Une feuille de route pour résister aux tensions politiques

Philippe G. Müller, UBS

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Pour réussir à long terme, les investisseurs doivent absolument éviter de réagir de manière inappropriée aux risques géopolitiques qui vont perdurer.


Un ecclésiastique iranien marche sur les drapeaux britannique et américain à l'université de Téhéran lors d'un mémorial pour les passagers de l’avion ukrainien abattu par un missile iranien. ©Keystone

Les investisseurs peuvent tirer de précieux enseignements de la réaction des marchés à l'escalade, puis à la retombée des tensions entre l'Iran et les Etats-Unis la semaine dernière. Les actifs risqués ont vu leur cours chuter et des valeurs refuge telles que l'or se sont appréciées à mesure que les tensions s'accentuaient. Néanmoins, cette tendance s'est inversée vers la fin de la semaine, le spectre d'une escalade militaire s'étant éloigné.

Les risques géopolitiques vont perdurer, que ce soit en raison d'un regain de tensions entre Washington et Téhéran ou d'autres événements inattendus. Pour réussir à long terme, les investisseurs doivent absolument éviter de réagir de manière inappropriée. Voici les principaux enseignements qui peuvent être tirés de ces événements.

Diversification du portefeuille

En général, vendre sous l'influence des réactions impulsives des marchés aux événements géopolitiques n'est pas un choix judicieux. Par essence, ces événements sont imprévisibles, mais ceux de la semaine dernière, ainsi que les périodes de tension précédentes, suggèrent que l'impact sur les marchés est généralement éphémère. Les éventuels effets plus durables se cantonnent souvent aux marchés et aux actifs locaux directement concernés par les tensions. 

Il faut rester focalisé sur le long terme,
conformément au plan financier général établi.

La meilleure approche consiste à rester exposé au moyen d'un portefeuille diversifié afin d'atténuer les risques idiosyncrasiques. Ce faisant, il faut rester focalisé sur le long terme, conformément au plan financier général établi.

Stratégie de protection

Les investisseurs qui redoutent de déployer du capital dans un contexte géopolitique très incertain peuvent toutefois profiter de la volatilité relativement faible à l'heure actuelle sur le marché des options pour mettre en œuvre des stratégies qui atténuent la volatilité d'un portefeuille ou lui confèrent une protection explicite. Ils peuvent améliorer leur diversification au moyen de stratégies d'allocation dynamique ou systématique ou de solutions structurées telles que des obligations offrant un certain degré de protection du capital.

L’or, valeur refuge

L'or demeure une couverture efficace contre l'incertitude politique. La semaine dernière, à mesure que les tensions s'accentuaient, le cours de l'once d'or a brièvement grimpé au-dessus du seuil des 1'600 dollars pour la première fois depuis 2013. Même si le métal jaune a cédé une partie du terrain gagné à mesure que les tensions s'atténuaient, il jouit toujours de fondamentaux porteurs. La croissance économique atone aux Etats-Unis signifie que les taux réels vont probablement rester bas, ce qui réduit le coût d'opportunité inhérent à la détention d'or. 

Une dépréciation du dollar américain
cette année devrait soutenir le cours de l’or.

De plus, la Recherche d’UBS table sur une dépréciation du dollar américain cette année, ce qui est de nature à soutenir le cours de l'or car ce dernier est exprimé en dollar. Par ailleurs, les bons du Trésor américain, y compris ceux indexés sur l'inflation (TIPS), ont signé une belle performance pendant l'épisode d'aversion au risque.

Pas de flambée du pétrole

Les tensions au Moyen-Orient n'impliquent pas nécessairement une flambée des cours du pétrole. A moins de grosses perturbations de l'approvisionnement du marché, les cours du baril de pétrole auront certainement du mal à se maintenir au-dessus de 70 dollars, même si les tensions au Moyen-Orient continuent de couver. Ce fut le cas en septembre dernier lors de l'attaque d'une raffinerie en Arabie Saoudite. Les capacités excédentaires de l'Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) et de la Russie restent confortables (environ 3,3 mbj). 

Une offre excédentaire sur le marché du pétrole est toujours à prévoir, notamment au premier semestre, en raison de l'augmentation de la production dans les pays non membres de l'Opep (Etats-Unis et Norvège) conjuguée à une modeste progression de la demande.

Cours du pétrole moins impactant

L'impact économique des cours du pétrole n'est plus ce qu'il était. Aujourd'hui, il faut moins de pétrole pour produire une unité de PIB mondial. Aux Etats-Unis, par exemple, l'économie consomme environ un tiers du pétrole requis pour produire un dollar de PIB en 1973. En outre, la production mondiale de brut est plus diversifiée géographiquement et les Etats-Unis, qui sont le plus gros consommateur de pétrole au monde, sont désormais un exportateur net. Par conséquent, même en cas de hausse des cours du pétrole, son impact serait moins fort qu'auparavant. 

Composer avec les risques et l'incertitude géopolitiques n'est pas une mince affaire, mais si les investisseurs retiennent ces leçons, ils pourront sans doute lisser les fluctuations de la valeur de leur portefeuille.