Parmi les développements marquants de cette année dans le domaine des infrastructures de marché, BX Digital a obtenu le feu vert de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (Finma) pour pouvoir exploiter un système de négociation basé sur la technologie des registres distribués (DLT). Celle-ci permet entre autres d’effectuer des transactions rapides, à faibles coûts et sécurisés grâce une blockchain publique (Ethereum). Pourquoi cette étape a-t-elle été importante pour BX Digital et quels sont les principaux projets de la société pour 2026? Le point avec Lidia Kurt, directrice digitale de BX Digital.
BX Digital a été ce printemps la première infrastructure de marché financier suisse a obtenir l’autorisation de la Finma pour exploiter un système de négociation basé sur la technologie des registres distribués (DLT). Que signifie cette étape pour BX Digital?
L'obtention d’une licence de système de négoce DLT (Distributed Ledger Technology) est une étape importante à la fois pour BX Digital et le marché financier suisse. Cette licence permet pour la première fois de négocier des actifs numériques tels que des actions, des obligations et des certificats tokénisés sur un marché secondaire réglementé.
Cela rend le système à la fois plus rapide et plus efficient. Les transactions sont traitées en quelques minutes via une blockchain publique, sans même qu'il soit nécessaire de recourir à des intermédiaires financiers centraux tels que des dépositaires centraux ou des chambres de compensation.
Il est à la fois possible de négocier de manière sûre de nouveaux produits, comme des actions ou des certificats tokénisés, mais aussi d’effectuer le transfert d’actifs sans avoir besoin de recourir à des intermédiaires tels que les dépositaires centraux ou des chambres de compensation.
«Une transaction qui nécessitait jusqu’à 2 jours auparavant peut désormais s’effectuer en une trentaine de minutes.»
Comment se passe une telle transaction pratiquement?
Exemple: jusqu'à présent, la banque A devait transmettre l'ordre pour une transaction au dépositaire central SIS, qui le transmettait ensuite à la banque B.
Désormais, avec le nouveau système de négoce basé sur la technologie DLT, l'échange de titres contre des francs suisses peut dorénavant s'effectuer directement entre les deux banques, grâce à la technologie blockchain et à une connexion directe au système de paiement de la Banque nationale suisse. Il n'est donc plus nécessaire de passer par un dépositaire central.
Cela se traduira-t-il automatiquement par des coûts moins élevés pour les clients finaux?
Il faut tenir compte de l’ensemble des avantages qui en résulteront pour les utilisateurs finaux. D’une part, il y a l’amélioration de l’efficience – une transaction qui nécessitait jusqu’à 2 jours auparavant peut désormais s’effectuer en une trentaine de minutes. D’autre part, les coûts pourront être massivement réduits – surtout lorsqu’une transaction passait par l’étranger.
Outre ces deux aspects, il faut aussi tenir compte des fonctionnalités supplémentaires du système. A la différence des actifs traditionnels, les actifs numériques sont programmables et peuvent être dotés de fonctionnalités supplémentaires. Celles-ci vont de l'exercice des droits de vote dans les processus de gouvernance au paiement automatisé des dividendes, en passant par des automatisations complexes via des contrats intelligents. Autre exemple: une société pourrait verser des coupons quotidiennement ou mensuellement plutôt que seulement une ou deux fois par an.
Quelles classes d’actifs sont concernées?
Dans un premier temps, nous nous concentrons sur les classes d'actifs classiques telles que les actions, les obligations, les fonds, les ETP et les produits structurés. À long terme, c'est-à-dire sur un horizon de cinq à dix ans, nous voyons toutefois un énorme potentiel d’utilisation de cette technologie dans d'autres classes d'actifs. Il s'agit par exemple des participations en capital-investissement, des métaux précieux ou de l'immobilier, qui pourraient être négociés en plus petites coupures. Les œuvres d'art pourraient également devenir accessibles à un plus large cercle d'investisseurs si elles étaient divisées en tranches numériques.
«Les œuvres d'art pourraient également devenir accessibles à un plus large cercle d'investisseurs si elles étaient divisées en tranches numériques.»
De nombreuses plateformes privées proposent aussi des services permettant d’échanger des actifs numériques, qu’il s’agisse de cryptomonnaies ou d’autres certificats. Quels sont les services proposés par BX Digital en matière d’actifs numériques – et quels sont ceux qui ne le sont pas?
