Gonet: l'actualité des marchés au 22 juin

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Wall Street fermée (Juneteenth Day), Eurostoxx -0,48%, SMI +0,06%.

 

Ce n’est pas vraiment un long fleuve tranquille qu’emprunte le marché la semaine passée. Pourtant la photo hebdomadaire semble plutôt flatteuse, avec une bonne progression des actions un peu partout autour du globe, un dollar qui retrouve du poil de la bête, l’or noir qui recule significativement, au détriment de l’or tandis que les rendements obligataires remontent, surtout la partie courte de la courbe US. L’animation de cette semaine écoulée est principalement venue des décisions des banques centrales, des développements géopolitiques et des derniers ajustements avant la fin du trimestre. Le ton ferme adopté par la Fed, notamment lors de la première intervention très suivie de Kevin Warsh, joue un rôle majeur. Les actions trouvent néanmoins un soutien grâce à la technologie et à une détente progressive autour du dossier iranien. La semaine s’achève dans des échanges plus calmes, Wall Street étant fermée vendredi à l’occasion de Juneteenth.

Alors pourquoi donc écrire que ce fleuve-ci n’est pas tranquille? C’est en se tournant du côté des indicateurs internes de marché que l’on trouve une grande partie de la réponse. Sentimentrader publie une étude vendredi, qui conclut que le marché américain des actions est toujours soutenu par plusieurs signaux de fond positifs, mais avec des fragilités de court terme. Les indicateurs favorables suggèrent que la tendance principale du S&P500 (SPX) reste constructive: moins de secteurs en marché baissier, liquidité encore favorable, environnement de marché globalement sain et dynamique technologique toujours porteuse. Mais SentimenTrader souligne aussi plusieurs alertes de participation de marché, ou «breadth», qui indiquent que la hausse devient moins homogène. Cela ne signifie pas forcément qu’un marché baissier arrive, mais plutôt que les actions pourraient devenir plus volatiles, plus sélectives, ou évoluer latéralement à court terme.

En clair: le marché semble encore bien orienté à moyen terme, mais il devient plus fragile à court terme. Il ne s’agit pas ici d’un signal de vente massif, plutôt d’un appel à plus de prudence et de sélectivité.

Le baril de WTI Light Crude évolue ce matin à 76,00 dollars, sa moyenne mobile à 200 jours veille à 73,97 dollars, un niveau technique à suivre de près. L’or retrouve quelques couleurs ce matin, l’once remonte à 4201 dollars, prochaine résistance de taille 4464 dollars, c’est là que se trouve actuellement sa 200 jours. Notons au passage qu’une death cross pourrait se produire en fin de semaine, qui enverrait un signal baissier à la relique barbare. Le dollar reste ferme, la paire EUR/USD cote 1,1453, une zone de support se situe entre 1,1411 et 1,1400. Côté marché obligataire le rendement du 10 ans US remonte quelque peu ce matin, à 4,48%, pendant que le 2 ans décolle à 4,22% et que le 30 ans reste mesuré, à 4,92%. On peut en conclure que le bond market des Etats-Unis s’inquiète de la politique monétaire à court terme de la Fed, qu’il considère désormais comme restrictive (faucon). En revanche le comportement du 30 ans nous enseigne que les intervenants sont confiants dans la capacité de la Réserve Fédérale à juguler l’inflation sur la durée, voici une des principales raisons qui pourrait expliquer des événements de volatilité à court terme.

