Les clients veulent reprendre le contrôle de leurs placements

Yves Hulmann

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Marc Bürki, directeur de Swissquote, ne craint pas une suspension de l’ensemble des échanges à la Bourse suisse.


©Keystone

Un chiffre d’affaires net en progression de 7,5% à 230,6 millions de francs, un bénéfice net en légère hausse à 44,7 millions et un dividende inchangé de 1 francs par action. Les résultats de l’année 2019 dévoilés mardi par Swissquote avaient de quoi satisfaire les investisseurs. L’action du courtier en ligne a bondi mardi de 18,1% à 52,3 francs, dans un marché en légère reprise. Les premières indications pour le premier trimestre, marqué par une forte augmentation des demandes d’ouverture de comptes, ont aussi rassuré les investisseurs. Comment le courtier en ligne fait-il face à la volatilité hors norme observée sur les marchés ces dernières semaines? Le point avec Marc Bürki, directeur de Swissquote.

Au cours du premier trimestre, en particulier durant les semaines 9 à 11 du calendrier (ndlr: du 24 février au 13 mars), le nombre de demandes d’ouverture de comptes chez Swissquote a massivement augmenté comparé à la même période de l’an dernier. Comment expliquez-vous une telle hausse?

Il est toujours difficile d’expliquer de telles variations. Parmi les hypothèses que l’on peut envisager, je verrais deux types de motivations chez les nouveaux clients. D’une part, il y a ceux qui voient des opportunités à acheter des titres qu’ils considèrent désormais comme survendus suite au récent plongeon des marchés. D’autre part, il y a peut-être aussi des clients qui ont été déçus des difficultés rencontrées dans le cadre de leur relation bancaire classique – par exemple, des gens qui auraient voulu vendre plus vite leurs titres lorsque les marchés ont commencé à décrocher fin février – et qui se disent qu’ils préfèrent gérer eux-mêmes les opérations dans la gestion de leur portefeuille. Mais il s’agit uniquement de suppositions.

«Ce sont surtout les marchés des actions
qui ont été les plus actifs ces dernières semaines.»
Pour 2020, Swissquote table à nouveau sur une croissance du chiffre d’affaires et du bénéfice net de plus de 10%. Cela signifierait un chiffre d’affaires de l’ordre de 250 millions de francs (230,6 millions en 2019). Compte tenu de la forte baisse de la valeur des actions depuis février, n’y a-t-il pas un risque que les clients négocient de plus petits montants en bourse, ce qui se traduirait aussi par des revenus de commissions plus faibles?

L’impact d’un recul de la valeur boursière sur les futurs revenus des commissions est très difficile à estimer. Certes, il se peut que les clients qui ont perdu de l’argent ces dernières semaines préfèrent négocier des volumes plus petits. Toutefois, nos commissions ne sont pas calculées directement en pourcent du volume des ordres placés mais elles sont déterminées selon un système en escalier. Ainsi, même si certains clients font des transactions avec des montants un peu moins élevés, cela ne se traduira pas directement par un recul des commissions dans une même proportion.

Quelles classes d’actifs ont été particulièrement traitées sur les marchés récemment par les clients?

Ce sont surtout les marchés des actions qui ont été les plus actifs ces dernières semaines. Certains clients les plus réactifs ont vendu tout de suite lorsque les marchés ont commencé à décrocher, puis ils ont parfois recommencé à acheter ces derniers jours. Lundi, par exemple, il y a eu plus d’acheteurs que de vendeurs sur les marchés des actions.

Le pire serait-il alors déjà passé?

C’est impossible à dire. D’autant plus que, avec la crise du coronavirus, on ne dispose de très peu de repères de comparaison avec d’autres crises. Celle-ci n’a du reste pas seulement affecté les actions mais aussi les marchés des change – et même l’or a décroché fortement en début de semaine. 

