Le sponsoring inédit du Groupe Bordier & Cie

Anna Aznaour

2 minutes de lecture

La banque Bordier & Cie se lance dans l’exploration des océans via le sponsoring d’une expédition initiée par un diplômé de l’EPFL.


Michel Juvet et Ghislain Bardout. Des acolytes décidés à laisser leur empreinte dans l’histoire.

Après deux expéditions polaires très remarquées, Ghislain Bardout, plongeur scientifique, sollicite la banque Bordier & Cie pour le sponsoring de son troisième voyage d’exploration. Son dossier atterrit entre les mains de Michel Juvet, associé de cette banque familiale de 174 ans. Les deux hommes, l’un ingénieur-plongeur et l’autre financier-photographe, se rejoignent sur l’intersection de leurs intérêts respectifs. Les dessous d’une alliance, expliqués par le binôme d’acolytes, bien décidés à laisser leur empreinte dans l’histoire.

En quoi cette expédition baptisée Under The Pole III est-elle différente des autres, et quel est son objectif?

Ghislain Bardout (G.B.): Elle est la plus lourde financièrement, car composée d’une équipe de professionnels, ce qui n’était pas le cas avec les deux premiers volets de cette aventure. Aujourd’hui, nous avons dix personnes, à temps plein, qui s’occupent de l’organisation et de la gestion de l’expédition, alors qu’auparavant nous n’étions que deux – ma femme et moi-même – à tout faire avec des aides ponctuelles de professionnels. La visée de ce périple est essentiellement scientifique. Des recherches ont déjà été menées sur les écosystèmes coralliens proches de la surface. Tandis que notre objectif est de les explorer à des profondeurs jusque-là inédites, comme en Polynésie, où nous allons travailler durant les quinze prochains mois à des profondeurs allant jusqu’à 120 mètres. Ces plongées sont documentées et filmées à des fins didactiques1,2.

Comment se fait-il que ce travail soit fait par une «petite» équipe comme la vôtre, et non par des instituts de recherche?

G.B.: Nous sommes très spécialisés, aussi bien scientifiquement que physiquement, dans la plongée profonde, qui demande entre autres, beaucoup de moyens financiers, environ un million d’euros par expédition. Il y a également l’aspect du verrou juridique, que nous, en tant qu’indépendants, n’avons pas, contrairement aux scientifiques institutionnels, avec qui nous collaborons par ailleurs3. En ce sens, nos contraintes, elles, s’articulent autour des autorisations à obtenir auprès des autorités locales, et du respect du Code du travail.

Quels sont votre itinéraire et la composition de votre équipage?

G.B.: Il s’agit d’un tour du monde qui a débuté l’été passé dans l’Arctique, et dont les prochaines étapes seront l’océan Pacifique,  l’Antarctique, puis finalement l’Atlantique. Nous partons avec nos deux enfants (5 ans et 19 mois) et dix professionnels, à bord d’une goélette – Le Why –  en aluminium de 20 mètres, étudier les coraux et les requins. Mais aussi, nous allons tester sur place notre dernière innovation, une capsule sous-marine qui fera office d’observatoire. C’est une petite habitation très simple dont la vocation est d’offrir un refuge aux plongeurs, qui pourront ainsi se reposer directement dans les profondeurs sous-marines et y rester plus longtemps pour travailler.

«En tant qu’entrepreneur, Ghislain Bardout prend,
gère et maîtrise des risques bien calculés, tout comme nous.»
Pourquoi avoir accepté de sponsoriser l’expédition de Ghislain Bardout?

Michel Juvet  (M.J.): Pour commencer, le dossier de Ghislain contenait des images de profondeurs sous-marines qui ont subjugué l’amoureux de la photographie que je suis. Ensuite, je me suis posé la question sur l’utilité de ce projet pour la collectivité, et sur la fiabilité de son auteur que je ne connaissais pas personnellement. Après avoir passé en revue ses livres, ses films documentaires et son parcours, je suis arrivé à la conclusion que nous partagions les mêmes valeurs: les objectifs à long terme, l’envie de comprendre l’environnement, la persévérance dans les efforts – avec sa femme, ils ont vendu leur maison pour financer leur précédente expédition –, et le sens de l’entreprenariat, qui va de pair avec celui de la responsabilité. Sans oublier son besoin de transmission, si cohérent avec la mission de notre banque, qui est celle de transmettre le patrimoine familial de nos clients d’une génération à l’autre. Finalement, en tant qu’entrepreneur, il prend, gère et maîtrise des risques bien calculés, tout comme nous.

Pour combien de temps est conclu ce contrat de sponsoring et que va-t-il apporter à la banque Bordier & Cie?

M.J.: Ce partenariat de sponsoring a été signé pour quatre ans, avec la possibilité de prolongation. Quant à son rendement, il n’est pas d’ordre pécuniaire. Il y a trois ans, nous avions initié une réflexion relative à nos actions de communication, qui a abouti au constat que ces initiatives – conférences, éclairages et affichages publics – étaient trop traditionnelles par rapport à notre envie de modernité. Cette dernière se traduisait par le souhait de donner un sens existentiel à la promotion de l’image de notre banque. Et pour ce faire, nous souhaitions soutenir un projet de longue haleine et en mouvement comme ce périple, qui sera retransmis sur notre site Web et partagé sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, par l’intermédiaire d’événements thématiques, les clients de notre institution pourront visiter les bases d’Under the Pole, voire rejoindre l’expédition qui passera par des régions géographiques – Paris, la Bretagne, Montevideo, les Caraïbes –  où nous avons des bureaux.

1. Ghislain Bardout, Manuel technique de plongée polaire, Editions Ulmer, 2016 https://www.editions-ulmer.fr/editions-ulmer/manuel-technique-de-plongee-polaire-500-cl.htm
2. "Immersion polaire" un film de Victor Rault et Pierre Bellet, France, 2016. Documentaire de 52 minutes produit par Docside et Base Océans
3. CRIOBE – laboratoire spécialisé dans l’étude des écosystèmes coralliens qui fait partie du CNRS

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