Cette semaine, les marchés surveilleront les prises de parole de Christine Lagarde, Fabio Panetta et Martin Kocher, ainsi que la confiance des consommateurs de la zone euro, afin d’évaluer l’orientation future de la BCE. Jeudi, l’attention se portera surtout sur l’inflation PCE américaine de mai, l’indicateur privilégié par la Fed: un chiffre supérieur aux attentes serait défavorable à l’or et, plus largement, aux actifs risqués. Les investisseurs suivront aussi l’évolution de la situation politique au Royaume Uni autour de la succession de Keir Starmer, les avancées des discussions nucléaires entre les États Unis et l’Iran, ainsi que les résultats de Micron Technologies, attendus mercredi soir.
Ce matin le pétrole recule un chouia après que les médiateurs du «Lake Lucerne Summit» ont fait état de «progrès encourageants» entre les États-Unis et l’Iran en vue d’un accord final dans un délai de 60 jours. Le Qatar et le Pakistan indiquent que les discussions techniques se poursuivent cette semaine et qu’un canal de communication est en place pour garantir la sécurité du passage dans le détroit d’Ormuz. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, évoque par ailleurs des «progrès majeurs» vers la fin de la guerre au Liban. Dans les faits, selon l’agence Bloomberg plusieurs millions de barils de pétrole ont continué de transiter par le détroit d’Ormuz durant le week-end, malgré les affirmations de l’Iran selon lesquelles ce passage stratégique avait de nouveau été fermé.

Le sentiment des investisseurs envers l’euro se dégrade nettement :selon une enquête menée mi- juin auprès d’institutions financières américaines, les positions sur l’EUR/USD sont redevenues globalement vendeuses pour la première fois depuis le «Liberation Day» début avril 2025. Les investisseurs estiment que la BCE a davantage de chances de surprendre par un ton accommodant que la Fed. Ce lundi, les interventions de Christine Lagarde ainsi que de Fabio Panetta et Martin Kocher, en parallèle de la publication de la confiance des consommateurs de la zone euro, seront particulièrement surveillées afin de détecter tout changement dans les indications concernant les taux.

L’or débute donc la semaine en légère hausse, après trois séances consécutives de baisse jusqu’à vendredi. Le contexte de court terme reste toutefois difficile: les progrès dans les discussions entre Washington et Téhéran réduisent la prime géopolitique, tandis que la perspective d’une Fed plus restrictive, avant la publication jeudi de l’indice PCE américain, risque de soutenir le dollar et les rendements obligataires. Les sorties des ETF continuent également de peser, les avoirs ayant reculé d’environ 1,8% depuis le début de l’année, à près de 97,1 millions d’onces. Les éléments structurels demeurent néanmoins favorables. La Chine a importé 162,6 tonnes d’or en mai, son plus haut volume mensuel depuis mars 2024 et un record pour un mois de mai, ce qui confirme la solidité de la demande physique. Selon une enquête du World Gold Council, 45% des banques centrales prévoient d’augmenter leurs réserves d’or au cours des douze prochains mois, une proportion inédite. Goldman Sachs a abaissé de 500 dollars son objectif de fin d’année à 4’900 dollars l’once en raison de la disparition des anticipations de baisse de taux de la Fed, tout en conservant une vision positive sur l’or à moyen terme.

Au menu macro-économique de ce lundi, à 14h30, la publication de l’inflation de mai au Canada donnera une indication sur l’évolution des pressions sur les prix et pourrait influencer les anticipations concernant la politique de la Banque du Canada ainsi que le dollar canadien. À 15h00, les investisseurs suivront le discours de Christopher Waller, membre de la Fed, afin de déceler tout indice sur la trajectoire des taux américains, notamment son appréciation de l’inflation et des conditions économiques.

Selon le Financial Times, CRH envisagerait l’acquisition d’Arcosa, une opération qui pourrait dépasser 8 milliards de dollars. AbbVie serait également proche de mettre la main sur Apogee Therapeutics pour environ 10,9 milliards de dollars. En Corée du Sud, SK Hynix passe devant Samsung Electronics et s’impose comme la plus grande capitalisation du pays. LG Electronics bondit en Bourse après l’annonce d’une réunion prévue aujourd’hui entre ses dirigeants et Nvidia, centrée sur de possibles partenariats dans l’IA physique et la robotique. Enfin, BYD rejette les accusations de non respect des règles environnementales en Hongrie.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse hormis Hong Kong qui égare 0,34%. Tokyo progresse de 1,66% à la cloche, Shanghai avance de 1,51%, Séoul gagne 0,69% et le Nifty50 prend 0,5%. Les futures US traitent autour de l’équilibre, tout comme leur alter ego européen.

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