beige Book et ventes auto ce jour ; ADP emploi privé, productivité, coûts salariaux, chômage hebdo, commerce extérieur et ISM services demain ; rapport sur l’emploi vendredi (attendu : +75 000 postes, chômage à 4,3%, salaires +0,3%). Plusieurs responsables de la Fed s’exprimeront avant ces chiffres.
Volskwagen ajuste en baisse la production de l'ID4 à Chattanooga (USA). SGS s'empare de l'australien Fulcrum Robotics. Nordex reçoit une commande pour sept turbines N133. La justice américaine autorise Alphabet à conserver Chrome au sein de Google, l’action progresse de 7% dans les échanges après-bourse, Apple en hausse de 4% en sympathie. Nvidia dément une rumeur de pénurie de GPU H100/H200. Walt Disney va payer 10 millions de dollars pour mettre fin à la plainte des Etats-Unis concernant la collecte illégale de données sur les enfants.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo abandonne 0.88%, Hong Kong perd 0.71%, Shanghai recule de 1.16%, Séoul gagne 0.38% et le Nifty50 progresse de 0.2%. Le future SPX évolue autour de l’équilibre, son alter ego du NDX grappille 0.2%, encouragé par la bonne tenue d’Alphabet et Apple après la cloche, l’Europe ouvre en progression de 0.3%.