Le gestionnaire de fortune zurichois Julius Bär a dévoilé un nouvel amortissement de 149 millions de francs, dont l’ampleur a surpris. Le groupe a bouclé l’examen de son portefeuille de crédits et nommé une nouvelle responsable de la conformité, issue, comme son directeur général, de Goldman Sachs.
Le correctif de valeur, révélé lundi lors d’un point de situation après dix mois, est intervenu sur des immeubles résidentiels et commerciaux d’une valeur de 700 millions de francs, qui, comme les portefeuilles de crédits privés, doivent être rabotés progressivement. Les contrats ont été signés avant 2023. Les sites se trouvent en Suisse principalement et certains en Europe occidentale.
La réduction des risques est un processus continu, a déclaré le directeur général Stefan Bollinger en téléconférence. L’établissement a nommé une cheffe de la conformité en la personne de Victoria McLean, qui arrivera en février. Ce qui fait dire au patron, en place depuis le début de l’année, que «l’organisation des risques» sera achevée à la fin février.
«L’achèvement de l’examen des crédits au cours de cette année de transition 2025 constitue une étape importante dans le traitement des problèmes de crédit», avait-il souligné dans le document.
Dans un commentaire, la Banque cantonale de Zurich (ZKB) s’est dite surprise par l’ampleur de cette nouvelle provision, alors qu’elle tablait sur seulement 20 millions. Elle a tout de même salué la conclusion de l’examen interne des crédits, qui devrait permettre au zurichois d’amorcer un redressement, alors qu’il doit se concentrer sur son coeur de métier.
Vontobel anticipe que les dernières provisions seront comptabilisées au mois de novembre. Il devrait s’agir, espère l’analyste Andreas Venditti, de la dernière provision importante.
En mai dernier, le groupe zurichois avait inscrit de nouveaux correctifs de valeur de 130 millions de francs, justifiés par des défauts sur crédits privés et des positions sur des crédits hypothécaires.
Julius Bär a assuré qu’il n’y avait pas de lien avec la déconfiture de l’investisseur René Benko, condamné en octobre dernier à de la prison en Autriche. En 2023, Julius Bär avait dû inscrire un amortissement de 606 millions sur des prêts consentis au groupe en faillite Signa de M. Benko. Dans la foulée, le directeur général, Philipp Rickenbacher, avait pris la porte.
Hausse des avoirs sous gestion
Cette nouvelle charge a quelque peu éclipsé la marche des affaires après dix mois. La masse sous gestion (AuM) a atteint 520 milliards de francs fin octobre, en hausse de 8% par rapport à fin juin et de 4% sur un an.
Les afflux d’argent frais ont grimpé de 11,7 milliards venant principalement de clients en Asie, d’Europe de l’ouest et du Moyen-Orient, «en dépit de la poursuite de la réduction des risques et de la hausse des marchés qui a plus que compensé la force du franc», a souligné le groupe.
Le ratio coûts-revenus ajusté est ressorti à 66%, après 71% un an plus tôt. Le consensus AWP visait également 71%.
Si les avoirs sous gestion ont dépassé les attentes des analystes consultés par AWP, les afflux d’argent frais ont un peu déçu.
Pour 2025, le bénéfice net calculé selon la norme IFRS sera en inférieur à celui de 2024, en raison de la cession des activités au Brésil et des correctifs de valeur sur crédits. Le groupe anticipe des économies de 130 millions de francs, soit 20 millions de plus qu’anticipé. Les coûts sont escomptés désormais à 45 millions, dont 34 millions déjà pris en compte dans les chiffres à fin octobre.
Les actionnaires goûtaient peu aux annonces du jour. Peu avant 12h45, l’action plongeait dégringolait de 5,3% à 55,39 francs, dans un SLI en repli de 0,08%.
Julius Baer ouvre un nouveau bureau dans les émirats
Le gestionnaire de fortune Julius Baer se dote d’un bureau dans la capitale des Emirats arabes unis, Abou Dhabi. Le groupe zurichois était déjà présent à Dubaï et Manana depuis plus de 20 ans.
Le futur guichet a d’ores et déjà obtenu l’approbation du régulateur financier local et doit ouvrir ses portes courant décembre, indique un communiqué diffusé lundi.