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Le mois d’août boursier fut bon (particulièrement en Chine), bienvenue en septembre avec toute la déprime potentielle que ce mois honni des écoliers implique, météo incluse.
La séance de trading de vendredi sonne comme une forme de retour sur terre, l’aversion au risque revient d’un peu tous les côtés, que ce soit sur les actions, les obligations, les monnaies, les cryptos ou encore l’or. On va creuser le sujet, mais d’abord innocentons sur le champ le rapport PCE (Personal Consumption Expenditure), l’outil favori de la Fed pour mesurer l’inflation, qui sort vendredi après-midi pile en ligne avec les estimations. Alors certes il indique quelque hausse de-ci de-là mais tout cela était attendu, on ne peut donc le blâmer pour le coup de blues de cette fin de semaine. On élargit le champ d’observation de la macro américaine, là aussi cela semble aller, tout comme sur la partie micro. On se dit alors que les principaux indices US traitant proches de leurs records historiques, l’approche de septembre incite tout un chacun à mettre quelques bénéfices sur la table, le souvenir de ces cinq dernières années est frais, l’indice S&P500 (SPX) a reculé 4 des 5 mois de septembre sur cette période. Un article du Wall Street Journal publié hier ne va rien faire pour rassurer le plus grand nombre, le WSJ nous dit en substance que le SPX est plus cher que jamais, avec des valorisations supérieures à l’ère des dot-com et une concentration extrême : les dix plus grandes entreprises, surtout technologiques, pèsent près de 40% de l’indice.
L’article du WSJ ne devrait étonner personne, on sait tout cela. Ce retour apparent de l’aversion au risque depuis vendredi trouve peut-être ses origines en partie dans cet état de fait, mais on ne peut s’empêcher de se dire que la politique débridée et dénuée de constance d’un grand blond énervé est en train de venir à bout de la patience d’investisseurs allergiques au possible à l’absence de visibilité. Or ses tarifs vont inéluctablement provoquer un retour de l’inflation aux Etats-Unis et probablement ralentir la consommation des ménages dans ce pays. Et maintenant il veut taxer les exportations US ! La justice fédérale américaine estime en fin de semaine qu’une grande partie des droits de douane sont illégaux, il va faire appel à la Cour Suprême, décision attendue probablement l’an prochain, dans cette attente tout reste en place et lui il veut mettre les grandes villes démocrates au pas, en commençant par Chicago.
Comme bien souvent c’est le marché obligataire qui nous donne une grande partie de la réponse à nos questions. Aux Etats-Unis on observe une pentification de la courbe des taux la semaine passée. En clair, les investisseurs achètent le court terme, surtout le 2 ans et vendent le long terme, principalement le 30 ans. Quand les investisseurs achètent surtout de la dette américaine à court terme et vendent le 30 ans, cela traduit une recherche de sécurité et de liquidité immédiates, une méfiance vis-à-vis de l’inflation et des déficits futurs, une préférence pour profiter de rendements déjà élevés sans s’enfermer trop longtemps et un mouvement de pentification de la courbe des taux qui reflète une certaine inquiétude sur la stabilité budgétaire et économique des États-Unis à long horizon.
En parallèle, en tentant de limoger la gouverneure de la Fed Lisa Cook, le président des Etats-Unis s’attaque indirectement à Jerome Powell. Cela aussi pousse les rendements obligataires à long terme vers le haut. Le danger, c’est que la pentification en cours de la courbe américaine se renforce dans les prochains mois, le marché s’inquiète que l’inflation sera temporairement gonflée par la hausse des droits de douane et par le nouveau projet de qui vous savez d’inverser les tarifs, en taxant certaines exportations US telles que Nvidia et AMD, qui devront reverser 15% de leurs ventes de semi-conducteurs à la Chine aux douanes américaines. D’après Oxford Economics, l’application d’une taxe à l’export rendrait les produits américains moins compétitifs sur les marchés extérieurs et pousserait d’autres pays à renforcer leurs investissements dans les branches concernées.
Les volumes d’échanges sont plutôt faibles vendredi à Wall Street. Le SPX recule nettement plus que son alter ego équipondéré (SPW) qui ne perd que 0.14%. C’est principalement la tech qui trinque en cette dernière séance du mois d’août, le podium du jour du SPX se compose de la santé, des biens de consommation de base et de l’immobilier. Le breadth est légèrement positif sur le SPX, légèrement négatif sur le NDX, la volatilité retrouve un peu de couleurs, le VIX rebondit de 6.5% à 15.36, on note que les semi-conducteurs sont particulièrement sous pression.
Le rendement du 10 ans US se maintient à 4.23%, il évolue toujours proche de sa zone de support de 4.20% - 4.18%, le 30 ans remonte à 4.93%. Côté devises, le dollar est en train de perdre sa bataille avec sa moyenne mobile à 50 jours, la paire eur/usd revient ce matin à 1.1718, prochaine résistance à 1.1829, c’est son top en séance du premier juillet. Même l’or bouge en cette fin de semaine, l’once traite ce matin à 3473$, le record historique de 3500.10$, posté en séance du 22 avril, est à nouveau en vue. La perspective de baisses de taux par la Fed, le repli du dollar et l’aversion au risque croissante ont déroulé le tapis rouge à la relique barbare. Même les cryptos envoient un signal, le repli du Bitcoin de 125'000 dollars il y a deux semaines à 108'900 dollars ce matin l’atteste, support intéressant légèrement au-dessus de 102'000 dollars.
