Le 3e trimestre a vécu une progression mais dans la douleur

Philippe G. Müller, UBS

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Fortes fluctuations sur l'obligataire. Il faut souhaiter que les tensions commerciales se réduisent et que les données économiques s’améliorent.


©Keystone

Un trimestre marqué par des fluctuations sur les marchés obligataires

Le trimestre dernier, les actions mondiales ont fait du surplace et ont paru quelque peu désorientées: l'incertitude persistante sur le front commercial et le ralentissement de la croissance ont limité leur potentiel de hausse, tandis que les baisses de taux directeurs ont limité leur potentiel de baisse. 

Néanmoins, ces facteurs ont entraîné des fluctuations significatives sur les marchés obligataires et sur les marchés des actions. Les rendements des bons du Trésor américain à dix ans sont tombés de 2% à seulement 1,46%, tandis que ceux du Bund allemand à dix ans se sont enfoncés en territoire négatif, à -0,73%. 

Les rendements obligataires devraient rester anémiques
et le potentiel de hausse des actions mondiales semble limité.

Les actions des marchés émergents ont sous-performé les actions japonaises et américaines respectivement de 8 et 6 points de pourcentage et la quête de croissance a alimenté une rotation continue vers les titres de qualité, avec toutefois une violente correction en septembre.

La baisse des rendements obligataires a également poussé les investisseurs vers l'or, ce qui a fait grimper les cours du métal précieux à pas moins de 1552 USD l'once. A l'avenir, les rendements obligataires devraient rester anémiques et le potentiel de hausse des actions mondiales semble limité. Dans cet environnement, il convient toujours de préférer les stratégies visant à générer des revenus.

Conclusion: il serait bienvenu de surpondérer un panier de devises émergentes, les obligations souveraines émergentes libellées en dollar américain et les obligations d'entreprises investment grade en euro. 

Négociations commerciales et données économiques: embellie nécessaire

Pour devenir plus optimistes à l'égard des actions, il faudrait des avancées dans les négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, ainsi qu'un rebond des indicateurs économiques. Or ces derniers ont dernièrement encore été décevants: l'indice de surprise économique de Citigroup pour la zone euro est ainsi tombé à -65, son plus bas niveau depuis sept mois. En juin, il était ressorti à 1,30. 

La composante prévisions de l'enquête Ifo pour l'Allemagne est ressortie à son plus bas niveau depuis dix ans. Au Japon, l'estimation flash du PMI manufacturier est ressortie à 48,9, un niveau inférieur aux attentes, enregistrant ainsi sa septième contraction cette année. 

L'efficacité de la politique monétaire s'annonce limitée en l'absence
de résolution réelle des tensions commerciales persistantes.

D'un autre côté, l'espoir d'un accord commercial provisoire s'est effrité, dès lors que Donald Trump a suggéré que les Etats-Unis avaient depuis trop longtemps «toléré, ignoré, voire encouragé» les pratiques commerciales abusives. Le lendemain, le président des États-Unis estimait toutefois qu'un accord «pourrait intervenir plus tôt qu'on ne pourrait le penser». 

On peut supputer qu'il reviendra une nouvelle fois aux banques centrales de contrecarrer le ralentissement actuel, même si l'efficacité de la politique monétaire s'annonce limitée en l'absence de résolution réelle des tensions commerciales persistantes.

Conclusion: il serait judicieux de sous-pondérer les actions dans l'ensemble, en particulier celles de la zone euro qui, apparemment, reflètent déjà un scénario de reprise mondiale. En revanche, on peut être plus optimiste à l'égard  des actions américaines et japonaises.

L'incertitude politique mine les perspectives des actions

L'actualité politique continue de miner les perspectives d'investissement. La Cour suprême du Royaume-Uni a tout récemment déclaré que la suspension du Parlement annoncée par le premier ministre, Boris Johnson, était illégale. Aux Etats-Unis, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a lancé une procédure formelle de destitution à l'encontre du président Trump. 

Historiquement, les procédures de destitution
de présidents américains n’ont pas eu d'impact sur les marchés.

Toutefois, ces deux événements ne suffiront pas à alimenter un pic de volatilité sur les marchés. Seuls deux présidents des Etats-Unis ont été destitués par le passé et, historiquement, les procédures de destitution n'avaient pas eu d'impact sur les marchés. Par ailleurs, on peut toujours prévoir que le Royaume-Uni demandera un report de la date butoir du 31 octobre plutôt que de quitter l'Union européenne sans accord. 

Néanmoins, l'incertitude accrue quant à l'avenir politique de ces deux pays qui ont une dette extérieure très élevée et comptent parmi les principaux exportateurs de capitaux au monde n'est guère rassurante pour les marchés financiers.

Conclusion: les cours de marché actuels suggèrent une probabilité d'environ 50% pour un Brexit sans accord, un scénario qui précipiterait le taux de change GBPUSD à 1,12. Ce taux de   change semble néanmoins excessivement bas et l’on peut garder une préférence pour la livre sterling face au dollar américain. La paire pourrait même remonter dans une fourchette de 1,25 à 1,29.

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