Volatilité sur le pétrole

Salima Barragan

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Si un accord est trouvé entre Washington et Pékin un rebond de 5 à 10 dollars est possible, estime Ole Hansen de Saxo Bank.

Depuis le mois de juin, les sanctions américaines sur l’Iran et la série d’événements dans le détroit d’Ormuz ont provoqué des fluctuations du cours du pétrole. Mais en réalité, ce ne sont plus tant les effets des sanctions qui agitent les négociants en or noir car «l’Iran continue d’écouler ses barils par le biais de canaux non-officiels». Dorénavant, l’impact de la guerre commerciale sur la demande de pétrole mondiale est au centre de l’attention. Le point avec Ole Hanson, chef stratégiste en matières premières chez Saxo Bank.

Quelle analyse faites-vous des tensions dans le détroit d’Ormuz, une zone stratégique pour le marché de pétrole? 

L’attention sur le détroit d’Ormuz a créé des incertitudes sur l’offre. Mais depuis, ces craintes ont été reléguées à l’arrière-plan par la guerre commerciale et son impact potentiel sur la demande globale. L’Iran ne se retrouvera pas dans une situation similaire à celle des années 80 car les efforts internationaux œuvrent de concert pour que la situation reste gérable.  D’autant plus que l’Iran écoule ses barils sur le marché de façon non-officielle. Depuis des décennies ils disposent en effet de leurs propres canaux. L’Iran n’est donc plus vraiment le centre de l’attention.

«Les marchés sont également préoccupés par l’inversion de la courbe
des taux d’intérêt aux Etats-Unis ainsi que par le risque de récession.»
La bataille entre Washington et Pékin a-t-elle amplifié la volatilité du prix du pétrole?

Oui, et une telle volatilité indique clairement que le marché n’a pas de conviction forte. Il lutte pour savoir sur quelle jambe – de l’offre ou de la demande - se tenir. Sans savoir si l’élément décisif sera le ralentissement de la demande globale ou de la production de l’OPEP, qui n’avait plus autant taillé son volume de production depuis 2015! Les marchés sont également préoccupés par l’inversion de la courbe des taux d’intérêt aux Etats-Unis ainsi que par le risque de récession. Toute nouvelle publiée sur la guerre commerciale est susceptible de générer des oscillations de prix importantes.

La rumeur court que l’Arabie Saoudite organisera en coulisse une intervention avec l’OPEP pour soutenir les cours de l’or noir…

L’Arabie Saoudite essaiera certainement de supporter le cours car elle porte le fardeau d’un baril en-dessous de 60 dollars. Elle est prête à perdre des parts de marché pour atteindre une fourchette comprise entre 70 et 75 dollars.

«Si la Chine maintient ses importations de pétrole de schiste américains
au dépend des autres importateurs, cela pèsera sur les prix.»
Quels sont vos commentaires sur la baisse de régime en Chine, qui compte pour 13% de la demande mondiale en pétrole? 

Jusqu’à présent, nous n’avons pas observé de réduction de la demande chinoise. Le plus intéressant serait de savoir où ils se le procurent car ils n’ont pas réduit leurs importations en pétrole de schiste américain, contrairement à celles des produits agricoles. Si la Chine maintient ses importations de pétrole de schiste en provenance des Etats-Unis au dépend des autres importateurs, cela pèsera effectivement sur les prix.

Compte tenu de ralentissement économique global, quelles sont vos perspectives sur le cours de l’or noir?

Dans le cas d’un ralentissement général des importations, nous verrons un signal clair sur le marché qui sera d’autant plus affecté que le risque de récession grandit. Les difficultés économiques de la Chine et de l’Inde pèsent sur les prévisions de la demande globale. Pour cette raison, les perspectives à moyen terme ne sont pas très bonnes. D’un côté, l’OPEP va plafonner la production d’ici 2020 pour maintenir les prix. De l’autre côté, la production de pétrole de schiste américain élèvera son rythme poussant ainsi les cours à la baisse. N’oublions pas que la production américaine a entraîné la réduction de celle de l’OPEP… D’ailleurs, pour l’heure, nous attendons les chiffres mensuels américains. Enfin, si un accord entre Washington et Pékin est trouvé, un rebond de cinq ou dix dollars est possible. Mais quoi qu’il arrive, nous continuerons à observer de la volatilité sur le marché.