L’indépendance technologique est cruciale pour la Chine

Emmanuel Garessus

4 minutes de lecture

Le plan quinquennal chinois souligne la volonté politique de renforcer la souveraineté technologique. Les investissements dans l’IA se poursuivront, selon Christopher Mellor d’Invesco.

 

Les actions chinoises font rarement l’objet des priorités des investisseurs suisses. Pourtant l’indice MSCI China, par exemple, a progressé de 35% sur un an en euros. Depuis l’été 2024 et le soutien du marché exprimé par le gouvernement, la tendance est clairement haussière. 
En 2025, les gains se sont davantage concentrés sur la technologie et sur les grandes valeurs de l’indice Hang Seng. L’intérêt s’est également manifesté auprès des ETF, ainsi qu’en témoigne l’afflux de fonds pour l’Invesco MSCI China Technology All Shares Stocks Connect UCITS ETF. Christopher Mellor, responsable de la gestion des ETF pour la région EMEA chez Invesco, répond aux questions d’Allnews sur les valeurs technologiques chinoises et le marché des ETF:

Quelle est l’idée que vous avez développée en lançant il y a 4 ans un ETF sur les valeurs technologiques chinoises? Est-ce un produit sur l’IA en Chine?

Depuis son lancement en 2021, nous avons évité de considérer les technologiques chinoises comme un secteur. Il s’agit davantage de permettre aux investisseurs d’offrir une exposition à la technologie et à l’innovation dans de nombreux domaines. Ce n’est pas un ETF sur les actions centrées sur l’IA en Chine au sens propre. Nous utilisons l’intelligence artificielle pour identifier les thèmes que nous recherchons, lesquels vont de l’innovation dans l’internet à la mobilité en passant par la santé et les développements industriels. Les principales sociétés sont très connues, tels que Tencent, Alibaba, Baidu. Toutes sont actives dans le développement de l’IA en Chine.

Est-ce que votre ETF suit exactement l’indice de référence, le MSCI China Technology All Shares Stock Connect Select Net USD Index?

Notre ETF a enregistré un afflux de fonds d’environ 100 millions de dollars cette année pour atteindre 160 millions de dollars d’actifs sous gestion. Le tracking de l’indice de référence n’est pas parfait, mais la déviation par rapport à l’indice est faible. Le tracking error est de seulement 0,10%. 

De nombreux produits offrent une exposition à la technologie chinoise. Ils se répartissent en deux camps. Le premier est consacré à des domaines très spécifiques, comme le secteur IT chinois, et le deuxième emploie, comme nous, une définition plus large de la technologie.

«Les écarts de valorisations des sociétés actives dans l’IA sont très grandes entre la Chine et les Etats-Unis».

Pouvez-vous brièvement indiquer comment se développent les groupes technologiques chinois aujourd’hui?

La Chine a toujours été un marché très intéressant. Elle nous oblige à considérer le monde avec un regard qui ne soit pas centré sur l’Occident. La politique y joue un rôle plus important qu’en Europe et aux Etats-Unis. Le plan quinquennal chinois exerce une grande influence sur les tendances économiques. Le développement de la technologie était inscrit dans le plan quinquennal de 2011. A l’époque, on parlait du développement d’industries stratégiques. On y trouvait les technologies vertes, comme les véhicules électriques, les batteries, l’énergie solaire. L’impact de ce plan se lit 15 ans plus tard. 

En réalité, la Chine est devenue le leader de ces technologies avec des positions parfois dominantes. Nous venons d’assister au 14e plan quinquennal qui s’est terminé en 2025. Le nouveau plan sera validé en 2026 (2026-31). Le focus porte maintenant sur l’innovation de pointe et la croissance. Il comprend le développement de la demande domestique et une plus grande ouverture du marché. Il vise une croissance de qualité et le développement technologique. L’IA fait clairement partie de ces objectifs, y compris la production de semi-conducteurs de pointe. 

La Chine veut continuer à avancer sur la voie de l’indépendance technologique. Le gouvernement veut soutenir ses entreprises afin qu’elles restent compétitives avec la concurrence occidentale. Le «moment Deekseek» que l’on a connu cette année souligne l’intensité de la concurrence. En bourse, les écarts de valorisations des sociétés actives dans l’IA sont très grandes entre la Chine et les Etats-Unis. les sociétés du Nasdaq 100 se traitent en moyenne à 31 fois les bénéfices futurs, contre 23 fois pour les sociétés technologiques chinoises que nous suivons.

Vous soulignez l’importance de la souveraineté technologique et l’écart de valorisation. Comment gérez-vous ces points?

En tant qu’émetteur, nous nous concentrons sur l’exposition offerte par un indice que nous suivons sans faire de choix actifs. L’ouverture progressive du marché chinois nous aide beaucoup en la matière. L’indice que nous suivons est basé sur le MSCI China all Shares Stock Connect Index, ce qui nous permet d’offrir aux investisseurs internationaux un meilleur accès aux actions onshore chinoises. Nous pouvons donc investir dans des titres cotés en Chine, à Shanghaï, Shenzhen ou Hong Kong aussi bien que dans des certificats cotés à Wall Street. Il faut savoir que l’indice standard MSCI China comprend des A-Shares mais jusqu’à un quart de la pondération en fonction de la capitalisation totale. 
Pour l’investisseur final, nous offrons une exposition complète à notre thèse d’investissement dans la technologie chinoise.

