Porté par la digitalisation, l’essor des données et l’intégration progressive de l’intelligence artificielle, le marché des produits structurés connaît une mutation profonde. Entre démocratisation de l’accès, transformation des infrastructures et recomposition des moteurs de performance, Tiago Fernandes, cofondateur de Structured Products Intelligence (SPI), analyse les dynamiques qui redéfinissent aujourd’hui cette industrie.
Avec l’essor des plateformes numériques et la standardisation des données, comment évoluent les barrières à l’entrée?
La barrière à l’entrée diminue, mais pas de la manière que l’on imagine. La technologie et les plateformes digitales facilitent l’accès, certes. Mais l’accès n’a jamais été le véritable obstacle: c’est la compréhension. Des efforts significatifs ont été réalisés en matière d’éducation et de démocratisation des produits structurés à l’échelle mondiale, et cela se reflète aujourd’hui dans le niveau des investisseurs.
Les institutionnels et les gérants d’actifs sont devenus extrêmement sophistiqués, au point de comprendre, dans de nombreux cas, les produits aussi bien que les banques d’investissement qui les conçoivent. Le décalage subsiste toutefois dans le segment retail, où les enjeux de pédagogie restent déterminants.
«Nous passons d’un monde où les investisseurs devaient faire confiance au produit, à un environnement où ils peuvent mesurer les performances»
Le marché des produits structurés souffre historiquement d’un manque de transparence. Quel rôle joue aujourd’hui la donnée?
Le secteur a longtemps souffert d’un problème d’opacité, et ce constat est légitime. Mais la situation évolue rapidement, et la donnée en est le principal moteur. Avec la montée en puissance des API et la transformation des produits structurés en une activité de flux, les données fournies par SPI, la Swiss Structured Products Association (SSPA), les bourses et d’autres acteurs rendent le marché beaucoup plus lisible.
Nous passons d’un monde où les investisseurs devaient faire confiance au produit, à un environnement où ils peuvent mesurer les performances, comparer les structures et évaluer la valeur. C’est un changement fondamental dans la manière d’appréhender ces instruments.
Comment l’intelligence artificielle transforme-t-elle la gestion des risques opérationnels?
L’intelligence artificielle a un impact réel, mais elle opère principalement en arrière-plan. Les produits structurés sont opérationnellement complexes: pricing, couverture, gestion des événements sur titres, ajustements. Historiquement, ces processus comportaient un risque manuel significatif. L’automatisation et l’IA permettent aujourd’hui de réduire les erreurs de booking, d’améliorer le monitoring et de rendre l’ensemble du cycle de vie plus efficient.
Cela étant, l’IA ne résout pas tout. Elle n’est pas déterministe et ne doit pas l’être. Dans les moments critiques, l’intervention humaine reste indispensable. Il s’agit moins de remplacer les acteurs que de rendre le système plus sûr et plus scalable.
«Le véritable moteur n’est pas la technologie, mais la volatilité.»
Observez-vous une convergence entre produits structurés et nouveaux sous-jacents numériques?
Une forme de convergence commence à émerger, mais de manière prudente. Les produits structurés sont, par essence, une enveloppe autour d’un profil de rendement. Ce qui signifie que, en théorie, ils peuvent être liés à n’importe quel sous-jacent. Le véritable moteur n’est toutefois pas la technologie, mais la volatilité.
Dans un environnement de faible volatilité, les investisseurs recherchent de nouvelles sources de rendement, ce qui a favorisé l’intérêt pour les crypto-actifs et certains sous-jacents alternatifs. Dans le contexte actuel de volatilité plus élevée, cette dynamique est moins prioritaire. Nous observons en revanche une montée en puissance des produits structurés liés au private equity, ainsi que des stratégies quantitatives (QIS) visant à gérer la volatilité de manière plus efficiente. Ces segments devraient jouer un rôle plus central à court terme que les expositions aux crypto-actifs.