Résumons : la courbe des taux US se pentifie, le dollar baisse, les cryptos aussi, les actions rendent un peu de terrain et l’or est recherché à nouveau. Bienvenue au joli mois de septembre.
Mais rassurez-vous, je puis vous assurer que la bourse américaine ne crashera pas aujourd’hui, le NYSE ne reprend le travail que demain, aujourd’hui c’est Labor Day aux USA et au Canada. Ensuite on passera la semaine à prier pour le nouveau responsable du BLS (le bureau des statistiques de l’emploi aux Etats-Unis) car vendredi sera publié le très important rapport mensuel sur l’emploi, si les chiffres déplaisent à papi, il vire le responsable. Tout cela dans l’optique du 17 septembre, jours de la prochaine décision de la Fed sur ses taux. En l’état les Fed Funds prédisent 87% d’une coupe de 25 points de base à cette occasion.
On se penche sur quelques performances notables de la semaine passée. Snowflake gagne 21,26%. Le leader de l’analytique cloud revoit à la hausse ses prévisions de chiffre d’affaires pour l’exercice fiscal 2026. La montée des investissements des entreprises dans l’intelligence artificielle stimule fortement la demande pour ses solutions d’analyse de données. Puma progresse de 14,67%. D’après Bloomberg, la famille Pinault envisage de vendre sa participation de 29% dans l’équipementier allemand. Eiffage recule de 14,61% et Société Générale de 8,85%. Les inquiétudes autour d’un possible effondrement du gouvernement Bayrou pèsent sur les marchés français, affectant particulièrement les banques et les entreprises dépendantes des contrats publics. Marvell chute de 13,88%. Le spécialiste des ASICs, des puces électroniques sur mesure, peine toujours à se démarquer. Le concurrent de Broadcom déçoit tant sur ses résultats publiés que sur ses prévisions, qui se situent près de 12% en dessous des attentes.
Narendra Modi devait s'entretenir aujourd'hui avec Vladimir Poutine à Tianjin, en Chine, après avoir renoué ses relations avec Xi Jinping. Les trois dirigeants, qui se sont rencontrés pour la dernière fois en 2024, cherchent à renforcer leurs liens dans un contexte de tensions commerciales avec les États-Unis.
Le Wall Street Journal publie ce weekend un article sur le paysage politique en Europe, qui nous apprend que pour la première fois, des partis populistes ou d’extrême droite sont en tête des sondages simultanément en France, au Royaume-Uni et en Allemagne, alimentés par le mécontentement des électeurs face à l’immigration et à la hausse du coût de la vie. En France, le Rassemblement National, mené par Marine Le Pen et Jordan Bardella, domine régulièrement les intentions de vote et s’impose comme le premier parti du pays, rendant le gouvernement difficilement gouvernable alors que François Bayrou s’apprête à affronter un nouveau vote de confiance. Au Royaume-Uni, le parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage devance désormais travaillistes et conservateurs, profitant d’un rejet croissant de l’immigration légale et illégale, notamment des traversées record de la Manche. En Allemagne, l’AfD devance de peu la CDU du chancelier Friedrich Merz, malgré une baisse récente des demandes d’asile, et capitalise sur la stagnation économique, la défiance envers les élites et les frustrations liées au coût de la vie. Ces partis, déjà présents au pouvoir dans d’autres pays européens (Italie, Finlande, Pays-Bas), proposent des mesures radicales sur l’immigration, l’économie ou l’Europe, ce qui laisse présager une phase d’instabilité politique durable dans les trois plus grandes économies du continent.
Au menu macro-économique de ce lundi, la publication des indicateurs PMI manufacturiers définitifs des principales économies en août.
Selon une étude, le Wegovy de Novo Nordisk réduit le risque cardiaque de 57% par rapport au médicament amaigrissant concurrent d'Eli Lilly. Nick Hayek exclut toujours un retrait de la cote du Swatch Group. BAE Systems obtient une commande norvégienne de 8,5 milliards d'euros pour des frégates. Roche lance une phase III avec Zilebesiran dans l'hypertension. Novartis publie des données de suivi (phase IV) positives avec Leqvio dans le cholestérol. Kraft Heinz sur le point de conclure un accord pour se scinder, rapporte le WSJ. Les responsables IA de Meta discuteraint de l'utilisation des modèles Google et OpenAI dans les applications, selon The Information. Les Etats-Unis compliquent la fabrication de puces électroniques en Chine pour SK Hynix et Samsung Electronics. Les actions de BYD chutent après une forte baisse du bénéfice trimestriel. Alibaba, au contraire, flambe après des résultats étonnamment solides. Xiaomi a livré plus de 30’000 véhicules électriques en août.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo perd 1.24% à la cloche, Hong Kong gagne 2.06%, Shanghai prend 0.46%, Séoul rend 1.35% et le Nifty50 monte de 0.56%. Le future SPX traite en très légère hausse et l’Europe ouvre en progression de 0.4%.