Est-ce qu’il est possible d’utiliser pour la technologie chinoise une comparaison avec l’automobile, où la Chine se concentrerait sur des produits pour le milieu de gamme et l’industrie occidentale sur le haut de gamme?

Il est difficile de faire ce genre de comparaison. La Chine est clairement leader mondial dans de nombreuses technologies. Mais dans la réalité, il est difficile de parler de haut de gamme ou de bas de gamme dans l’IA. La Chine n’est peut-être pas le champion incontestable de l’IA, mais elle n’en est pas loin. Par ailleurs, l’histoire, par exemple dans le développement d’internet, montre que les pionniers ne sont pas nécessairement les gagnants à long terme. Cela ne signifie pas non plus que je pense que l’IA soit une bulle. A la différence de la fin des années 1990, les mag 7 sont bénéficiaires et augmentent massivement leurs profits et leurs revenus. Il n’en reste pas moins que le PER est très élevé et que ces entreprises devront satisfaire les attentes. Le PER est plus avantageux en Chine.

«La poursuite de l’investissement dans la technologie est le scénario le plus probable.»

Quelle est la différence de croissance bénéficiaire?

La croissance bénéficiaire est évidemment plus élevée pour les actions de l’IA américaines que pour les groupes chinois. Cette différence se traduit par un écart de valorisation. Mais, dans le monde de l’investissement financier, ce n’est pas nécessairement celui qui court le plus vite et qui suscite les attentes les plus élevées qui remporte la course.

Quelle est la part de l’IA dans la technologie chinoise?

Il est difficile de donner un chiffre précis. L’IA représente une part croissante des activités des principales entreprises de Cloud Computing, du eCommerce, des jeux vidéo et de biens d’autres domaines. La part du chiffre d’affaires est probablement petite parce que ces entreprises en sont au début du développement.

Quel est le rôle du gouvernement chinois dans son soutien économique ou financier aux groupes technologiques? Est-ce qu’il interviendrait en cas de baisse de 15% des cours boursiers?

La question d’un éventuel «Xi put» en Chine, comme il existe un «Fed put» aux Etats-Unis, peut se référer aux déclarations du pouvoir chinois en septembre 2024. Nous pourrions assister à une forme d’intervention si une baisse s’avérait trop brutale. Les spécialistes pensent ici aux margin calls et à l’exposition des petits investisseurs en Chine. Actuellement ces derniers ne semblent pas surexposés aux actions. Ces cinq dernières années, surtout de 2021 à 2024, les actions  technologiques chinoises ont significativement sous-performé la tech américaine. Mais en Chine, la réalisation d’un plan quinquennal passe avant d’autres objectifs.

Quelle est votre analyse du conflit entre la Chine et les Etats-Unis dans ce domaine?

La réponse est difficile. L’important est de considérer la réalité économique et les tendances de fond. Un grand nombre de déclarations politiques ne sont que du bruit aux yeux des investisseurs à long terme. Les chocs provoqués par des petites phrases sont parfois des opportunités d’achat. 

Les deux pays savent qu’ils sont dépendants de la production de l’autre. Ils ne peuvent pas se fermer aux échanges sous peine d’en subir soi-même les conséquences. Ils doivent rester pragmatiques.

Qui a l’avantage en termes de coûts de production dans la technologie?

La position de la Chine est très confortable à ce sujet si l’on prend l’exemple de son expansion dans l’énergie solaire. 

Sur le plan des frais de personnel, il est maintenant connu que les salaires chinois ne sont plus les plus bas. La question primordiale pour la Chine est ailleurs. Elle porte sur sa capacité à relancer la demande domestique. Cela passera par une augmentation des salaires et de la sécurité sociale ainsi que de la consommation.

Est-ce que vous pensez que l’année 2026 sera une prolongation de 2025 avec une hausse de la technologie ou un rebond des titres domestiques?

Il n’est pas aisé de provoquer une reprise de la consommation chinoise à court terme. La poursuite de l’investissement dans la technologie est le scénario le plus probable.

Est-ce que vous avez d’autres ETF sur le marché chinois?

Oui. Nous avons une vaste palette de produits sur ce marché, le plus grand étant l’Invesco China Technology ETF. 

Nous avons un ETF qui offre une exposition très large sur la Chine avec l’Invesco MSCI China All Shares Stock Connected, ainsi qu’un produit sur les A Shares, soit sur les 300 plus grandes entreprises du marché domestique, et une version mid-caps de ce marché. 

Au début de l’année dernière, nous avons aussi lancé un ETF sur le ChiNext 50, pour une exposition technologique sur les sociétés cotées au Shenzhen Innovation Board.

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