Avec plus de 3000 membres, l'Association Suisse des Gestionnaires de fortune | ASG est l'association professionnelle des gestionnaires de fortune en Suisse. Elle représente la branche vis-à-vis des autorités, des autres acteurs de la place et des médias. Sur le plan interne, Vivien Jain reprendra le 1er janvier 2026 la direction de l’Association suisse des gestionnaires de fortune (ASG), après avoir passé plus de dix ans au sein du groupe Aquila, dont cinq en tant que CEO. Elle succédera à Patrick Dorner qui dirige l’ASG depuis 2009. Quels sont les défis pour l’association à l’approche de 2026? Entretien avec Serge Pavoncello, président, et Patrick Dorner, directeur de l’Association Suisse des Gestionnaires de fortune | ASG, dont le Congrès Annuel se tiendra à Genève le vendredi 21 novembre prochain sur le thème central des crypto-monnaies et de la tokenisation. Une première édition a eu lieu à Zurich le 28 octobre dernier sur le même thème.
Patrick, vous prendrez votre retraite en début d’année 2026. Avec le recul, quelles ont été les principales transformations observées durant vos dix-huit années à l’ASG?
Patrick Dorner (P.Do.): Quels que soient les développements de la place financière et du cadre législatif, une grande partie de notre travail à l’ASG a toujours consisté à défendre les intérêts de la branche, à lutter pour la reconnaissance de la profession et à veiller à ce qu'elle puisse évoluer dans un cadre réglementaire adéquat.
Lors de la création de l’ASG, il y a 39 ans la profession n'était ni encadrée ni reconnue. Les membres fondateurs étaient alors des pionniers qui voulaient donner à la profession un label de qualité par le biais d'un code de conduite autorégulé.
«De nombreux consultants affirment que la consolidation est inévitable et en cours, mais les chiffres leur donnent tort. Depuis l'entrée en vigueur de la loi il n'y a eu qu'une vingtaine de rapprochements, concernant surtout de gros acteurs.»
Quelques années plus tard, la loi sur le blanchiment d'argent a amené les gestionnaires à s'affilier à des organismes d'autorégulation, rôle que l’ASG a joué.
Avec l'arrivée des lois sur les services et établissements financiers, les gestionnaires de fortune sont désormais soumis à une surveillance prudentielle, autorisés par la Finma et leur titre «gestionnaire de fortune» est protégé. L'objectif poursuivi par les fondateurs est enfin atteint.
Mais malgré tous ces changements, la nature et les valeurs du métier n’ont pas été altérées et le profil des membres de notre association est resté le même.
L’évolution est allée dans le sens d’un encadrement plus strict des gestionnaires de fortune, entraînant aussi des coûts plus élevés en matière de réglementation. Comment expliquez-vous qu’il n'y ait pas eu plus consolidation au sein de la branche?
P.Do.: L’ASG a toujours œuvré pour une réglementation adaptée aux microentreprises que sont la très grande majorité des gestionnaires. Elle a été entendue par les parlementaires qui sont globalement favorables aux PME. Il a ainsi été possible d'éviter des contraintes excessives dans les nouvelles lois. Pour Ueli Maurer, à la tête du DFF au moment de l'élaboration de ces lois, il était clair que l'Etat devait fixer un cadre adapté à tous.
Quant à la consolidation de la branche, c'est un mythe depuis plus d’une quinzaine d'années, pour des raisons diverses, mais elle n'a jamais eu lieu. De nombreux consultants affirment que la consolidation est inévitable et en cours, mais les chiffres leur donnent tort. Depuis l'entrée en vigueur de la loi il n'y a eu qu'une vingtaine de rapprochements, concernant surtout de gros acteurs.
«La notion de ce qui est considéré comme durable ou non a complètement changé ces dernières années.»
En réalité, le nouveau système n'a pas eu d'effet sur la typologie des sociétés. Elle est restée la même et les dernières tendances ne montrent aucun changement, même parmi les 230 sociétés qui sont entrées sur le marché ces 3 dernières années. Il s'agit majoritairement de structures comptant 3 ou 4 collaborateurs, dont un tiers gère moins de 50 millions et seule la moitié plus de 100.
Cette réalité montre en fait que le modèle d'affaires se porte très bien et que la gestion de fortune indépendante a un bel avenir.
Serge Pavoncello (S.P.): La profession ne va en effet pas disparaître, les chiffres le confirment. Les clients apprécient la stabilité dans la relation et notre architecture ouverte leur garantit l’indépendance dans le choix des produits et des solutions proposées. Nos services ne coûtent pas plus que ceux offerts par les banques. Il est également important de souligner l'expérience et la qualification des gestionnaires: nos membres ont une solide formation de base et bénéficient d'une longue expérience, complétées en permanence par des formations continues. L’ASG est très active dans ce domaine.
Quels sont les thèmes prioritaires pour l'ASG en 2026?
S.P.: En tant qu’association faîtière, notre vocation est de représenter et de défendre notre branche. L’ASG est l’unique interlocuteur de la profession auprès des autorités pour les questions liées à la réglementation et à sa mise en œuvre. Les défis sont nombreux et nous nous battons pour que l'activité des gestionnaires soit entourée des meilleures conditions cadres possibles.