BX Digital se concentre sur le négoce et le transfert d'actifs numériques. Un aspect essentiel est la création de liquidités sur le marché secondaire via son propre réseau de teneurs de marché («market makers») et d'opérateurs. Sur un marché secondaire, on négocie des actifs qui avaient déjà été placés auparavant auprès d'investisseurs par un émetteur («marché primaire»). BX Digital ne propose pas de services de conservation de ces actifs étant donné que ces services peuvent, de son point de vue, être mieux assurés par des banques ou d'autres établissements financiers.
Quels sont les actifs qui peuvent être négociés sous forme tokénisée via le système proposé par BX Digital?
BX Digital prévoit de proposer le trading d'une vaste gamme d'actifs numériques, notamment des actions, des obligations, des produits négociés en bourse (ETP) ainsi que des produits structurés. BX Digital développera continuellement son offre avec de nouveaux actifs innovants grâce à la tokenisation.
Votre système sera accessible en Suisse dans quelques mois. Quelle a été la réaction des utilisateurs - qu’il s’agisse des acteurs du marché tels que des banques ou courtiers ou des clients finaux, de l’autre?
L'intérêt suscité est réjouissant: trois banques suisses – Sygnum Bank, Incore Bank et Hypothekarbank Lenzburg – ainsi que deux sociétés d’investissement, dont EUWAX AG du groupe Börse Stuttgart et ISP Group, ont déjà adhéré à notre système de négoce DLT. Tous sont actuellement en phase d'intégration et disposent d'une vaste expérience dans le domaine des actifs numériques. En participant dès le début, ils s'engagent clairement en faveur du développement de la place financière numérique suisse et confirment leur confiance dans notre technologie et la conformité réglementaire de notre système. Avec ces premiers utilisateurs, nous posons les bases d'un écosystème liquide et fiable qui marquera durablement le commerce des actifs numériques.
Par ailleurs, nous avons également pu constituer un pipeline de fournisseurs de produits. Divers émetteurs suisses et internationaux d'actions, d'obligations et d'ETP se préparent actuellement à être cotés sur BX Digital.
«Sygnum Bank, Incore Bank et Hypothekarbank Lenzburg – ainsi que deux sociétés d’investissement, dont EUWAX AG du groupe Börse Stuttgart et ISP Group, ont déjà adhéré à notre système de négoce DLT.»
Comment est perçue votre offre hors de Suisse?
On peut relever que la Suisse fait souvent figure de précurseur à l’international dans ce domaine. Le fait que BX Digital ait obtenu l’autorisation de la Finma pour exploiter un système de négoce reposant sur la technologie DLT n’est pas passé inaperçu.
A l’intérieur du groupe Boerse Stuttgart, auquel nous appartenons, BX Digital fait figure de passerelle rapide. Le développement technologique offre un potentiel considérable. Cela vaut également dans le contexte européen. C'est pourquoi notre offre est très bien accueillie.
L’été dernier, BX Digital a annoncé rejoindre le projet «Helvetia» de la Banque nationale suisse (BNS) afin d’y apporter son expertise technologique dans le domaine du négoce, et en particulier dans le traitement des actifs tokenisés. Qu’en attendez-vous et quel sera la contribution de BX Digital à ce projet?
Nous apprécions la confiance que nous accorde la Banque nationale suisse en nous associant au projet «Helvetia». Cette collaboration nous permet d'apporter notre savoir-faire dans le domaine du négoce et du traitement des actifs tokenisés. En collaboration avec la BNS, nous souhaitons ainsi acquérir une expérience importante pour l'intégration sûre et efficace des actifs numériques sur le marché financier suisse.
Quels sont les projets principaux de BX Digital pour 2026?
Pour nous, l'année 2026 sera placée sous le signe de lancement sur le marché et de la poursuite du développement de notre plateforme de trading DLT. Après avoir franchi des étapes importantes au cours des derniers mois, allant des tests technologiques réussis à l'approfondissement des collaborations au sein de l'écosystème, nous prévoyons la mise en service opérationnelle.
Notre priorité est de continuer à développer la plateforme, de mettre en place des intégrations supplémentaires avec les banques, les courtiers et les émetteurs, et de fournir un service fiable, sécurisé et performant pour l'infrastructure du marché numérique. Parallèlement, divers émetteurs suisses et internationaux d'actions, d'obligations et d'ETP se préparent à être cotés sur BX Digital afin de poser les bases d'un écosystème d'actifs numériques en pleine croissance et liquide en 2026.