Les tigres et les dragons s’enrhument

Valérie Plagnol, Vision & Perspectives

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Depuis le début de l’année, les marchés de toute l’Asie, y compris le Japon, sont en net recul.

 

Les tigres et les dragons d’Asie s’enrhument, cela ne fait aucun doute. Depuis le début de l’année, les marchés de toute l’Asie, y compris le Japon, sont en net recul, perdant pour les plus touchés (Hong Kong, Corée du Sud, Philippines) plus de 17%, quand les moins atteints (Malaisie, Vietnam, Taiwan, Singapour, Thaïlande) oscillent entre -6% et -12% environ. Globalement les devises de ces pays ont également décroché: entre 5% et 7% en moyenne, avec deux exceptions notables : la Roupie indonésienne qui a perdu plus de 12% depuis le début de l’année et le Dong Vietnamien qui n’a cédé qu’un peu plus de 2%.

Au total, l’Asie émergente est en phase de décélération au deuxième semestre et devrait continuer de ralentir l’an prochain. Face au patchwork économique que représentent ces divers pays, il est important de ne pas tomber dans des généralités excessives, car les circonstances économiques intérieures ont aussi leur part et varient d’un pays à l’autre. Néanmoins, et compte tenu du degré d’intégration économique et commerciale croissante de la région autour de la Chine, certaines lignes de force communes se dégagent. Examinons les questions qui se rapportent à la situation globale des échanges dans la région.

Les hausses de prix imposées sur certains produits américains,
comme la baisse de la devise, pénalisent les importateurs chinois.

La Chine semble bien en phase de ralentissement. Certes le PIB du troisième trimestre est ressorti à 6,5% sur un an, mais il n’a pas convaincu. La production industrielle ralentit et, de l’aveu même des autorités chinoises, le contexte international devrait peser sur l’activité. Selon le bureau national des statistiques, les profits des plus grands groupes seraient en hausse de 14,7% sur la période allant de janvier à septembre, contre +16,2% entre janvier et août, soit pour le mois de septembre une progression de seulement 4,1% sur un an, contre 9,2% le mois précédent.

Les hausses de prix imposées sur certains produits américains, comme la baisse de la devise, pénalisent les importateurs chinois: les éleveurs de porc voient les coûts de production augmenter. Les assembleurs subissent dans certains cas la double peine: barrières chinoises à l’entrée et barrières américaines pour réexporter.

Le repli des devises de la région n’est pas un gage suffisant de résistance face aux risques d’intensification de la guerre commerciale. Les dernières enquêtes de conjoncture montrent que les perspectives d’exportations manufacturières se détériorent, malgré la baisse des changes. Les carnets de commandes à l’export pâtissent d’une demande moins dynamique due notamment à l’intensification du duel commercial entre les Etats-Unis et la Chine. De plus, le recul des devises locales accroit le coût des importations pour les secteurs manufacturiers les plus exposés. Même aux Philippines, alors que la dépréciation du peso revalorise mécaniquement les transferts de fonds des expatriés,  le pouvoir d’achat supplémentaire des récipiendaires est en très grande partie avalé par l’accélération de l’inflation.  

La reprise de l’inflation pousse les banques centrales
asiatiques à resserrer leurs politiques monétaires.

Car la dépréciation des devises, les sorties de capitaux et dans certains cas la reprise de l’inflation, pousse les banques centrales à resserrer leurs politiques monétaires. C’est le cas de l’Indonésie, ou encore des Philippines dont les deux Banques centrales ont déjà relevé leurs taux directeurs de 1,5% depuis mai dernier pour soutenir leur devise et contenir les pressions inflationnistes. Face à ces tensions, les états seront tentés de relancer l’activité domestique.

A terme, on peut imaginer que les coûts des importations augmentant du fait de la guerre commerciale, celles-ci ralentiront s’il existe bien des substituts possibles. Dans le même temps, les circuits de production n’étant pas immédiatement modifiés, les exportations pourraient se heurter aux barrières douanières en place et ralentir avec la demande globale.

Si la situation présente ne saurait être comparée à celle des années 90, l’attentisme est désormais de rigueur dans la région. De son côté, la Chine semble vouloir engager un nouveau plan de relance sans qu’on en saisisse exactement les contours. Pour le moment, ses dirigeants s’évertuent à  remonter le moral des investisseurs par la multiplication de déclarations rassurantes sur l’état de l’économie en général et les progrès de ses marchés en particulier.