«Auparavant, il était nécessaire de disposer d’un portefeuille électronique pour investir dans les cryptomonnaies. Désormais, ces actifs sont accessibles comme n’importe quel autre placement, par exemple via des ETF.»
Plus de la moitié des gestionnaires de Suisse sont membres de l’ASG et jouissent de nos services. Les plus appréciés sont certainement le support légal, avec ses modèles de documents, mais également nos offres de cross-border gratuites et bien sûr les formations. Mais le plus important est peut-être celui d’une information impartiale et indépendante. Avec cette offre nous espérons fédérer un maximum de gestionnaires. Plus nous sommes nombreux, plus nous sommes forts et plus nous pouvons offrir de services à nos membres.
Parmi les activités proposées par l’ASG, il y a une grande diversité de séminaires et de formations en ligne. L’ASG va-t-elle continuer à se profiler dans ce domaine?
P.Do.: La formation est en effet un pilier très important pour l’ASG. Dans le domaine de la formation continue obligatoire liée aux exigences réglementaires, l’ASG définit, en sa qualité d'association faîtière, le cadre de référence applicable à la branche et propose à l'ensemble des acteurs du marché des formations. Celles-ci sont données par nos spécialistes internes et les meilleurs experts de nos partenaires avocats et réviseurs.
D’autre part, l’ASG propose à ses membres une plateforme de formation avec une offre plus large, adaptées aux besoins spécifiques des gestionnaires et de l’actualité. Nous y proposons environ 400 offres de formation continue, en partenariat avec divers prestataires.
S.P.: Notre offre de webinaires est aussi très large et sur des thèmes variés comme: le support juridique, les perspectives macroéconomiques, les stratégies d’investissement, l’IA, la cybersécurité, les cryptomonnaies, la digitalisation, etc. En plus de nos webinaires et événements réservés aux membres, nous proposons d’autres formats ouverts à toute la place financière comme les Rendez-vous de la profession comptant déjà plus de 22'000 vues depuis leur lancement.
Au total, l’ASG organise plus de 100 événements chaque année pour former et informer ses membres.
«L’or, tout le monde en parle mais en pratique, il y en a peu dans les portefeuilles des clients.»
En ce qui concerne l’investissement durable, on est passé d’une phase durant laquelle tous les instituts voulaient mettre en avant des solutions d’investissement durables ou ESG au début de la décennie, suivie d’une baisse d’intérêt pour cette thématique. Qu’en est-il des gestionnaires de fortune?
P.Do.: Depuis quelques années les banques communiquent beaucoup et investissent autour de l’ESG mais ces efforts peinent à se traduire concrètement. Ainsi, dans les banques, les portefeuilles contenants des placements durables ne sont pas légion.
Pour les gestionnaires de fortune la situation est un peu différente. Ils ne sont ni producteurs ni vendeurs de produits, mais travaillent sur la base d'un mandat pour leurs clients. Ils doivent donc scrupuleusement respecter leurs choix et préférences. Ainsi, si un client n'est pas intéressé par cette thématique, il n'est pas possible de la lui imposer. Cela ne signifie pas pour autant que les réflexions autour de l'investissement durable ont disparu. Elles restent présentes et continuent d'évoluer.
S.P.: La notion de ce qui est considéré comme durable ou non a aussi complètement changé ces dernières années. Il y a cinq ans, investir dans l’armement était impensable en tenant compte des critères ESG. Aujourd’hui, certains experts du domaine estiment qu’il est tout à fait possible d’investir dans des entreprises actives dans le secteur de la défense pour contribuer à la préservation la démocratie. La notion d’investissement durable varie donc elle-même aussi beaucoup.
Qu’en est-il des cryptomonnaies – est-ce un sujet important pour les gestionnaires de fortune?
P.Do.: C’est très variable d’un gestionnaire à l’autre principalement en fonction du profil et des intérêts des clients. Un changement majeur est intervenu au cours de ces dernières années: auparavant, il était nécessaire de disposer d’un portefeuille électronique (« wallet ») pour investir dans les cryptomonnaies. Désormais, ces actifs sont accessibles comme n’importe quel autre placement, par exemple via des ETF. On peut désormais investir dans le Bitcoin comme dans n’importe quel autre actif.
Observez-vous une tendance importante à privilégier les valeurs refuge, comme l’or, en réponse à la quête de sécurité?
S.P.: Il y a toujours eu des clients qui voulaient détenir de l’or, que ce soit dans le but de profiter de l’appréciation des cours ou afin d’avoir une réserve de sécurité. Actuellement, les doutes par rapport à l’évolution du dollar ont renforcé l’intérêt pour l’or, tout comme le fait que le métal précieux profite des achats effectués par certaines banques centrales. Pour autant, il faut garder à l’esprit que l’or est un actif qui ne rapporte rien. De plus, plus le cours de l’or monte, plus le risque de correction augmente. De manière générale, il faut préciser que l’exposition à l’or reste relativement limitée au sein des portefeuilles. L’or, tout le monde en parle mais en pratique, il y en a peu dans les portefeuilles des clients.