«Je pense que les cryptomonnaies continueront
de s’établir en tant que catégorie de placement.»
Swissquote a annoncé mardi une extension de l’offre de négoce dans les cryptomonnaies, avec sept nouvelles crypto-devises (ndlr: EOS, Stellar, Chainlink, Tezos, Ethereum Classic, Augur et Ox). Est-ce le bon moment pour lancer de tels produits alors que les actifs classiques connaissent déjà une très forte volatilité?

On n’a bien sûr pas choisi volontairement ce timing ! Mais comme le lancement de cette nouvelle offre était de toute façon prévu, il n’y avait pas non plus de raison de la retarder. Et cela même si elle intervient à un moment où les «cryptos» sont aussi très chahutées, ce qui contrevient du reste à l’idée souvent affirmée que les crypto-monnaies seraient largement décorrélées des autres marchés. Dans l’ensemble, je pense néanmoins que les cryptomonnaies continueront de s’établir en tant que catégorie de placement. Nous allons ainsi continuer d’améliorer constamment notre offre dans ce domaine.

L’an prochain, Swissquote présentera aussi un rapport de durabilité pour l’année 2020. Pourquoi entreprendre une telle démarche?

Nous allons effectivement présenter en mars 2021 un rapport de durabilité sur nos activités, en plus des résultats financiers classiques. Ce rapport, supervisé par GRI, s’inscrit, d’une part, dans la tendance actuelle qui consiste à présenter aussi les aspects de responsabilité sociale et environnementale en plus des seuls chiffres financiers. Début 2020, Swissquote a aussi décroché la certification Fair-On-Pay qui vérifie le respect de l’égalité salariales entre hommes et femmes. D’autre part, un tel rapport est même devenu une nécessité car certains investisseurs institutionnels ne pourraient sinon tout simplement pas investir dans un titre comme Swissquote.

«La période actuelle est du jamais vu à la fois en termes
de volumes traités et de charge sur les systèmes informatiques.»
Envisagez-vous aussi de mettre à disposition des ratings de durabilité qui renseigneraient les investisseurs à propos de la conformité ESG ou non de leurs placements dans telle ou telle société?

Nous travaillons à l’idée de pouvoir proposer à nos clients l’accès à une note ESG pour toutes les catégories d’investissement. La difficulté est bien sûr de pouvoir comparer des entreprises qui ont des activités extrêmement différentes. Sur le plan environnemental, on ne peut pas, comparer directement une société IT avec un groupe pétrolier d’un point de vue ESG. En revanche, à l’intérieur de chaque secteur, il serait utile pour un investisseur de savoir si, par exemple, BP est mieux ou non que Total. Nous n’avons toutefois pas encore décidé comment de telles notations seront mises à disposition.

Dans l’immédiat, comment faites-vous face aux risques techniques liés à la crise du coronavirus et à son impact sur les marchés financiers?

On peut dire que nous avons vécu récemment des journées réellement exceptionnelles. C’est du jamais vu à la fois en termes de volumes traités et de charge sur les systèmes informatiques. C’est un stress test en grandeur nature! En ce qui concerne notre propre infrastructure, on peut dire que Swissquote a jusqu’ici réussi le test. Pour les aspects externes, par exemple la surcharge du réseau Internet en raison notamment du télétravail, il est difficile de savoir comment les clients vivent cette situation de leur côté. Mais nous n’avons pas eu connaissance de panne majeure jusqu’à présent.

Sur le plan réglementaire, certains pays ont mis en place des restrictions des échanges de titres en suspendant, par moment, l’ensemble du négoce sur certaines places boursières. Est-ce un risque à considérer pour une plateforme telle que Swissquote?

En Suisse, de tels instruments, comme le «stop trading», existent aussi au niveau du négoce de titres individuels. En revanche, la bourse suisse SIX n’a jamais bloqué l’ensemble des échanges. De mon point de vue, de telles interruptions complètes des échanges calment, certes, un peu le jeu momentanément mais elles ne changent rien à la tendance générale des marchés.

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